Aug 182015
 

11-12-20  --  LOMƒ, TOGO  --  Photo by Daniel HaydukComme un serpent de mer, le principe que les Allemands nazi ont utilisé pour ponctionner la France de Vichy sous le Maréchal Pétain, au cours de la 2e guerre mondiale, système qui a servi à ponctionner économiquement les territoires coloniaux de la France, a été aboli pour la France en 1945. Mais la France de l’après 26 décembre 1945, date de création du Franc des colonies françaises d’Afrique, a choisi de garder le même système de ponction économique que l’Allemagne nazie lui appliquait, pour l’ensemble des colonies françaises d’Afrique, sauf que cela se faisait dorénavant à son profit 1.

Rappelons que les réserves de tous les Etats membres de la zone franc étaient de 4,4 mois d’importation de biens et services en 2014 et qu’une ponction de 5 ou 10 % sur ces réserves pour garantir une monnaie ne devrait en rien augmenter le risque-pays, au contraire. Par ailleurs, le solde budgétaire de la zone franc avec l’apport des dons est aussi structurellement déficitaire. Il est passé de +4,9 % entre 2004-2008 à -3,1 % du PIB en 2014, avec des prévisions à -5,1 % du PIB pour 2015. En comparaison, le solde budgétaire de tous les pays de l’Afrique subsaharienne est meilleur, passant de 1,7 % du PIB entre 2004-08 à -3,3 % du PIB en 2014, avec des prévisions à -3,7 % en 2015 2.

Bref, la gestion de la zone franc n’est pas optimale et n’a pas d’effet de levier sur le développement, encore moins sur la distribution de richesses et d’emplois décents au profit de tous les Africains de la zone franc. Alors, le Franc CFA ne peut continuer à soutenir des politiques de création de pauvreté et demeurer un sujet tabou du fait de son créateur. Pourtant, le Togo a choisi de sanctionner un de ses ministres en charge de la prospective qui eu le courage de rouvrir ce vieux et lancinant débat. Il fallait le faire taire. Le Togo l’a lâché. Une constante au Togo, mais aussi au sein des institutions de la zone France y compris les banques centrales et le Trésor français ! Alors le peuple africain doit cesser de croire que ces responsables du Franc CFA, une monnaie français en Afrique, responsables non élus et anti-démocratiques par principe, -ceci sous couvert l’obligation de réserve-, vont œuvrer pour une monnaie commune africaine est un leurre.

1. LE FRANC CFA : UN HÉGÉMONISME FRANÇAIS INSTITUTIONNALISÉ AVEC LA COMPLICITÉ DES AFRICAINS

Depuis 1945, et au-delà des déclarations de 2012 du Président français, François Hollande, sur la fin de la Françafrique 3, tous les réaménagements y compris les dévaluations du taux de change fixe du FCFA ou le maintien au pouvoir de régimes autocratiques et sanguinaires en Afrique mettant les intellectuels et économistes sérieux au pas, ne sont que des soubresauts de la subtilité d’une certaine France à préserver une main mise sur les richesses africaines. Entre 1945 où l’Afrique de la zone franc devait déposer 100 % de ses richesses en France, on est passé à 50 % des dépôts des richesses africaines sur le compte d’opérations du Trésor français, lequel en contrepartie, en le déposant à la Banque de France, ouvre une ligne de crédit dite « illimitée » pour les pays qui jouent le jeu. Mais parfois, il y a des ratés. D’où la dévaluation de 100 % du FCFA en 1994.

En effet, créé le 26 décembre 1945 avec 1 FCFA équivalent à 1,70 Franc français (FF), la première dévaluation du Franc français a eu lieu le 17 octobre 1948 et 1 FCFA était égal à 2 FF. Puis, avec l’instauration du nouveau Franc français le 1er janvier 1960,  1 FCFA est devenu 0,02 FF. La dévaluation surprise du 12 janvier 1994 qui fut une véritable arnaque monétaire, a transformé 1 FCFA en 0,01 FF (1 centime). Avec la disparition du Franc français avec la création de l’Euro et l’arrimage du FCFA à l’Euro le 1er janvier 1999, 1 Euro vaut désormais, et à taux fixe, jusqu’à la prochaine dévaluation : 655,957 FCFA 4. Rappelons tout de même que changer le Franc CFA de l’Afrique de l’ouest pour celui de la zone d’Afrique centrale ou vis-versa est un petit parcours de combattant où chacun se sucre (banques, intermédiaires officiels comme officieux, etc.) par des commissions divers au point que le change peut vous faire perdre jusqu’à 20 % du montant que vous souhaitez échanger… Alors parler d’intégration entre les deux zones, c’est justement l’inverse qui est en fait promu.

Mais l’histoire véritable du FCFA remonte à 1853 avec la Banque du Sénégal où l’Etat français a roulé les propriétaires d’esclaves dans la farine de manioc en refusant de leur payer la somme que l’Etat français avait accepté d’acquitter pour que les esclavagistes acceptent de libérer les esclaves au Sénégal en 1848. Donc pour ceux qui ne le savent pas, l’Etat français a dû payer parfois pour rendre « exécutable » l’abolition de l’esclavage… Cette somme a été convertie en actions de la première banque de la zone franc appelée la Banque du Sénégal. Cette banque avait la double fonction d’émettre la monnaie (création monétaire avec crédit quasi-illimité) comme une banque centrale et une fonction commerciale classique d’une banque.  Aucun esclave libre n’a été accepté au capital de la banque. D’où le nom véritable que cette banque aurait dû avoir est : « la Banque des propriétaires d’esclaves 5 ». Celle-ci est devenue plus tard la Banque d’Afrique Occidentale (BAO), laquelle évolua en séparant les fonctions d’émission et commerciales pour se muer partiellement en instituts d’émission, puis en une Banque internationale pour l’Afrique Occidentale (BIAO) aujourd’hui disparue dans des conditions non éclaircies du fait d’une mauvaise gestion de ses avoirs au niveau justement de la centrale française…

Humanisme disent les uns ! Spoliation néocoloniale disent certains ! Perpétuation de la France-Afrique qui se mute en Afrique-France, selon d’autres !!! La réalité est que le Franc CFA n’est pas une monnaie mais un signe monétaire d’usurpation des richesses africaines et une négation des droits à la souveraineté monétaire des peuples africains. Il ne peut perdurer que si les Etats ont à leur tête des autocrates prêts à servir d’abord les intérêts étrangers avant les intérêts des populations. Les dirigeants africains successifs, mais aussi les intellectuels et autres élites africaines qui ont choisi de ne pas combattre ce système mais de le faire proliférer, sont des complices d’un tel système. Les jeunes africains d’aujourd’hui (plus de 60 % de la population africaine) et la prise de conscience de l’impuissance de la France à intervenir sur tous les fronts et à gagner de manière décisive permettent à certains d’oser proposer de tourner cette page humiliante de l’Afrique francophone.

