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L’UNION AFRICAINE DOIT RÉFORMER SON MODE DÉCISIONNEL : Opter pour la télé-vidéo conférence pour réduire les coûts

4 juillet 2017 par Yves Ekoué Amaïzo

Afrocentricity logo-105x107SOMMET DE L’UNION AFRICAINE, JUILLET 2017

Réformer sans que rien ne change concrètement devient un leitmotiv désuet des Chefs d’Etat africains. Il est temps que la Diaspora africaine cesse de s’aligner sur les positions inacceptables des chefs d’Etat sous prétexte de panafricanisme déviant et propose de fermer l’Union africaine et de la refonder autrement.

1. FERMER l’UNION AFRICAINE ET LA REFONDER SUR LA BASE DE LA SUBSIDIARITÉ

Avec l’absence de ténor comme les Présidents du Nigeria, du Sénégal, du Maroc, etc. et au-delà des désaccords, l’Union africaine (collectif des Chefs d’Etat africains) de juillet 2017 est en train de ressembler à la défunte Organisation de l’Union africaine où au fil des années, l’institution s’est spécialisée dans la gestion d’une constante de l’inefficacité, et de la déresponsabilisation surtout sur le plan économique et financier. Mais tout ceci n’a pas fait avancer la cause de la démocratie au sein de l’Union africaine.

En effet, les dirigeants de la Commission de l’Union africaine (organe d’exécution) sont systématiquement choisis sur des bases non démocratiques. Pire, la Commission de l’Union africaine continue à servir de « secrétariat », c’est-à-dire dans la mentalité des chefs d’Etat africains, une institution qui demeure esclave des décisions, -quand il y a décision-, des chefs d’Etat africains.

En réalité, l’UA est devenue une institution qui ne sert qu’à dire NON à toutes propositions alternatives et constructives. Souvent les raisons budgétaires sont invoquées, sans d’ailleurs que le lien direct en corruption et budget effectivement transférées à la Commission de l’Union africaine ne soit fait.

La question aujourd’hui est de savoir s’il ne faut pas tout simplement fermer définitivement cette institution et repartir sur des bases démocratiques uniquement avec les pays qui acceptent le principe de la subsidiarité effective ? Chacun pourra offrir sa réponse dont les Chefs d’Etat africains n’ont cure !!!

2. LE LEADERSHIP INEFFICACE ET COUTEUX DES DIRIGEANTS AFRICAINS

Mais est-ce que les Chefs d’Etat africains se soucient de l’image qu’ils renvoient collectivement (ou même individuellement) au monde ? Vraisemblablement non !  Entre inefficacité, non-respect des délais, dépensiers, irresponsables, adeptes de l’abus du pouvoir, instrumentalisation des populations pour des élections sans vérités des urnes, mauvais gestionnaire et pleurnichards toujours en train de demander de l’argent, mystificateurs de leur peuple par un populisme qui privilégient uniquement leurs propres clientèles… Voici quelques mots-clés à méditer…

Il suffit de rappeler comment systématiquement ces mêmes chefs d’Etat africains refusent de transférer un pouvoir substantiel et indépendant à la Commission de l’Union Africaine actuellement dirigée par le tchadien, Moussa Faki Mahamat. En effet, la plupart des décisions qui ne sont pas alignées sur les décisions laborieuses de l’assemblée des Chefs d’Etat (au-dessus de la Commission de l’UA et considérée comme un simple secrétariat) sont systématiquement bloquées, avec souvent une dose d’humiliation en supplément. Actuellement présidée par le Président guinéen Alpha Condé, l’Union Africaine (UA) peine actuellement à mettre en pratique deux réformes principales :

  • passer à une réunion annuelle d’une journée au lieu des deux statutaires étalées sur 2 jours pour les Chefs d’Etat, sans compter une à 2 semaines pour les délégations qui préparent la réunion (les experts, les ambassadeurs, les ministres, entre autres) ;
  • affecter effectivement les 2% sur les prélèvements des importations hors Afrique à la Commission de l’UA pour ses opérations sans interférence de dessous la table de mêmes chefs d’Etat…

