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LE SOMMET DE COMESA A KINSHASA LE 26-27 FEVRIER 2014 : DU VENT ?

27 février 2014 par Yves Ekoué Amaïzo

BBC - L'Afrique en directKinshasa-17eme Sommet du COMESA

A Kinshasa, les chefs d’Etats du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) sont en conférence pour leur deuxième journée de rencontre (aujourd’hui jeudi 27 fév.).

Objectif : mettre en œuvre une zone de libre-échange et faire avancer le projet d’union douanière.

Mais pour l’économiste Yves Ekoué Amaizo, ce sommet risque d’être un de plus sans réelle avancée puisque la priorité ce n’est pas d’avancer en zones dispersées, l’Afrique doit aller vers une stratégie économique cohérente.

L’économiste Dr Yves Ekoué Amaizo, également Directeur du groupe de réflexion Afrocentricity Think Tank répond à Mariama Thiam.

COMESA FACE AUX FUTURS ACCORDS TRANSATLANTIQUES ETATS-UNIS-UNION EUROPÉENNE

Dr. Yves Ekoué AMAÏZO

Directeur du Groupe de réflexion, d’action et d’influence Afrocentricity Think Tank

26 février 2014

https://podcasts.amaizo.info/BBC-Matin-27-02-2014-4h30-SOMMET-DE-COMESA-A-KINSHASA-Yves-Ekoue-Amaizo.mp3

Podcast: Play in new window | Download (Duration: 3:58 — 1.8MB)

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Parler de COMESA 1 – le marché commun de l’Afrique australe et orientale -, c’est parler d’intégration régionale ou plus précisément des difficultés d’opérationnalisation de ce marché commun.

L’Union douanière du COMESA signé en 2009 avait pour objectif de permettre l’amélioration du niveau d’échanges entre les pays membres et d’augmenter le commerce intra-commerce de manière quantitative et qualitative. En réalité, on s’aperçoit que le COMESA s’est orienté vers tout ce qui de près ou de loin soutient les investissements, surtout les investisseurs étrangers directs. COMESA s’occupe moins de rappeler la responsabilité des Etats quant aux paiements de leurs dettes intérieures. L’industrialisation et la transformation des matières premières non transformées quoique souvent sur les agendas, ne se sont pas matérialisées, même s’il faut noter une légère amélioration en 10 ans.

Les dirigeants de COMESA souhaitent avoir un marché commun avant la fin de l’année 2014 et une union monétaire d’ici 2018. Ces vœux ressemblent plus à des injonctions qu’une stratégie opérationnelle pour permettre d’atteindre ces objectifs ambitieux et indispensables. En 13 ans (1999-2012),  le libre-échange est resté le leitmotiv pour les 19 États-membres qui ont vu leur commerce intra-COMESA passer de 2,6 milliards de $US en 1999 à environ 20 milliards de $US en 2013 (17,4 milliards $US en 2010). Le commerce intrarégional ne s’est amélioré que marginalement et tourne encore autour de 11 % en 2013 alors que les dirigeants de la zone souhaite atteindre 18 % en 2020.

Notons toutefois que la région COMESA a fait preuve d’une résilience exceptionnelle lors de la crise financière de 2007/8. Au plan macro-économique, les États membres du COMESA ont réussi à préserver un environnement macroéconomique stable même si les taux d’inflation restent assez élevés et contribuent à faire fondre les fruits de la croissance économique. Tout est fait comme si le seul objectif de COMESA est de « libéraliser » à tous prix leur marché (libéralisation des marchés des changes, libéralisation du compte de capital, libéralisation des échanges)… pour ne satisfaire et attirer que les investisseurs dans la zone. Le résultat au niveau de la création d’emplois, de distribution de salaires décents et d’amélioration du pouvoir d’achat restent en deçà des espérances, pour ne pas dire mauvais.

Rappelons tout de même que la Tanzanie, qui fut membre de la COMESA, en est sortie pour devenir membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC 2) tout en restant membre de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC). Avec l’Egypte qui est membre de la COMESA, la Tanzanie ne souhaitait pas se voir envahir par les produits égyptiens, membre de l’Union du Maghreb Arabe (UMA 3). Rappelons d’ailleurs l’un des succès de la COMESA est d’avoir réussi la création de l’Agence régionale d’investissement qui est basée en Egypte et dirigée par une Égyptienne. Les peuples auraient souhaité une Agence régionale de la création d’emplois par exemple et une journée au moins par an avec une libre circulation totale et effective des populations.

En outre, la croissance du Produit intérieur brut (PIB) de COMESA sur les 10 dernières années se situerait autour de 5,5 %, légèrement au-dessus de l’Afrique subsaharienne 5 % alors que l’inflation de la zone COMESA serait en moyenne de 6 %. Il faut noter que les investissements dans la zone ont progressé passant en 10 ans de 20 % à 25 % du produit intérieur brut. Le solde budgétaire de la zone reste élevé et négatif avec -6 % en moyenne entre 2004-2014 bien supérieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne autour de -4,5 % du PIB. Si les chiffres de la dette paraissent raisonnables, c’est que de nombreux pays ont bénéficié d’annulation de leur dette publique extérieure. Aussi, la pression de la dette reste une contrainte.

Le 22 octobre 2008, la zone d’Afrique australe (Communauté des pays d’Afrique australe – SADC) a rejoint le COMESA (marché commun pour l’Afrique orientale et australe) ainsi que la communauté de l’Afrique de l’Est (EAC 4) pour former une Zone de libre-échange de l’Afrique. La réalité sur le terrain est tout autre. La double appartenance de certains pays, quand ce n’est pas une triple appartenance, le fait d’utiliser ces institutions pour caser des politiciens comme une caisse de retraite continuent à empêcher d’aller vers une optimisation des ressources de ces institutions. En réalité, les dirigeants africains sont timides, pour ne pas dire peureux.