Mais les chefs d’Etat qui osent proposer que la France sorte de la zone franc, gentiment ou pas, que vont-ils faire de cette manne d’argent ? Travailler pour le peuple africain alors que de nombreux parmi eux ne sont pas connus comme des défenseurs des citoyens africains, encore moins comme des gouvernants qui ont contribué à la création et distribution de richesses sans clientélisme et achat de conscience ? Ou seront-ils capables de se soumettre à la volonté des peuples que seuls permettent la vérité des urnes et le respect des Constitutions africaines ? Rien n’est moins sûr ! Aussi il est proposé de faire appel à des experts indépendants africains pour préparer les phases de transition permettant d’aller vers une monnaie commune avec les pays volontaires, ce dans les 24 mois. La Commission de l’Union africaine avait demandé au Congrès des économistes africains de plancher sur ce dossier et un rapport en quatre volumes de ce 1er Congrès,  structuré autour du thème «Vers la création d’une monnaie unique africaine », est sorti avec des recommandations qui n’ont jamais été suivies d’effets 6.

Alors la question reste ouverte : il ne s’agit pas de conserver un signe monétaire français mais d’aller vers une simple monnaie commune africaine. Il s’agit d’abord de transparence et de vérité quant au rôle monétaire de la France dans les pays faisant usage du Franc CFA. Il s’agit aussi de mettre fin intelligemment, pacifiquement, sans détruire les liens séculiers entre la France et l’Afrique, à l’hégémonisme institutionnalisé depuis l’époque nazie et sous le régime pétainiste de la France. Ce système perdure avec la complicité des élites africaines au pouvoir feignant de vouloir la fin d’un système, seulement pour améliorer le baromètre de leur populisme grandissant, frisant le clientélisme électoral. Alors, c’est toute la contradiction des dirigeants africains et leur silence coupable qui apparaîssent au grand jour 7. Avec le sport national qu’est l’autocensure des élites africaines, surtout en zone franc, il faut craindre que les effets de manche et le « tam-tam » de la bouche sur la fin du Franc CFA ne soient pas une forme perverse du rêve qu’est l’illusion pour mieux accoucher d’un système plus répressif qui aboutirait à la dévaluation d’une zone par rapport à l’autre, en commençant par l’Afrique de l’Ouest.

2. LES RÈGLES DE L’UNANIMITÉ DE LA ZONE FRANC NE PERMETTENT PAS UNE SORTIE DE LA FRANCE

En Afrique, les zones ayant en commun le Franc CFA constituent des espaces monétaires et économiques recouvrant des Nations divisées en États, héritages de l’histoire commune non sollicitée entre la France et les pays africains. Le Général De Gaulle n’avait en fait jamais renoncé à son grand rêve du grand « Reich » francophone  en référence à l’Allemagne. Mais aussi, ne pouvant se battre sur tous les fronts et alors que la lutte de libération de l’Algérie par les Algériens était en cours, il a été choisi d’octroyer ici et là l’indépendance en limitant les confrontations et les résistances des Africains.

Il a été choisi de remplacer la colonie par la postcolonie en cédant sur l’indépendance politique mais en préservant une postcolonie économique. Frontalement rabrouée par la Guinée de Sékou Touré, la France a dû recourir aux coups d’Etat 8, aux disparitions d’élites de nationalités africaines pour recréer une classe d’élites compradores, zélées et de plus en plus irresponsables dans la défense des intérêts des Africains. Pour les préserver au pouvoir, il faut d’une part faire des annonces pour la démocratisation du processus et en même temps tout faire pour que ces derniers ne s’en aillent pas aussi vite… Un jeu que de nombreux africains n’ont pas encore perçu en tombant dans le piège des annonces. Combien sont-ils à avoir annoncé leur départ en tout respect des constitutions, ou ont usurpé les résultats des élections ou acheter les consciences pour se maintenir au pouvoir ? Ces agents locaux sont soutenus dès lors qu’ils ne font pas d’entraves aux stratégies des pays occidentaux, secteurs publics et privés confondus.

Normal ! Leur point commun est de défendre les intérêts des étrangers et s’assurer en contrepartie l’impunité sous toutes ses formes y compris la contrevérité des urnes, les atteintes aux droits humains et la corruption. C’est dans ce contexte de recherche non coordonnée de la souveraineté politique que les Africains ont oublié, malgré les messages de Kwame Nkrumah, l’ex-Président du Ghana 9, d’organiser leur autonomie monétaire, économique et financière. Mais Nkrumah l’avait dit. La libération des Africains passe par une libéralisation culturelle. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui que les élites dirigeantes africaines restent majoritairement des instruments et vecteurs d’une prolifération anarchique de cultures étrangères dès lors qu’ils ou elles nient – ou n’ont pas conscience de nier- leur propre culture.

La libération par la culture fut le point clé du message du Dr Kwame Nkrumah 10. Son message a été détourné. De nombreuses élites africaines bardées de diplômes ont choisi de libérer l’Afrique avec la culture postcoloniale. Il ne faut donc pas s’étonner des échecs et du temps perdu. Et cela continue puisque ce point n’est pas résolu. Ils existent certainement des dirigeants des pays francophones ayant le Franc CFA en commun qui cherchent réellement à se défaire et de la France, et du FCFA, mais pour mieux renforcer leur autocratie et moins pour améliorer le bien-être de leurs concitoyens. Mais ils devront compter avec les populations qui ne leur font de moins en moins confiance. Car sans le « gendarme » monétaire que constitue la France, ce en référence à leur historique connu et moins connu, la discipline interne à ces zones s’avèrent constituer un vrai défi. La difficulté à harmoniser les politiques monétaires et évoluer vers les convergences monétaires au sein de  la zone Franc CFA et entre les pays qui n’ont pas l’usage de ce signe monétaire avance à l’allure des escargots d’Abidjan 11.

Après l’accession à l’indépendance, la plupart des nouveaux États africains acceptant la nouvelle relation avec la France ont bénéficié d’un ensemble monétaire homogène avec un système de change commun fondé sur une parité fixe, défavorable à l’Afrique, certes. Le signe monétaire Franc CFA est en fait une contrevaleur à parité fixe d’abord avec le Franc français, puis avec l’Euro, dont la valeur est garantie par le Trésor public français, dans le cadre du traité de Maastricht. Autrement dit, c’est la France et elle-seule qui décide de donner un pouvoir libératoire au Franc CFA. C’est pour cette raison qu’en dehors de la France, personne n’accepte le Franc CFA et personne ne peut payer avec ce signe monétaire. Aussi, il faut arrêter de parler de monnaie pour le FCFA car ce n’est pas une monnaie mais un signe monétaire inventé par la France. Les billets et pièces du Franc CFA  sont produits en France et imprimés à Chamalières, une petite ville près de Clermont-Ferrand.

Avec une France qui est représentée dans le conseil d’administration de la zone franc et où sa voix est prépondérante quand il ne s’agit pas de véto mais aussi d’achat des voix des « amis » alignés, il est difficile de parler de transparence, de démocratie et de liberté de choix au sein d’un tel conseil d’administration.