Pourtant, les deux propositions sont en principe faciles à mettre en œuvre si les chefs d’Etat africains acceptent d’être collectivement sérieux et responsables. Il suffit pour cela d’accepter le principe de la subsidiarité effective, c’est-à-dire transférer une partie des pouvoirs de ces mêmes chefs d’Etat à la Commission de l’UA. Ce point a toujours subi un NON historique à la création de l’Organisation de l’Unité africaine en 1963, malgré les efforts multiples du feu Président ghanéen Kwame N’Krumah 1 à rappeler que sans subsidiarité et fédéralisme, les chances pour l’Afrique de peser dans les affaires du monde restera lilliputiennes. Autrement dit, cela fait depuis cette date que les dirigeants africains n’arrivent pas à opter pour un fédéralisme africain au plan économique et démocratique. Ils ont préféré, sans décision claire d’ailleurs et non sans influence décisive des pays occidentaux ex-colonisateurs, opter pour une sorte de conférence des chefs d’Etat qui ont du temps à perdre et beaucoup d’argent à gaspiller sur le dos des Africains. La décision d’affecter effectivement les 2 % sur les prélèvements des importations hors Afrique à la Commission de l’UA pourrait faire l’objet d’un procès à l’Organisation mondiale du Commerce que la plupart des Chefs d’Etat ont signé pour faciliter la libre-circulation des marchandises sans entraves injustifiées. Autrement dit, quand un équipement industriel ou une machine agricole est importée, les 2 % de taxes risquent de devenir dissuasives. Bref, il s’agit de préciser que la taxes ne devraient porter essentiellement sur une liste de produits notamment de luxe ou que l’Afrique peut produire… On ne comprend pas pourquoi certains pays africains continuent à importer du jus de mangue ou de noix de coco…

Mais comme le personnel décisionnel de l’UA n’est pas élu, à l’instar de nombreux Chefs d’Etat africains adeptes de la contre-vérité des urnes, il est difficile d’avancer sur ces deux sujets au plan opérationnel. Pourtant, ce sont ces mêmes chefs d’Etat qui refusent de mettre en place un système continental d’Internet où chacun pourrait prendre sa décision dans son pays en 48 heures. Cela économiserait beaucoup d’argent car les Chefs d’Etat africains sont de grands dépensiers. Personne n’a le droit de les critiquer pourtant ils vivent largement au-dessus de leur moyen, et surtout sur le dos d’une grande majorité de leur population. Pire, c’est la culture du luxe qui sous-tend cette approche qu’il faudra combattre et les jeunes générations africaines ne semblent pas, dans leur grande majorité, mettre en cause le goût pour la luxure anesthésiée par de nombreux chanteurs et joueurs de football africains obsédés par le faire-voire et le paraître… Ce modèle culturel n’a aucune chance de soutenir l’indépendance économique à terme compte tenu de la propension à « chercher l’argent facile » quitte à se prostituer avec le premier venu 2…

Lorsqu’il y a une décision au sein de l’UA, c’est-à-dire au niveau des Chefs d’Etat, elle est obtenue sur la base de ce qu’il convient d’appeler le « consensus africain », une forme moderne d’arrangement fondé sur le « don-contredon » ou plus exactement le « donnant-donnant », ce qui signifie que tant que tous ne sont pas d’accord, il ne se passe rien tant que chacun n’a pas négocié ce qu’il gagne dans l’opération. En fait, il s’agit d’un véritable système non agile, et bloquant.