Face à l’avancée rapide des discussions entre l’Union européenne et les Etats-Unis sur un accord transatlantique Etats-Unis – UE, il faut croire que les dirigeants africains ne sont pas encore conscients des enjeux et de leurs pertes potentiels dans le commerce intrarégional. En effet, un poulet lavé à la javel qui est autorisé aux Etats-Unis et interdit en Union européenne, pourrait sans problème, grâce aux accords de partenariat économique en cours de négociation entre les pays africains et l’Union européenne, venir envahir le marché de l’Afrique du nord au sud. Ainsi, la Zone de libre-échange de l’Afrique risque de mourir dès sa naissance si des accords régionaux intervenaient d’abord entre les zones régionales africaines et cette nouvelle structure en gestation, mais surtout si les pays africains, régulièrement connus pour leur indiscipline sur les traités commerciaux, jouent la carte du chacun pour soi. Les trois blocs régionaux (SADC, COMESA et EAC) ne pèseront pas bien lourds face à ce traité transatlantique. Il est même prévu qu’en cas d’obstruction au commerce ou de dommages causés aux biens d’une entreprise multinationale internationale de « nationalité » européenne ou américaine, c’est l’Etat africain qui devrait payer les conséquences. Est-ce que les dirigeants africains sont mêmes au courant de ce qui se prépare ?

En réalité, en filigrane du traité transatlantique Etats-Unis-UE, il s’agit d’engager les Etats africains dans une logique de la dette commerciale, de la créance irrécouvrable et donc l’annexion de ses richesses. Dans ce contexte stratégique, l’accord de partenariat Économique de l’Union européenne avec l’Afrique sonne comme l’institutionnalisation d’un piège dont les principaux responsables risquent d’être les chefs d’Etat africains eux-mêmes. Autant dire que la réunion de COMESA à Kinshasa en République démocratique du Congo (RD Congo) et portant sur le 17e sommet des chefs d’Etat membres du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) qui s’est tenu le 26-27 février 2014 ne pourra réussir la « la consolidation du commerce intrarégional avec le développement des petites moyennes entreprises » de la zone que s’ils prennent conscience qu’il faudra remettre le développement des capacités productives, la transformation en Afrique des matières premières, la protection passagère des industries locales, la mise à disposition d’un environnement institutionnel et légal prévisible doublé par une infrastructure améliorée (électricité, eau, internet, routes, voies ferrées et fluviales) comme la priorité des priorités. Ce n’est pas en faisant des doublons des institutions régionales africaines que cela ira vite. YEA.


EMISSION BBC AFRIQUE

www.bbc.com/afrique

Mercredi 26 février 2014 et Jeudi 27 février 2014

Journaliste : Mariama THIAM, Journaliste

Emission : Le Journal de l’économie.

Internet : http://www.bbc.co.uk/afrique/

Contact : info@bbc.co.uk

Invité : Dr Yves Ekoué AMAÏZO, consultant international et Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence Afrocentricity Think Tank.

Contact : yeamaizo@afrocentricity.info

Thème : LE SOMMET DE COMESA A KINSHASA LE 26-27 FEVRIER 2014 : DU VENT ?


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Notes:

  1. COMESA (Marché commun de l’Afrique australe et orientale) : 19 membres. Burundi, Comores, Congo Démocratique (Rép.), Djibouti, Egypte, Érythrée, Ethiopie, Kenya, Libye, Seychelles, Swaziland, Madagascar, Malawi, Maurice,  Ouganda, Rwanda, Soudan, Zambie, Zimbabwe. ↩
  2. SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe) : 15 membres. Afrique du sud, Angola, Botswana, Congo Démocratique (Rép.), Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, Seychelles, Swaziland, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe. ↩
  3. UMA : Union du Maghreb Arabe : 5 membres : Algérie, Libye, Mauritanie, Maroc, et Tunisie. ↩
  4. EAC : Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) : 5 membres. Burundi, Kenya, Ouganda, Rwanda et Tanzanie. ↩

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Yves Ekoué Amaïzo

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Dr. Yves Ekoué Amaïzo (Ph. D. MPhil, MBA, MA) est le Président fondateur et le Directeur général de Afrocentricity Think Tank. Ce groupe d’analyse, d’influence et de conseils offre des points de vue alternatifs et des conseils aux dirigeants des Gouvernements africains, aux entreprises considérant l’Afrique comme un marché d’avenir et aux organisations de la société civile africaine y compris dans la Diaspora. Il s’agit de limiter les effets pervers des guerres non cinétiques allant à l’encontre des intérêts des peuples africains.
Une équipe d’experts et de consultants multidisciplinaires peut être mis à disposition dans le cadre d’une demande spécifique pour prodiguer des conseils de haut niveau, des analyses comparatives et de compétitivité et des recommandations opérationnelles. Le tout peut faire l’objet de conférences ou de réunions.
S’imposant de plus en plus comme une référence dans la pensée alternative sur l’Afrique et les Africaines et les Africains, Afrocentricity Think Tank a acquis le statut de « faiseur d’opinions” et ne laisse personne indifférent.

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Une équipe d'experts et de consultants multidisciplinaires peut être mis à disposition dans le cadre d’une demande spécifique pour prodiguer des conseils de haut niveau, des analyses comparatives et de compétitivité et des recommandations opérationnelles. Le tout peut faire l'objet de conférences ou de réunions.
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