Aussi, pour avancer en toute transparence, Afrocentricity Think Tank suggère que la France renonce volontairement à son droit de véto implicite au sein du conseil d’administration de la Zone Franc. Il faut que la France accepte, volontairement et pacifiquement, de sortir du conseil d’administration de la Zone Franc et demande aux pays membres de présenter un fonds de garantie pour faciliter cette avancée. Tout devient possible si les dirigeants africains ont le courage de mettre à disposition entre 5 % et 10 % de leurs réserves internationales pour constituer un fonds de garantie de la nouvelle monnaie commune pour leur zone.

3. UNITE, MONNAIE COMMUNE ET VERITE DES URNES : 3 CONCEPTS DÉNATURÉS PAR LE FRANC CFA

La zone franc rassemble trois zones en Afrique (Afrique de l’Ouest, Afrique centrale et les Comores) avec quinze États africains et trois territoires du Pacifique qui sont la Polynésie française, Wallis-et-Futuna et la Nouvelle-Calédonie utilisant le Franc pacifique (1 Euro = 119,33174 Franc CFP) avec l’appellation internationale XPF. L’Institut d’Emission d’Outre-Mer (IEOM) est la banque centrale des territoires français du Pacifique. Pour l’Union des Comores, c’est la Banque centrale des Comores (BCC) qui fait office d’institut d’émission utilisant le Franc comorien (1 Euro = 491 Franc comorien(KMF) ou 1 KMF = 0, 0002 Euro). Il faut savoir qu’aucune décision prise dans les régions d’Afrique de l’Ouest (UEMOA), d’Afrique centrale (CEMAC) et aux Comores ne peut se faire au plan monétaire – et par les banques centrales respectives –  sans l’accord de la Banque de France 12 et au plan politique, avec une sorte de non-objection du Ministère des Finances en France.

D’autres pays africains qui utilisent le Franc comme monnaie ne sont pas nécessairement arrimés à l’Euro et ne sont pas dans la Zone Euro. Il faut citer Djibouti avec le Franc Djiboutien arrimé au dollar des Etats-Unis ou la Guinée avec le franc guinéen dont le taux de change fluctue librement.

C’est donc en référence à cette hégémonie institutionnelle que de nombreux intellectuels et ministres africains courageux se sont levés. La dénonciation de ce système ne date pas d’aujourd’hui. Plus de 50 % des thèses de doctorats en économie des étudiants africains ressortissants de la zone franc traitent du Franc CFA directement ou indirectement. Donc le sujet est connu. L’ex-ministre togolais Nubukpo en charge de la prospective a dénoncé cette monnaie de servitude 13 et de blocage du développement des pays de la zone franc. Apparemment pour cette vérité, il n’a pas été reconduit dans son poste par le Président du Togo, invisible depuis le 5 juillet 2015. Ce dernier disait croire en la fin du Franc CFA… Le tort de Kako Nubukpo est d’avoir annoncé que « la question de la souveraineté qui sous-tend ce débat est plus que légitime. Car, il est inconcevable que 55 ans après les indépendances, les pays de la zone franc continuent d’avoir une monnaie physiquement fabriquée en France, d’avoir leurs réserves de change déposées auprès du Trésor public français 14 ». Il fallait le faire taire. Quoi de mieux que de le faire par ses propres « frères » noirs de la BCEAO et de l’Etat togolais.

L’ex-ministre des finances ivoirien et ex-Président de l’assemblée nationale de la Côte d’Ivoire et Professeur d’économie Mamadou Koulibaly rappelle ceci : « Bien que la gestion de cette monnaie ait été confiée à des banques centrales communes, ces banques n’ont d’africain que le nom. En réalité, elles n’ont aucun pouvoir et ne sont rien de plus que de gigantesques institutions bureaucratiques qui ne décident pas des politiques monétaires. Elles sont là pour faire croire aux pays de la zone franc qu’ils sont maîtres de leur destinée 15 ». Le courage intellectuel et politique existe en Afrique car il repose sur la vérité des faits.  Aussi, le temps est venu d’organiser l’interdépendance de la pensée et de la culture africaine sur le sujet. Pour ce qui est du Franc CFA, il est bon de se souvenir encore des écrits de Mamadou Koulibaly qui rappelle l’évidence sans que les élites africaines ne constituent un réseau de soutien autour de lui sur ce sujet :

« La monnaie doit être au service de l’économie. Elle doit s’adapter au contexte économique actuel. A cet effet, il faut permettre aux pays de se prémunir contre les chocs asymétriques, d’améliorer la convergence et l’ajustement macroéconomiques et de financer le développement. Il est vital aujourd’hui que le franc CFA acquière une autonomie, qu’il se libère du joug colonial. Il est grand temps que les pays africains assument les conséquences d’une politique macroéconomique librement choisie. Il n’y a pas de secret. Il suffit que nous décidions de nous choisir nos politiques et d’en assumer la responsabilité. La liberté n’a de sens que si elle est assortie de responsabilité. 

Une fois la rupture accomplie, les pays de l’ex-zone franc devront créer leur propre système basé sur des principes simples : accès direct aux marchés internationaux sans tuteur, c’est-à-dire la France, mise en place d’un système fiscal simple sans règles d’imposition incompréhensibles, taux de changes flexible par rapport aux principales monnaies.

Pour atteindre cet objectif, les pays concernés ont deux possibilités. La première consisterait à créer des monnaies nationales indépendantes, avec une parité flexible comme les monnaies de l’Union Européenne avant l’introduction de l’euro. Cette solution peut fonctionner uniquement si les banques sont privées et indépendantes et que les banques centrales ont la liberté de mettre en œuvre des politiques monétaires crédibles.  La deuxième option, c’est que les pays africains s’unissent et créent une monnaie commune, mais cela suppose un gouvernement unique, contrôlé par une banque centrale unique et indépendante du pouvoir politique, ainsi qu’une politique économique monétaire et budgétaire uniques.

Quelle que soit la solution adoptée, les Etats doivent être démocratiques. Ils doivent indiquer clairement à leurs citoyens leurs droits de propriété et leur accorder la liberté de décider s’ils veulent hypothéquer ces droits.  Tout commence avec l’attribution du droit de propriété aux citoyens, un droit qui les fera émerger de la pauvreté. Le libre-échange fera le reste » 16

Alors pour trouver une solution holistique, il importe de rappeler que les économies de la zone franc sont encore systématiquement surveillées, contrôlées, voire structurées par la France qui a mis les dirigeants dans les fourches caudines 1. des « accords de coopération » dits économiques, 2. parfois par le biais de l’Union européenne avec l’Accord de partenariat économique (APE) ; 3. ou les accords de défense ; 4. et sur la monnaie, les accords directement ou indirectement liés aux conventions d’opération. Alors sans un système de corrupteurs et de corruption du « don-contre-don », le système ne peut perdurer sans révolte. Mais, trop d’Africains, merci à l’internet et l’information libre, se font leur propre idée et surtout subissent les manque-à-gagner d’une coopération inique fondée sur le Franc CFA et ceux, « ensorcelés  depuis Paris », ne voient que ce que Paris veut bien voir des conséquences de ce lien inique et historique hérité des pratiques du nazisme monétaire. Qui peut à Paris sortir de l’ENA (Ecole Nationale d’Administration) et des Grandes écoles comme les Hautes Etudes Commerciales (HEC) à l’image du Président français François Hollande et accepter que les pratiques du nazisme monétaire appliqué à la France sous l’occupation continuent à s’appliquer à l’ensemble des peuples de la zone franc en Afrique et ailleurs ?