Les Chefs d’Etat africains oublient que personne dans le monde ne va avancer au rythme d’escargot qu’ils imposent collectivement à l’Afrique. De plus, ils refusent la critique objective et donc ne savent même plus qu’ils sont ridicules tant leur rassemblement en grande pompe au sein de l’UA est devenue la risée du monde. Mais qu’importe, du moment où cela ne les empêche pas d’affréter des avions spéciaux pour se rencontrer alors qu’un simple système de télé-vidéo permettrait de résoudre l’essentiel du problème de l’UA et permettre la palabre d’avoir lieu. Aussi, les réunions annuelles de l’IUA ne serviraient qu’à signer les accords discutées et décidées au préalable. A ce titre, une réunion annuelle de l’UA (chefs d’Etat) serait amplement suffisant. Une économie véritable pour l’Afrique et sa population !

Mais le principe d’économiser est un tabou pour ces chefs d’Etat qui se font régulièrement rappeler à l’ordre par les grandes institutions internationales, au premier chef desquelles le Fond monétaire international (FMI), puisque ces même chef d’Etat ont tué dans l’œuf le Fond monétaire africain (FMA) pour éviter de s’auto-discipliner et d’être « disciplinés au plan économique et financier » par leurs pairs…

3. STOPPER L’IRRESPONSABILITÉ COLLECTIVE DES CHEFS D’ETAT AFRICAINS

Au-delà de la critique, c’est tout la relevance de l’unité des africains qui doit être posée autrement sans se faire enfermer par les structures d’une institution africaine neutralisée par des Chefs d’Etat dont l’engagement pour l’Afrique est inversement proportionnel au niveau d’engagement pour préserver le pouvoir en tous non-respect des lois fondamentales et de la démocratie. Si les droits humains, la vérité des urnes et la démocratie, l’inclusivité des richesses produites avec son partage sur une base plus équitable, la sécurité, le maintien de la paix, et la culture de l’Afrocentricité, etc. ont été graduellement dévoyés par ces mêmes chefs d’Etat collectivement.  Aussi, le faux concept d’auto-indépendance 3 n’a jamais vu le jour dans un monde interdépendant, concurrentiel et déterminé à prendre sa part du gâteau africain. L’influence et la puissance des acteurs extérieures à l’Afrique ont progressivement transformé de nombreux chefs d’Etat africains en sous-traitants des intérêts des grandes puissances publiques et privées du monde. Bref, l’Africaine et l’Africain demeure une variable d’ajustement que la communication des Chefs d’Etat continue à coût de millions à passer sous silence.

En réalité, le fonctionnement actuel de l’UA relève du saupoudrage et de la pure communication, donc une vraie mystification des peuples africains. Il suffit que les principaux pays qui sont à jour de leur contribution auprès de l’UA acceptent « volontairement » de faire avancer un dossier continental pour qu’il soit adopté. En pratique, c’est l’opérationnalité de la décision qui est systématiquement repoussée à plus tard… Le résultat collectif est toujours le même à savoir :  la palabre pour la palabre et pas d’opérationnalité des décisions, encore moins d’engagement réel, et surtout pas de sanctions. Une vraie déresponsabilisation !

Quand on n’est pas responsable, on démissionne ! On ne change pas les Constitutions et les Lois fondamentales africaines pour s’éterniser au pouvoir en prétextant que c’est pour le bien du peuple, encore moins que c’est à la demande du peuple… Une vraie arnaque de communication surtout quand les pays occidentaux et la Chine qui financent à plus de 93 % les activités de l’Union africaine 4 commencent à s’apercevoir que leur tentative de recoloniser l’Union africaine par l’argent et l’endettement ne sert à rien. Ils ont permis au Chefs d’Etat de justifier leur déresponsabilisation au point que les décisions deviennent des décisions de l’Union européenne et de la Chine par l’intermédiation de l’Union africaine.  Quelle honte ! Pourtant, les dirigeants africains qui clament haut et fort, – « l’Afrique aux Africains et par les Africains » ou encore « Traiter d’égal à égal avec les pays occidentaux » -, ne contribuent qu’à raison de 7 % aux activités de l’Union africaine et encore tous ne contribuent pas et ne font l’objet d’aucune sanction.

