Jun 202019
 

La nouvelle zone de libre-échange continentale (Zlec) doit entrer en vigueur en Afrique, mais les Etats signataires n’ont pas pensé à tous les obstacles.

La “Zlec“. Sous cet acronyme se cache la plus grande zone de libre-échange au monde. Sur le papier, elle entre en vigueur ce 30 mai, entre 22 Etats membres de l’Union africaine. C’est la signature du représentant de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et de la Gambie qui a permis à la Zlec (Zone de libre-échange continentale) de voir effectivement le jour.

Mais il reste du chemin avant qu’elle soit effective et qu’elle profite vraiment aux Africains.

Fluidifier les échangesFluidifier les échanges

L’idée, portée par Paul Kagame lors de sa présidence de l’Union africaine en 2018, est de simplifier les démarches aux frontières, en abaissant par exemple les droits de douane, pour fluidifier la circulation des marchandises.

D’ici dix ans, l’objectif les échanges interafricains atteignent jusqu’à 25% du commerce continental. A titre de comparaison, ces échanges internes représentent 16% du total en Afrique, alors qu’en Europe, le marché intereuropéen s’élève à 70%. Christoph Kannengießer, qui dirige l’Afrika-Verein à Hambourg, salue l’initiative de la Zlec.

“Je prédis que les Africains sont décidés à affronter les défis économiques qui se présentent à eux. Ils ont compris qu’il fallait se serrer les coudes. Et qu’ils ont un énorme potentiel à développer s’ils parviennent à agir et commercer ensemble. Je pense que ce sera un succès.”

Des préalables négligés

L’économiste Yves Ekoué Amaïzo estime que l’ambition de “réduire les coûts de transaction pour améliorer les échanges” est louable. Cependant, de nombreux préalables ont été négligés qui risquent de mettre en péril la Zlec, comme le manque d’infrastructures (de transport, par exemple) pour acheminer les marchandises.

Axe routier entre Maputo et Matola

Axe routier entre Maputo et Matola

Le marché concerné par la Zlec est gigantesque. Avec environ un milliard et demi d’habitants, il pourrait permettre la création d’emplois. Mais il n’est pas certain que les échanges profitent réellement aux consommateurs africains, de l’avis d’Yves Ekoué Amaïzo. L’économiste rappelle : “Est-ce que les Africains consomment des produits africains ? Des produits africains transformés qui sont passés par le stade de l’industrialisation et du service après-vente pour le consommateur? La réponse est non”.

Le refus du Nigeria

Par ailleurs, certains géants refusent de rejoindre la Zlec, comme le Nigeria, qui craint la concurrence de pays plus compétitifs sur certains produits ou sur la main d’œuvre. Christoph Kannengießer relativise. Selon lui, à terme, les Nigérians “ne pourront pas rester à l’écart de cette dynamique africaine”. Yves Ekoué Amaïzo, lui, est plus pessimiste quant aux risques réels de dumping entre pays africains :

“Les agriculteurs nigérians ne veulent pas de cela. Si vous arrivez avec des produits de l’extérieur qui sont moins chers, ils ne produisent plus, pour eux c’est du chômage. Les industriels nigérians non plus. Ils sont en train de produire leur premier véhicule 4X4, ils ne veulent pas se voir envahis par des véhicules venus de l’extérieur, souvent plus performants et moins chers. L’Afrique du Sud pareil. Donc ça va favoriser en fait les exportations, souvent venues de l’extérieur [hors Afrique], alors qu’ils pensent pouvoir gagner sur les marges. Oui, un certain temps, mais très rapidement, il y aura toujours un autre qui va être moins cher et qui va donc fournir.”

 

Paul Kagame a poussé à la Zlec

Paul Kagame a poussé à la Zlec

Concurrence entre pays

“Par exemple si je suis au Bénin, quel intérêt j’ai à m’installer au Nigeria ? Je préfère m’installer au Bénin où c’est plus facile, où la main d’œuvre est moins chère, pour tout réimporter ensuite au Nigeria. Et en plus, j’achète des équipements chinois qui sont moins chers.”

Parmi les problèmes qui doivent encore être réglés, il y a aussi celui de l’autorité qui sera chargée de contrôler les échanges et de régler les différends commerciaux. Ou encore le financement de ce nouveau système. Paul Kagame a proposé l’instauration d’une taxe de 0,2% sur les importations en Afrique, mais la mesure n’est pas encore mise en place.

Les règles devront encore être précisées en juin, à Kampala avant un lancement officiel par les chefs d’Etat de l’UA après leur sommet de juillet.

Source : https://www.dw.com/fr/la-zlec-lancée-le-30-mai-2019-oui-mais/a-48966291

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