Personne sauf ceux qui précisément ont choisi stratégiquement de bloquer l’industrialisation et la création d’emplois par le Franc CFA avec la complicité d’Africains zélés et arrivistes, souvent inconscients des conséquences de leur actes. En effet, ils sont nombreux à l’âge de la retraite et souvent après avoir subi des humiliations dans leurs réseaux, tentent d’expliquer de ne pas faire ce qu’ils ou elles ont justement fait au cours de leur jeunesse pour occuper des postes. Alors, ils apprennent aux uns et aux autres, de résister et de ne plus « avaler des couleuvres » alors qu’ils ont passé leur vie à avaler des pythons et autres boas.

Aussi, tous les jeunes africains commençant à prendre conscience de l’injustice institutionnalisée ont choisi le FCFA comme la « bête » à abattre, l’instrument du complot contre la défense des intérêts des Africains. Les Chefs d’Etat l’ont compris et en toute hypocrisie pour certains, attirent les intellectuels pour mieux les humilier ensuite dans le filet des postes politiques tout en tentant de récupérer leur « aura » en :

  • faisant oublier leur casseroles sur les droits humains, la liberté de la presse, les crimes politiques, économiques et sociaux et culturels, etc. ;
  • se transformant en grands défenseurs d’une monnaie dite « unique » africaine qui ne voit jamais le jour, et de la fin du Franc CFA qui est toujours là.

Le peuple africain conscient et prêt à ne pas choisir la petite corruption, l’achat des consciences, la danse et la musique comme seuls objectifs dans la vie, ne doit plus tomber dans ce piège. La monnaie africaine ne peut être unique. Elle doit être commune car l’unanimité pour lui donner jour est impossible compte tenu du niveau de trahison des élites dirigeantes entre elles-mêmes et vis-à-vis des peuples africains. La monnaie commune permet d’avancer avec les dirigeants volontaires qui sont aussi près à transférer une partie de leurs réserves internationales pour garantir une nouvelle monnaie commune pour l’émergence d’une communauté économique africaine indépendante et souveraine.

4. COMMENT CRÉDIBILISER L’ANNONCE DU PRÉSIDENT TCHADIEN DE CREER UNE MONNAIE AFRICAINE

Lors de la célébration du 55e anniversaire de l’indépendance du Tchad à Abéché au Tchad, le Président tchadien, Idriss Déby a annoncé que « le Tchad appelle l’Afrique à «frapper sa propre monnaie» et à se débarrasser du Francs CFA » et que « L’Afrique ne peut pas évoluer avec la monnaie Franc CFA 17 ». Il rappelle tout haut ce que tous les Africains et surtout les chefs d’Etat de la zone franc disent tout bas : « Pourquoi cette monnaie [FCFA] n’est pas convertible. Pourquoi tous les échanges passent par la Banque centrale de la France ? Qu’est-ce que nous [Les Africains membres de la zone] gagnons en mettant nos ressources dans des comptes d’opérations ? Quel est le taux d’intérêt que nous gagnons ? ». Personne à Paris ne s’est empressé de lui répondre. 

Le Président du Tchad souhaite que la France et l’Afrique en parlent. « Cette question n’est pas un tabou. Celui qui veut faire de cette question un tabou va tuer l’Afrique et demain on va être condamné par les générations futures ». Alors si personne ne peut douter de la sincérité du Président Déby, on peut néanmoins s’étonner que ce ne soit que maintenant que ce sujet semble l’intéresser au point de devenir une urgence.

Précisons d’abord pour le Président Déby et ses pairs que le Franc CFA n’est pas une monnaie mais un signe monétaire garanti par le Trésor français. Comme ce signe monétaire, le FCFA , n’est convertible qu’en Euro et interdit de conversion dans les autres devises internationales, on ne peut dire, -comme l’affirme le Président Déby- que le FCFA est une monnaie et à fortiori « notre monnaie » que les pays membres de la zone franc ont en partage. Car il ne faudrait pas que le Président Tchadien pense que la sortie du Conseil d’administration de la Zone Franc suffira pour faire disparaître un système d’usurpation des richesses africaines, ce depuis que la France a hérité le système du nazisme allemand. Ce n’est pas non plus une simple question d’impression de billets ou de frappe de pièces de monnaie en Afrique et non en France. Aussi, il ne faudrait pas que la question monétaire soit prise en charge par les « politiques » uniquement, surtout que cela ne semble pas leur avoir posé de problèmes majeurs depuis. Alors le Président Déby aurait-il été mandaté par d’autres chefs d’Etat africains, plus frileux, voire couards sur le sujet ? Car il ne peut réussir seul surtout s’il veut obtenir un rapport de force malgré le droit de véto de la France, il faut bien proposer un contre-projet qui serait une alternative B à celle de la France.

Par ailleurs, quand le Président Déby affirme que le FCFA empêche le développement, personne ne peut le contredire. Mais il oublie de rajouter la responsabilité des dirigeants africains collectivement et individuellement dans la non-transparence, les contrevérités des urnes et les multiples erreurs stratégiques et d’arbitrages qui font que le Franc CFA a surtout servi, – parfois par la force et le chantage -, à acheter « français » quand les produits et les services français étaient compétitifs. Avec l’arrivée des pays émergents notamment la Chine, cette équation ne marche plus.

L’Afrique de la zone franc ne peut être obligée d’acheter « français » parce que la France détient la moitié de ses richesses qu’elle peut « ré-affecter » quasiment comme bon lui semble et ne se gêne pas pour faire acheter « français » même quand le prix ne sont pas compétitifs. Obliger les dirigeants africains à entrer en partenariat avec des entreprises françaises et faire garantir l’Etat africain de la zone franc en cas de mauvaise gestion sont des pratiques qui ne sont pas éthiques et certainement de moins en moins pérennes face à la compétition des pays émergents.

La proposition du Président Déby n’a que peu de chances d’aboutir si celui-ci n’est pas mandaté par ses pairs dont certains sont systématiquement alignés, quand ils ne sont pas en mission commandée et télécommandée par la France. Du coup, si :

  • la France doit volontairement accepter de sortir de la zone franc, il faudrait que les dirigeants africains francophones acceptent eux-aussi de respecter l’autodétermination de leur peuple quant au respect des Constitutions, au choix des dirigeants en ne bloquant pas le fonctionnement normal de démocratie représentative y compris pour la Diaspora ;
  • la France refuse volontairement d’accepter de sortir de la zone franc, il faudra bien trouver une solution alternative en créant un espace monétaire et à terme une monnaie commune sans la France.