Bref, le leadership des dirigeants africains est inefficace et couteux. Cela doit changer ! La Diaspora africaine devrait prendre conscience de sa propre inefficacité à vouloir systématiquement continuer à opter pour le non-engagement comme mode de sa propre gouvernance en tant que Diaspora. A défaut, c’est la Diaspora africaine dite « alignée » et prête à aller à la soupe pour échapper au chômage et les humiliations en Occident qui risquent d’occuper les postes qui lui seront proposés en Afrique.

Un grand nombre parmi la Diaspora non indépendante 5 ont de fait opté pour une forme d’autocensure neutralisant les actions alternatives de construction de l’Afrique. A ce jour, la neutralité coupable 6 est responsable partiellement de l’état de mal-développement de l’Afrique. Aussi, avant que l’Union africaine ne se fasse financer à 100 % par des non-Africains, elle doit réformer son mode décisionnel et opter pour la télé-vidéo conférence pour réduire ses coûts. Ce sera alors un début d’une véritable démocratie participative. Encore faut-il que les Chefs d’Etat, qui ont tout verrouillé, l’autorise… YEA.

 

Dr Yves Ekoué AMAÏZO, Ph D, MBA.

Directeur Afrocentricity Think Tank.

5 juillet 2017.

yeamaizo@afrocentricity.info

© Afrocentricity Think Tank

www.afrocentricity.info

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Notes:

  1. Nkrumah, K (2009). Le consciencisme. Réédition. Edition Présence Africaine : Paris. ↩
  2. Au sein réel comme au sens figuré. ↩
  3. Mvelle, G. &  Zang, L. (sous la direction de ) (2017).  L’Union africaine quinze ans après. Tome 1. Editions L’Harmattan : Paris. ↩
  4. Wouassi, L. (2015). « Union africaine : 93% de financement proviennent de l’Occident ». In La Nouvelle Expression (Cameroun). Repris dans Camer.be. 15 Mars 2015. Accédé le 1er juillet 2017. Voir http://camer.be/40611/12:1/afrique-union-africaine-93-de-financement-proviennent-de-loccident-.html#h73y28qo8cAgMuFI.99 ↩
  5. Amaïzo, Y.E. (2017). « La Diaspora togolaise indépendante : comment organiser un nouveau rapport de force ? ». In Collectif pour la Vérité des Urnes (Togo Diaspora). 13 mai 2017. Accédé le 1er juillet 2017. Voir https://cvutd.afrocentricity.net/2017/05/13/la-diaspora-togolaise-independante-comment-organiser-un-nouveau-rapport-de-force/11874 ↩
  6. Amaïzo, Y.E. (sous la direction) (2008). La neutralité coupable : L’autocensure des Africains, un frein aux alternatives ? Avec une préface du Professeur Abel Goumba et une postface de Têtévi Godwin Tété-Adjalogo. Editions Menaibuc : Paris. ↩

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Dr. Yves Ekoué Amaïzo (Ph. D. MPhil, MBA, MA) est le Président fondateur et le Directeur général de Afrocentricity Think Tank. Ce groupe d’analyse, d’influence et de conseils offre des points de vue alternatifs et des conseils aux dirigeants des Gouvernements africains, aux entreprises considérant l’Afrique comme un marché d’avenir et aux organisations de la société civile africaine y compris dans la Diaspora. Il s’agit de limiter les effets pervers des guerres non cinétiques allant à l’encontre des intérêts des peuples africains.
Une équipe d’experts et de consultants multidisciplinaires peut être mis à disposition dans le cadre d’une demande spécifique pour prodiguer des conseils de haut niveau, des analyses comparatives et de compétitivité et des recommandations opérationnelles. Le tout peut faire l’objet de conférences ou de réunions.
S’imposant de plus en plus comme une référence dans la pensée alternative sur l’Afrique et les Africaines et les Africains, Afrocentricity Think Tank a acquis le statut de « faiseur d’opinions” et ne laisse personne indifférent.

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