Nov 012019
 

AFRIQUE De la démocratie a la theocratie 01 11 19Le monde est en plein retournement. Les politiques néolibérales et l’austérité engendrées dans les pays en développement connaissent leurs limites. Les privatisations sans retour pour le consommateur, les coupes dans les programmes sociaux avec une augmentation de la fracture sociale et de vulnérabilité sanitaire, et la tarification des services publics en augmentation sans véritables contreparties pour l’usager et un service public fonctionnant de manière non-optimale sont à la base des insurrections contre le mauvais fonctionnement de l’Etat. L’inefficience des politiques publiques finit par être payée « cash » ! Mais c’est le Peuple qui trinque !

1. AUGMENTATION DES CONFLITS SOCIAUX DANS LE MONDE

Au-delà des problèmes de terrorisme, l’augmentation des conflits sociaux-politiques dans le monde sont légions. L’Afrique ne peut échapper à cette tendance. Les conflits sociaux, la fronde envers les dirigeants, les révoltes populaires sont la marque d’un malaise profond et d’une défiance généralisée envers les gouvernants politiques, et parfois économiques. Voici quelques pays qui ont été ou sont concernés par le phénomène : Algérie, Bolivie, Cameroun, Chili, Egypte, France, Hong Kong, Irak, Libye, Soudan, Togo, Tunisie, Venezuela.

Tous ont en commun un ras-le-bol d’une gouvernance politique, économique et sociale qui accentue les inégalités, la pauvreté, la perte de pouvoir d’achat, la perte d’emplois, la course des salaires vers le bas pour la majorité des populations, et le déclassement en cascades qui en découlent. La réalité est que l’avenir des citoyens concernées devient imprévisible, à savoir volatile, incertain, complexe et ambiguë. Dans le cadre d’approches de plus en plus autocratiques y compris dans les pays dits démocratiques, les gouvernants ont oublié sur le plan économique de jouer le jeu de la démocratie et de l’équité entre les citoyens. Les opportunités de trouver un travail décent et un pouvoir d’achat régulé se sont évaporés. Que reste-t-il pour retrouver une dignité ? S’indigner et se révolter dans la rue ! Les parlements ont exclu les pauvres !

L’accumulation des décisions inégalitaires et ses conséquences en termes de mauvaise gouvernance se sont développées de manière indolore au point qu’il suffit d’une décision erronée, parfois insignifiante, pour aboutir à un rejet spontané des élites dirigeantes par la partie de la population qui se sent « violée » dans son existence et son mieux-être. Les sorties positives de crises passent souvent par un changement de gouvernement, une urgence de réformes immédiates ou une redistribution monétaire et fiscale au profit des couches de la population les plus durement touchées. Les sorties négatives des crises de gouvernance se résument à un cycle de manifestations, de répressions, d’emprisonnement et de militarisation pour tenter de juguler les révoltes. En pratique, c’est la régression démocratique qui se profile à l’horizon.

2. DÉFIANCE ENVERS LES DIRIGEANTS ET LEUR GOUVERNANCE ÉCONOMIQUE

La défiance envers les élites dirigeantes a créé de manière structurelle un climat insurrectionnel. Le déclenchement des crises ou l’étincelle qui fait exploser la colère et qui produit l’embrasement populaire peut s’expliquer par une volonté de moralisation de la gouvernance politique, économique et sociale immédiatement. L’espace national a disparu au profit d’un espace mondialisé avec un télescopage accéléré des informations et des images sans compter les « fake news ».

Les images produites par le numérique entre les pays concernés se sont accélérés grâce à la défiance envers les médias politiquement corrects et le développement de l’information par les réseaux sociaux. Au-delà d’un niveau non prévisible d’acceptabilité des sacrifices consentis, c’est la rupture. Autrement dit, dès lors que « le sacrifice supplémentaire est perçu comme inacceptable, illégitime et injuste 1 », le peuple se révolte, sans d’ailleurs souhaiter avoir un « leadership » pour offrir des alternatives politiques.

La coalition entre d’une part, les très riches et la classe moyenne riche aux dépens d’autres part, de la classe moyenne se paupérisant au point de se confondre avec la classe pauvre ou populaires, devient un problème. Si la coalition entre les « en-haut-d’en-haut » est institutionnellement organisée, celle entre les « en-bas-d’en-bas » est circonstancielle et subie.

3. GOUVERNANCE INÉGALITAIRE EN AFRIQUE : DE LA DEMOCRATIE VERS LA THEOCRATIE

En début 2019 et selon le magazine Forbes, 20 milliardaires d’africains totalisent une fortune de 68,7 milliards de $EU avec deux étant des femmes Isabel Dos Santos d’Angola et Folorunsho Alakija du Nigeria 2.

« Lorsque l’on analyse la distribution des revenus et de consommation entre les 20 % d’en-haut-d’en haut à savoir les riches et les 20 % d’en-bas-d’en bas, à savoir les pauvres, on ne peut que constater que le système économique mis en place depuis des siècles du capitalisme ou du libéralisme faiblement régulé a produit un fossé d’inégalités déclinables à l’infini 3 ». La violence finira par prendre le pas sur la politique. La crise des inégalités risque de devenir une crise de la démocratie.

Les 1 % les plus riches en Afrique de l’Ouest gagnent plus que toute la population de la région réunie 4. En Afrique où les systèmes importés d’ailleurs, notamment du monde occidental, sont encore malheureusement considérées comme la panacée, c’est la confusion, voire la défiance totale envers la démocratie de la représentation. Les populations sont désabusées et sont décomplexés face à l’hypocrisie du retour sur investissement de l’aide au développement. Les démocraties deviennent des oligarchies, publiques-privées !

En filigrane, c’est le choc de la démocratie contre la théocratie qui risque de s’amplifier au fil de l’émergence de la gouvernance inégalitaire en Afrique. Paradoxalement, ce sont les conditions de transparence des scrutins électoraux, notamment les mécanismes de mise en place de réformes électorales, la contre-vérité des urnes institutionnalisée pour faire proclamer des résultats électoraux par des institutions électoraux non indépendantes, l’absence de projet de société commun et accepté par les populations, et une volonté réelle des dirigeants politiques de l’opposition d’aller vers une alternance pacifique sans corruption.

C’est ainsi que des élites dirigeantes de réseaux et de systèmes militaro-civilo-ésotérique informels finissent par prendre en otages la politique de redistribution aux profits des « en-haut-d’en-haut » et des réseaux communautaristes d’affidés, peu enclins à s’intéresser aux sorts des pauvres, des victimes de l’inégalité et les neutralisateurs de création de valeurs et de richesses. YEA.

1er novembre 2019.

Dr. Yves Ekoué AMAÏZO, Ph D, MPhil, MBA, MA.

Directeur Afrocentricity Think Tank

© Afrocentricity Think Tank.

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