Il faut donc deux décisions courageuses à prendre : celle de la France, et celle des chefs d’Etat africains, membres de la zone franc. Mais il faut aussi que le peuple français, le contribuable sache ce que fait son gouvernement en son nom avec le FCFA. La discrimination financière lors des transferts d’argent de la Diaspora de la zone euro vers la zone Franc CFA doit s’arrêter car elle est illégale. Les transferts dans une même zone Euro sont gratuits, sauf pour la zone FCFA. Est-ce du racisme monétaire ?

La vérité est que la plupart des dirigeants africains qui acceptent l’intolérable ne sont pas l’émanation du choix effectif de leurs concitoyens. L’ex-ministre du Togo Kako Nubukpo ne voit pas comment l’émergence économique des pays africains de la zone franc peut advenir avec le FCFA.  Il a régulièrement expliqué les « deux poids, deux mesures » du dispositif de gestion monétaire dans la zone franc, l’inefficacité de la politique monétaire notamment dans l’UEMOA et bien sûr la servitude volontaire des banquiers centraux en charge de la zone franc en Afrique bien avant de devenir ministre 18.

Aussi, si ces chefs d’Etat ne veulent pas que ce qui est arrivé à l’ex-ministre togolais Kako Nubukpo 19 lequel n’a pas été reconduit à son poste de ministre pour avoir critiqué ouvertement le Franc CFA et les institutions qui le gèrent comme la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), alors le Président Déby a besoin du soutien de ses pairs, d’annoncer aussi qu’il quittera le pouvoir conformément à la Constitution tchadienne sur la base de la vérité des urnes et qu’enfin il serait prêt à débloquer un budget pour soutenir la mise en place de la monnaie commune. Cet ensemble de points sont des gages de crédibilité qui n’ont pas besoin d’attendre que Paris engage le Dialogue pour se faire « hara-kiri ».

5. TCHAD : LIBÉRER 10 % DES RÉSERVES POUR GARANTIR LA MONNAIE COMMUNE AFRICAINE

Donc s’il n’y a pas de tabou, que le fonds de garantie de la future monnaie commune (et non pas monnaie unique) soit clairement analysé grâce à des experts africains et que les ressources financières soient mises à disposition immédiatement par les dirigeants africains volontaires. Il est suggéré un montant de 100 milliards de dollars des Etats-Unis dont 50 % libérés pour démarrer et servir de garantie.

Il suffit au Président du Tchad de donner l’exemple en prenant 10 % sur ses réserves internationales estimées par la Banque mondiale 2014 à 1076 millions de dollars pour que ce fonds de garantie soit mis en place très rapidement. Le Tchad peut aujourd’hui mettre immédiatement à disposition 107,6 millions de $EU pour démarrer (voir Tableau plus bas).

Les autres pays qui traineront du pied le rembourseront au cours des adhésions qui sont lentes en Afrique, compte tenu de nombreux adeptes de la bureaucratie institutionnalisée de certains dirigeants francophones alignés sur Paris. C’est aussi pour cela qu’il faut parler de signes monétaires ou une monnaie de singe pour le FCFA actuel et ne pas parler de monnaie unique car de nombreux dirigeants hypocrites ne veulent pas le changement. En réalité, le statu quo arrange bien certains au point que de nombreuses voix s’élèvent pour rappeler que si François Hollande annonce que la Françafrique est terminée, personne ne croit que la rupture entre l’Afrique et la France va être consommée 20, ni que l’Afrique-France pourrait connaître un nouveau développement où la France perdrait son droit de « véto » systématique au plan monétaire tout au moins au sein de la Zone franc 21.

Donc, en finir avec le Franc CFA de la France suppose que l’on travaille uniquement avec ceux qui le veulent et qui peuvent aussi accepter de payer pour garantir la monnaie commune.

Afrocentricity Think Tank a pu identifier les pays francophones et les pays intéressés par un nouveau système de soutien à la création d’une monnaie commune de la communauté africaine (non limité aux francophones). Ces pays devront libérer immédiatement 5 % ou 10 % de leurs réserves internationales s’ils veulent être crédibles et sérieusement engagés dans la création de la monnaie commune en créant un Fonds monétaire de cette communauté africaine.

Il s’agit d’une phase transitoire en attendant que la mise en route effective du Fonds monétaire africain puisse voir le jour avec un capital crédible d’au moins 100 million de $ EU puisque pour le moment, presque aucun pays africain intéressé ne veut vraiment contribuer sérieusement à ce FMA alors que le siège a déjà été fixé à Yaoundé. Décidemment, les décideurs africains aiment mettre la charrue avant les bœufs ! Surtout qu’ils étaient quasiment tous restés très silencieux lorsque feu Mouammar Kadhafi, ex-dirigeant numéro 1 de Libye, proposait de financer en grande partie le Fonds monétaire africain 22. Alors la question est de savoir si les dirigeants africains mesurent le niveau des erreurs stratégiques commises par le passé en s’opposant au financement par la Banque centrale de Libye du Fonds monétaire africain ?

6. VERS UN FONDS MONETAIRE DE LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE AFRICAINE (FMCEA) POUR GARANTIR LA CREATION D’UNE MONNAIE COMMUNE

Pour faire oublier définitivement que le Franc CFA ne signifie pas le Franc des comptoirs français d’Afrique, puis le Franc des colonies françaises d’Afrique, puis subtilement devenu le Franc des communautés françaises d’Afrique, avant de subir un lifting marketing pour devenir le Franc de la communauté financière d’Afrique, il faut que les principaux pays qui peuvent faire la différence et donc demander ensemble et à l’unanimité que la France quitte la zone franc, transfèrent 10 % de leurs réserves internationales immédiatement sur le compte d’un Fonds Monétaire de la Communauté Economique Africaine (FMCEA), une structure à créer. Le tableau ci-joint permet d’avoir une idée des contributions nécessaires pour constituer la garantie de la monnaie de la future communauté économique africaine sans la France.

Il faut bien se rendre compte que les budgets à prendre sur les réserves internationales des Etats sont disponibles. Il est proposé de prendre 5 % des réserves des pays qui disposent de moins de 1 milliard de $ EU en 2014 et 10 % pour ceux qui disposent de réserves internationales supérieures à 1 milliard de $ EU. Bien sûr, il s’agit là d’une simplication car une pondération devra être faite sur les 10 dernières années ou sur les années de croissance de ces pays et aussi négocier le pourcentage que les Etats sont prêts à consentir pour leur souveraineté monétaire et économique et aussi la solidarité des uns et des autres, sans que cela ne se transforme en une forme de « contrôle » sur les pays les moins influents économiquement. A partir du tableau ci-joint, il est possible de se faire une idée des énormes possibilités des dirigeants africains qui ont pour corollaire l’énorme hypocrisie et manque de volonté qui les caractérisent collectivement pour avancer vers une monnaie commune.

