Le pouvoir UNIR/ex-RPT n’avait pas anticipé la levée de boucliers déclenchée par la réécriture de la Constitution en toute illégalité. La forfaiture dénoncée et argumentée par les défenseurs des libertés alimente désormais les colonnes de la presse togolaise et internationale. Quelque peu ébranlé Faure Gnassingbé reporte sine die les élections législatives et régionales prévues le 20 avril.

Expert en manœuvres dilatoires Faure Gnassingbé atermoie pour ne rien céder !
Le pouvoir UNIR/ex-RPT n’avait pas anticipé la levée de boucliers déclenchée par la réécriture de la Constitution en toute illégalité. La forfaiture dénoncée et argumentée par les défenseurs des libertés alimente désormais les colonnes de la presse togolaise et internationale. Quelque peu ébranlé Faure Gnassingbé reporte sine die les élections législatives et régionales prévues le 20 avril.
Le Togo éternelle terre de paradoxes. La crise politique au long cours est depuis des décennies un marqueur qui caractérise « la terre de nos aïeux ».
Quelque soit la nature de l’outil politique qui la sert, la famille Gnassingbé tient le pouvoir d’une main de fer et les frasques à répétition n’en finissent pas d’alimenter régulièrement les chroniques de la vie politique du Togo.
Acteur incontournable, l’emblème de ce pouvoir reste le RPT (Rassemblement de Peuple togolais), ancien « parti unique » créé à Lomé par Eyadéma Gnassingbé le 30 novembre 1969, pour faire suite à l’appel qu’il avait lancé à Kpalimé le 30 août 1969. Après 43 ans de « bons et loyaux » services « en tous genres », cet organe majeur de la vie politique togolaise sera habilement rebaptisé UNIR (Union pour la République) à l’issue d’un congrès tenu à Blitta le 14 avril 2012.
Mais quelle que soit son appellation le parti présidentiel UNIR reste l’inamovible organe qui consolide l’assise du pouvoir politique sans partage du clan Gnassingbé et de l’oligarchie organisée en cercles concentriques autour de lui. L’outil des basses œuvres, celui qui trame et ourdit le coup d’Etat permanent et maintient très éloignés à la marge, la démocratie et les principes fondamentaux de la République.
Selon les informations parcellaires, savamment distillées au compte-gouttes, qui parviennent aux citoyens togolais, lesquels ne connaissent toujours pas le contenu intégral du texte adopté, la réécriture totale de la Constitution telle qu’envisagée aboutirait à un changement de République.
Pour faire diversion, les cercles du pouvoir qualifient faussement de révision constitutionnelle la liquidation de la IVe République, selon un narratif de type « pensée unique » assené à longueur de déclarations par le gouvernement, les députés auteurs de la forfaiture et les affidés du régime.
A l’aune de l’entreprise de réécriture totale, en toute illégalité, de la nouvelle Loi fondamentale, la nouvelle Constitution du Togo, le pouvoir n’a pas anticipé la levée de boucliers déclenchée. La forfaiture dénoncée et argumentée par les défenseurs des libertés alimente désormais les colonnes de la presse togolaise et internationale.
Quelque peu ébranlé Faure Gnassingbé reporte sine die les élections législatives et régionales prévues le 20 avril, comme en témoigne le communiqué publié par la présidence de la république du Togo le 3 avril 2024 qui annonce le report du scrutin, sans pour autant préciser une nouvelle date, ce qui relève des prérogatives du gouvernement à qui incombe l’organisation du scrutin.

Certains considèrent déjà cela comme un recul de Faure Gnassingbé et de UNIR/ex-RPT. Mais c’est sans compter sur la détermination de cet attelage pour adapter les institutions du Togo à leur dessein, se maintenir ad vitam aeternam au pouvoir.
Dès le lendemain de la parution du communiqué, ce 4 avril au matin, la complaisante Radio RFI, donnait la parole à Gilbert Bawara, proche parmi les proches de Faure Gnassingbé, architecte en chef de bien des coups portés aux libertés publiques au Togo.
Ainsi au cours d’une longue interview de 19 minutes, le ministre de la Fonction publique, du Travail et du Dialogue social, s’est employé à refroidir les ardeurs des ceux qui auraient pu rêver un court instant d’une capitulation de Faure Gnassingbé.
Bien au contraire Gilbert Bawara apporte un éclairage dénué d’ambigüité sur l’intention et la détermination de Faure Gnassingbé et celle de son parti UNIR/ex-RPT, de mener la forfaiture à son terme, appelant au passage « les partis politiques, organisations de la société civile, autorités religieuses et citoyens » à apporter leur contribution au perfectionnement du texte voté par l’Assemblée Nationale.
Fidèle à lui-même et à ses méthodes de communication il est capable, sans sourciller, d’affirmer dans la même envolée une chose et son contraire. Ainsi après avoir sollicité les avis et contributions diverses, Gilbert Bawara prend soin de préciser, en y insistant, que la « philosophie » du texte voté par l’Assemblée Nationale et les principes qu’il édicte ne sont pas négociables.
Dans ces conditions comment peut-il qualifier d’« inclusives », les consultations que l’Assemblée nationale devrait selon ses dires entamer avec les différents acteurs, pour faire suite à la demande de relecture formulée par le président de la république à l’adresse de sa présidente.
Par ailleurs quand on l’interroge sur la possibilité offerte à Faure Gnassingbé par le nouveau texte constitutionnel Président du Conseil à vie, Gilbert Bawara se permet d’esquiver, simplement parce que la question clé qui conditionne la validité de toutes les élections au Togo depuis des décennies est celle de l’impossibilité de faire publier par les autorités des résultats qui reflètent la « Vérité des Urnes », impossibilité organisée sciemment et méticuleusement par le gouvernement et UNIR/ex-RPT, scrutin après scrutin. Il eut été intéressant que sur ce sujet précisément, comme sur d’autres, le journaliste reprenne son invité et l’on peut regretter qu’il ne l’ait jamais fait.
Il ressort de tout cela que la seule issue pour éviter la prévisible catastrophe constitutionnelle, est la mobilisation populaire de masse tous azimuts et sur tous les fronts.
Dans ces circonstances particulières la situation est même devenue particulièrement grave en regard des multiples atteintes aux libertés publiques et à la liberté individuelle, alors que sont relevés en ce moment même des actes de pression et d’intimidation qui se multiplient à Lomé et dans tout le Togo à l’égard de nombreux acteurs politiques, acteurs de la société civile, citoyennes et citoyens.
S’il advenait qu’un front patriotique multiforme, reflétant la grande diversité de la société togolaise prenne corps, il aurait tout à gagner à prendre au mot Faure Gnassingbé, UNIR/ex-RPT, le gouvernement, et les députés auteurs de la forfaiture dont le mandat est expiré.
Ce front pourrait exiger l’élaboration d’une Constitution pour le Togo, mais dans le cadre d’une Assemblée constituante dont la composition reflète la diversité de la société, et inclut l’ensemble des acteurs de la vie politique, les organisations et mouvements de la société civile, les représentants de la diaspora. Celle-ci serait chargée d’élaborer une nouvelle Loi fondamentale, aurait l’obligation de procéder à l’écoute de l’ensemble des forces vives du pays, de recueillir leurs avis, propositions et contributions et de rédiger le texte qui serait soumis in fine à l’approbation des citoyennes et citoyens Togolais.
C’est une voie possible pour dénouer pacifiquement une crise politique porteuse de dangers. FF
François Fabregat
4 avril 2024