La solution choisie est la mise en place d’un fonds monétaire de la communauté économique africaine (FMCEA) pour garantir la création d’une monnaie commune qui pourrait chronologiquement :

  • rassembler tous les pays de la zone franc en Afrique sans la France, sur la base d’un départ volontaire de la France, ce en référence à la dette coloniale, l’exploitation esclavagiste et de la postcolonie dans les pays francophones ; cette évolution sera à l’honneur de la France et réconciliera la France et son histoire avec les Africains ;
  • ouvrir la participation à la monnaie commune et donc aussi le FMCEA à d’autres pays africains qui doivent satisfaire deux conditions : une volonté affichée d’adhérer à une monnaie commune sans la France et une volonté affichée de s’affranchir monétairement de la France.

Pour ceux qui croient naïvement que ce dispositif est « contre » la France, il suffit de leur demander si les pays africains qui en feraient la demande pourraient être membre de l’Eurogroup ? Si la réponse est non, que fait la France dans les affaires monétaires africaines 55 ans après les indépendances juridiques ?

7. POPULISME DES DIRIGEANTS AFRICAINS : DEMOCRATIE REPRESENTATIVE OU DEMAGOGIE CLIENTELISTE ?

Face à la réalité et la volonté de certains chefs d’Etat de faire oublier leur refus de respecter leur Constitution, les droits humains et la démocratie, ou encore de faire oublier leur volonté de se maintenir au pouvoir, sur la base de la contre-vérité des urnes ou l’achat des consciences, le problème est de mettre fin à l’hypocrisie collective des dirigeants africains. De ce fait, les annonces de ces mêmes dirigeants africains pour mettre fin au Franc CFA relèvent trop souvent encore du populisme.

En effet, il s’agit d’offrir un type de discours qui plait aux populations africaines aigries et frustrées, et baignant dans un fatalisme entretenu et auto-entretenu, considérant que le manque de transparence, de démocratie et de représentativité effective est un mal nécessaire pour « se développer ». La Chine est souvent donnée en exemple, bien après la Corée du Sud ou la Thaïlande, cette dernière étant de nouveau sous le joug des militaires.

Alors certains dirigeants africains tendent à chercher à concentrer les frustrations, les haines uniquement sur le FCFA et indirectement sur la France. Certains dirigeants africains espèrent ainsi se muer en une « figure charismatique » en faisant oublier leur passé et les atrocités commises, les morts, blessés et handicapés ayant subi les foudres du système autocratique du dirigeant africain, et le manque de justice et vérité. Alors, est-ce que les appels ici et là des dirigeants francophones africains ne sont que de la pure « démagogie » ? Auraient-ils confondu la démocratie représentative avec la démagogie clientéliste ?

La définition du populisme a largement varié au cours des époques et est très mal maîtrisée en Afrique en général, en Afrique francophone en particulier. Il s’agit d’un fourre-tout politique censé répondre, de manière souvent conjoncturelle, à un appel non spontané pour défendre les intérêts d’un « peuple » qui est partagé entre justement renvoyer dos-à-dos les dirigeants africains eux-mêmes et la France ou l’ex-colonisateur. Le populisme des chefs d’Etat africains consiste souvent à opposer l’ex-colonisateur, l’ex-exploiteur des ressources africaines, l’ex-néocolonialiste à une population qui a une très grande soif de retrouver une justice, de l’éthique, le respect des droits humains, la fin de la corruption et l’avènement d’une vérité des urnes, bref une démocratie dite « intégrale » quelle que soit la signification que les Africains donnent au mot « intégral ».

De fait, certains dirigeants africains s’autoproclament chef de file de ce peuple africain qui pourrait le balayer en cherchant à retrouver son autodétermination, sa liberté, sa liberté d’expression, sa souveraineté sur l’ensemble de ses droits, sur sa terre et ses biens usurpés, voire même sur son identité. De peur d’être balayés par ce mouvement, certains dirigeants africains ne respectant pas leur propre Constitution ou la détournant, non sans soutien de certains dirigeants occidentaux, adeptes de la postcolonie, tentent de concentrer le tir sur la France.

Aussi, il est suggéré à la France de les prendre au mot et d’annoncer unilatéralement son retrait du conseil d’administration de la zone franc. Ces mêmes chefs d’Etat qui, dans le cadre du « système de la zone franc fondant la garantie du Franc CFA », ne souhaitent plus que 50 % de leur richesse soit déposée sur le compte d’opération du Trésor français avant d’atterrir à la Banque de France pour une utilisation unilatérale et exclusive de la France, se gardent bien de dire :

  • s’ils vont s’attribuer (ou à leurs affidés) cette nouvelle manne ; ou
  • s’ils vont la restituer au peuple africain sur une base de transparence des comptes publics.

Autrement dit, il est question de ne pas accorder une confiance aveugle aux chefs d’Etat africains. Si ces chefs d’Etat sont prêts à offrir un peu de transparence sur les biens usurpés aux peuples africains, alors l’avenir de la monnaie commune s’annonce sous de meilleurs hospices. Aussi, la responsabilité des maux des citoyens africains utilisant le signe monétaire FCFA ne peut se limiter à la responsabilité de la France, puisqu’une grande partie de la situation actuelle relève de la responsabilité des chefs d’Etat africains, au pouvoir pour certains depuis plusieurs décennies.

Alors, se mettre soudainement au service du peuple en voulant que la France sorte volontairement du conseil d’administration de la Zone Franc, peut se révéler n’être qu’un marketing de l’arnaque médiatique du peuple africain. Il faut donc nécessairement confier une étude approfondie à des experts indépendants africains et rendre public ces rapports sans « toilettage pour ne pas dire nettoyage » ni de la France, ni des chefs d’Etats africains. Les points suivants (liste non exhaustive) doivent faire faire l’objet d’une attention particulière pour savoir si le FCFA a contribué à améliorer ou pas 1. le solde budgétaire, 2. le solde extérieur courant ; 3. le solde de la balance commerciale des biens échangés ; 4. l’endettement des Gouvernements de la zone franc ; 5. la dette intérieure ; 6. les investissements étrangers directs, 7. L’amélioration des échanges entre la France et les pays de la zone Franc, 8. Le niveau d’entreprises crées et contrôlées par des Africains, le niveau de corruption et le blocage de l’accès continue à l’électricité, à l’internet, à la téléphone, etc. etc.

Bien sûr demander à la France et/ou aux chefs d’Etat africains de financer une étude dont les conclusions et recommandations risquent de les mettre en cause et de les sortir du jeu du Franc CFA est une mission impossible pour ceux qui n’ont pas de volonté de sortir du Franc CFA. Il ne faut pas être dupe non plus du fonds de commerce que constitue le reprofilage d’image au sens marketing du terme de certains dirigeants africains. Si les citoyens africains se font prendre à ce jeu, tant pis pour eux.

8. ALORS, ON FAIT « COMMENT » ?

Alors, Zorro africain est arrivé… Non, il n’y a pas de Zorro africain… Il y a par contre des réserves internationales dans lesquelles chaque chef d’Etat peut puiser pour créer un fonds monétaire de la communauté économique africaine (FMCEA) afin de garantir la création d’une monnaie commune qui remplacerait le Franc CFA. Aussi, les premiers concernés sont les pays utilisateurs de cette monnaie. Il est proposé de prendre connaissance du niveau des réserves internationales de ces pays en 2014 et les amener à annoncer publiquement qu’ils sont prêts à consentir 5 % pour les pays les moins bien lotis et 10 % ou plus pour les mieux lotis économiquement pour soutenir la création d’une monnaie commune sans la France au Conseil d’administration.

Si la volonté affichée de l’Etat africain d’adhérer à une monnaie commune sans la France coïncide avec la volonté affichée de s’affranchir monétairement des pays occidentaux, – à commencer pour les pays membres de la Zone franc, de la France -, alors peut-être qu’au cours de la transition qui mènera à la création d’une monnaie commune adossée à un panier d’au moins trois monnaies comme le Yuan, l’Euro et le Dollar, les pays africains courageux et volontaires auront choisi d’instaurer un monnaie commune, fluctuant en fonction de leur pouvoir économique « réel » et non celui de l’Euro pour le Franc CFA.

Il est possible à partir des chiffres de 2014 de constater qu’avec la part de réserves transférées vers un fonds monétaire de la communauté économique africaine et servant de garantie pour la monnaie commune africaine, l’UEMOA peut offrir 913,4 millions de $EU, la CEMAC 1 468,5 millions de $EU et l’Union des Comores,  8,5 millions de $EU. Au total, c’est un montant estimé de 1 477 millions de $EU que la zone franc peut mettre à disposition pour garantir sa nouvelle monnaie commune.

Avec seulement la moitié, non seulement la monnaie commune sera créée et garantie, mais des effets de levier seront possibles avec les pays émergents. Si la décision est prise d’accepter la France comme contributeur, cet apport non sollicité ne pourra intervenir que s’il s’agit d’une contribution volontaire sans droit de vote dans le FMCEA. Autrement dit, il faut même ne pas le souhaiter pour un démarrage sans risque. Par contre, si d’autres pays africains hors de la zone franc le souhaitent, près de 25 183,4 millions de $EU sont potentiellement mobilisables et les pays émergents ne sont pas encore sollicités. Alors que personne ne dise que la création d’une monnaie commune n’est pas possible à partir des ressources des Africains pour les Africains. Mais il y a des Africains qui sont plus « blancs » que « blancs  ».

 

UN FONDS MONETAIRE DE LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE AFRICAINE (FMCEA) POUR CREER UNE MONNAIE COMMUNE AFRICAINE

 

Un pourcentage des réserves internationales des Etats africains

Pour garantir une nouvelle monnaie commune africaine sans la France

En millions de dollars des Etats-Unis ($US)

Pays de la Zone FrancRéserves internationales des pays en 2014Contributions au FMCEA (entre 5 % et 10 % des réserves)Volonté affichée d’adhérer à une monnaie commune sans la France (oui ou non)Volonté affichée de s’affranchir monétairement de la France (oui ou non)
Zone A : AFRIQUE DE L’OUEST (UEMOA) : il s’agit de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont la Banque centrale qui fait office d’institut d’émission est la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ; le Franc CFA est officiellement désigné comme le Franc de la coopération financière d’Afrique de l’Ouest avec l’appellation internationale de XOF.
  1. Bénin

726

36,3

Oui

Non

  1. Burkina Faso

297

14,8

Oui

Non

  1. Côte d’Ivoire

4 478

447,8

Oui

  Non2

  1. Guinée-Bissau

287

14,3

Oui

Non

  1. Mali

861

43,0

Oui

Non

  1. Niger

1 281

128,1

Oui

Non

  1. Sénégal

2 038

203,8

Oui

Non

  1. Togo

507

25,3

Oui

Non

TOTAL UEMOA

10 475

913,4

Non

Non

Zone B : AFRIQUE CENTRALE (CEMAC) : il s’agit de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) dont la Banque centrale qui fait office d’institut d’émission est la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) ; le Franc CFA est officiellement désigné comme le Franc de la coopération financière d’Afrique centrale avec l’appellation internationale de XAF.
  1. Cameroun

3 168

316,8

Oui

Non

  1. Centrafrique

260

13

Oui

Non

  1. Congo (Brazzaville)

4 926

492,6

Oui

Non

  1. Gabon

2 478

247,8

Oui

Non

  1. Guinée équatoriale

2 907

290,7

Oui

Oui

  1. Tchad

1 076

107,6

Oui

Oui

TOTAL CEMAC

14 815

1 468,5

Non

Non

Zone C : L’UNION DES COMORES qui par le biais de la Banque centrale des Comores, en même temps institut monétaire, met en œuvre le Franc comorien dont l’appellation internationale est KMF.
  1. Comores

171

8,5

Oui

Oui

 

 

 

TOTAL ZONE FRANC 

14 986

1477

Non

Non

POUR MEMOIRE : Pays africain susceptible de soutenir le Fonds de la communauté économique africaine et faciliter l’évolution vers un Fonds monétaire africain garantissant une monnaie commune
Afrique du sud

49 122

491,2

Oui

Oui

Algérie

186 351

18 635,1

Oui

Oui

Angola

27 092

2709,2

Oui

Oui

Congo Démocratique (Kinshasa)

1 557

155,7

Oui

Oui

Egypte

14 927

1 492,7

Oui

Oui

Ghana

5 588

558,8

Oui

Oui

Nigeria

37 497

374,9

Oui

Oui

Ouganda

3 316

331,6

Oui

Oui

Rwanda

1 070

107,0

Oui

Oui

Soudan

181

9,0

Oui

Oui

Zimbabwe

365

18,2

Oui

Oui

TOTAL PAYS VOLONTAIRES

327 066

25 183,4

Oui

Oui

POUR INFORMATION 
France

143 977

14 397,73

Non

Non

1  Contribution proposée : 5 % pour les pays africains en dessous de 1 milliard de réserves et 10 % pour ceux qui sont au-dessus.Cette position était « oui » sous l’ex-président Laurent Gbagbo, ce qui n’est pas sans importance dans son éviction du pouvoir.3 Contribution non sollicitée, mais si elle devait intervenir, il s’agira d’une contribution volontaire sans droit de vote dans le FMCEA.Source : World Bank (2015). World Develpment Indicators 2015. World Bank : Washington D. C.

 

9. OPTER POUR UNE SOLUTION DE TRANSITION POUR SORTIR DU FRANC CFA

Précisons que l’ensemble des Francs CFA d’Afrique représentent moins de 2,5 % de la masse monétaire de la zone Euro. Donc la sortie du Franc CFA de la zone Euro, alors que la France a toujours refusé que les autres pays de l’Union européenne participent au conseil d’administration de la zone franc, ne peut qu’être soutenue par plusieurs pays européens dont vraisemblablement les plus grands soutiens de la Banque centrale européenne dont l’Allemagne et l’Autriche.

Car il faut le rappeler : le FCFA n’est pas une monnaie mais un signe monétaire de la monnaie Euro (et auparavant du Franc français), une émanation d’un découvert bancaire autorisé par le Trésor français et non la Banque de France. Si c’était la Banque de France, le conseil d’administration de la zone franc ne serait plus dirigé de facto par la France, depuis le passage du Franc français à l’Euro, mais par tous les membres de l’Union européenne. Alors on aurait parlé d’un Euro CFA.

Mais les pays de la zone franc ne sont plus à une incohérence près et acceptent donc, sous couvert d’une garantie de la France qui a vu sa banque centrale, la Banque de France être inféodée à la Banque centrale européenne, de continuer d’être eux-mêmes inféodés à la France. Ce qui explique le non collectif de l’UEMOA et de la CEMAC à l’adhésion à une monnaie commune sans la France et à un affranchissement monétaire de la France. Aussi, la France a utilisé tous les freins possibles pour éviter l’intrusion des pays européens dans la gestion du FCFA, ce qui d’ailleurs aurait conduit en fait à un alignement pur et simple sur l’Euro.

Quand le Président tchadien Idriss Déby annonce que « le FCFA est garanti par le trésor français. Mais cette monnaie-là, elle est africaine. C’est notre monnaie à nous », il y a une véritable incompréhension de la réalité et de la profondeur du problème. Le Franc CFA, répétons-le n’est pas une monnaie mais un signe monétaire émanant du géniteur de cette monnaie, la France. Alors du fait de l’utilisation de ce signe monétaire en Afrique par des Africains, affirmez comme le fait le Président Déby que ce signe monétaire est une propriété des Africains est une erreur de compréhension de la situation. Il n’y a pas de monnaie africaine qui s’appelle Franc CFA. Il y a un système monétaire d’usurpation hérité du nazisme et du Gouvernement de Vichy en France qui a permis de spolier la France elle-même et ses colonies pendant la seconde guerre mondiale. A la fin de la guerre (1945), la France victorieuse a mis fin à ce système inique pour elle-même mais a refusé de l’abolir pour ses colonies. Alors Monsieur le Président Idriss Deby, il ne faut plus jamais dire que le Franc CFA est une monnaie, encore moins une monnaie africaine. C’est un signe monétaire de la servitude, encore volontaire de trop nombreux chefs d’Etats africains.

En définitive, le problème du FCFA n’est pas un problème économique, mais un problème politique et de transparence des comptes publiques doublé d’un complexe culturel. Est-ce que les chefs d’Etat africains sont prêts à accepter d’ouvrir les comptes publics, surtout celui du pétrole ou des mines afin de faciliter les transferts vers les fonds qui pourront garantir de manière pérenne la monnaie commune africaine ? Car rien n’empêche d’organiser la centralisation des changes, ni la libre convertibilité, ni la fluctuation d’une parité fondée sur un panier de monnaies et bien sûr la libre transférabilité des capitaux avec la monnaie commune africaine. Et c’est à cette condition que l’Afrique francophone s’affranchira de son tuteur qui se fait grassement rémunéré sans nécessairement aider à une croissance économique partagée. C’est alors qu’une nouvelle coopération avec la France pourra s’amorcer sur la base d’un respect mutuel et non sur la base du couperet permettant à la France de décider si les fonctionnaires africains de la zone franc seront payés ou pas à partir du compte d’opérations du Trésor français où repose 50 % de l’argent des Africains, soit près de 14 200 milliards de FCFA (environ 21,6 milliards d’Euros) des avoirs extérieurs nets en 2013 dont 8 700 milliards pour la CEMAC et 5 400 milliards de FCFA pour l’UEMOA et 56 milliards de FCFA pour l’Union des Comores.

Afrocentricity Think Tank apprécierait que le Président Tchadien annonce dans les semaines qui suivent que l’ensemble de ses pairs, Présidents de la zone franc, s’engage à  contribuer à financer le fonds monétaire de la communauté économique africaine (FMCEA) pour garantir la création d’une monnaie commune qui succèdera au Franc CFA. C’est en réalité tout le défi de la modernisation des sociétés africaines, celles d’Afrique centrale et occidentale et des Comores face aux « enjeux mondiaux de puissance 23 »  qu’il va falloir relever sous la forme de la prise de conscience et de la nécessité d’une culture de combat pour défendre sa liberté et son droit à l’autodétermination.

La monnaie, l’équivalent général, ne peut échapper à cette modernisation, surtout s’il s’agit de l’image de l’Euro, via le défunt Franc français, qui hante les Africains en Afrique et dans la Diaspora. Le développement, la création de richesses et d’emplois n’ont que peu de chances d’émerger sous les auspices d’un Franc CFA hérité du nazisme allemand et du régime pétainiste français.

Que les élites dirigeantes africaines continuent d’y croire ne relèvent plus de l’erreur stratégique, mais de la bêtise.

Il n’est pas sûr non plus que face aux forces réactionnaires en France et en Afrique, le débat puisse se dérouler sur une base du volontariat, ou de l’auto-saisine pour se faire hara-kiri. L’angélisme de certains dirigeants africains semble être remplacé par le populisme. Pourtant le niveau de pauvreté, de chômage, de manque d’opportunités pour les jeunes, d’injustice envers les femmes et de mal-développement atteint dans les pays de la zone franc aurait dû stopper cet angélisme et populisme tendant à se muer en fatalisme.

De ce fait le signe monétaire de la France dit Franc FCFA n’est pas une monnaie commune africaine. Continuer de l’utiliser en croyant le transformer en une monnaie africaine relève peut-être moins de l’économie, et plus de la santé mentale et culturelle de ceux qui refusent de consacrer 5 à 10 % de leurs réserves internationales pour garantir la création d’une monnaie commune de la communauté économique africaine, elle-même en émergence. YEA.

18 août 2015.

© Afrocentricity.info

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  2 commentaires à “ON FAIT COMMENT POUR SORTIR DU FRANC CFA ? UNE SOLUTION DE TRANSITION EN AFFECTANT UNE PARTIE DES RÉSERVES AFRICAINES”

  1. […] Rappelons que les réserves de tous les Etats membres de la zone franc étaient de 4,4 mois d’importation de biens et services en 2014 et qu’une ponction de 5 ou 10 % sur ces réserves pour garantir une monnaie ne devrait en rien augmenter le risque-pays, au contraire. Par ailleurs, le solde budgétaire de la zone franc avec l’apport des dons est aussi structurellement déficitaire. Il est passé de +4,9 % entre 2004-2008 à -3,1 % du PIB en 2014, avec des prévisions à -5,1 % du PIB pour 2015. En comparaison, le solde budgétaire de tous les pays de l’Afrique subsaharienne est meilleur, passant de 1,7 % du PIB entre 2004-08 à -3,3 % du PIB en 2014, avec des prévisions à -3,7 % en 2015 2. […]

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