May 192017
 

Razzias Négrières TransatlantiquesPar BWEMBA – BONG

Membre du Cercle SAMORY (CESAM)

Groupe de Réflexion sur la Culture Africaine pour la Renaissance du Peuple Noir

« Dans une démonstration on doit distinguer la solidité des arguments fournis du ton de l’expression. Aucune indulgence n’est permise en ce qui concerne le premier point qui, seul, relève essentiellement de la science. L’attitude à prendre dans le second cas dépend des circonstances » 1.

« Lorsqu’on dispose d’arguments solides, et dans ce cas seulement, on a la faculté d’adopter un ton approprié pour discréditer la pseudo-science, qui n’ayant rien à apporter, se réfugie derrière des convenances et croit pouvoir ainsi assurer son salut.

Il faut, au nom de la vraie science, lui tenir, sans répit, la « dragée haute », procéder à la destruction irréversible de ses châteaux de cartes » 2, écrit fort pertinemment Cheikh Anta Diop.

Dans le cas de l’écriture de l’Histoire des Razzias Négrières Transatlantiques, toutes sortes de néo-hégeliens, les Africanistes Blancs, se présentant soit sous les oripeaux d’historiens, soit sous ceux de journalistes d’une Afrique anhistorique, d’une part, et des « militants progressistes » néostaliniens proclamateurs sentencieux d’une Afrique précoloniale vermoulue par la « lutte des classes » d’autre part, ont sans aucun doute compté sur le terrorisme militaire de l’Occident pour les premiers, et le terrorisme idéologique pour les seconds, pour imposer l’amnésie historique au Peuple Noir… Peine perdue.

Depuis l’adoption par l’Assemblée Nationale française le 21 mai 2001 de la loi n° 2001-434 dite loi TAUBIRA – DELANNON, qualifiant les Razzias Négrières Transatlantiques de Crime Contre l’Humanité, une nébuleuse autoproclamée spécialiste métastasée en groupuscules falsificateurs de l’histoire des Razzias Négrières Transatlantiques, «des traites négrières », s’est mise en branle, pour retoucher tour à tour avec arrogance, tant la période du déclenchement de ce génocide que ses auteurs, leur appliquant non plus la rigueur de la Vérité historique, mais la loi cavernicole de  l’épreuve de force, aux fins d’un négationnisme évident. Pis, les autorités françaises si promptes à traîner devant les tribunaux quiconque est soupçonné de nier tel ou tel autre génocide, surtout le génocide juif, ou, à la rigueur, le génocide arménien, traitent par-dessus la jambe le génocide du Peuple Africain par les Razzias Négrières Transatlantiques qui durèrent pendant des siècles, dont la simple évocation est manifestée par l’Occident qui s’est autoproclamé unique espèce humaine propriétaire et maître du monde et de l’univers par de violents agacements présentés comme des concours mémoriels. Aussi, ne veut-il pas sanctionner ce délire révisionniste qu’approuve le Sénat français qui a décerné le 11 juin 2006 le prix du Livre d’histoire à Olivier Pétré-Grenouilleau, sans aucun doute, pour signifier ouvertement son mépris pour le Peuple Noir, en sanctifiant un ouvrage qui est plus un ramassis d’affirmations délirantes qu’une œuvre scientifique.

Affirmations d’autant spécieuses que, contrairement aux déclamations de ces « professeurs » européens, titulaires de chaires d’histoire, les Razzias Négrières Transatlantiques, n’ont pas débuté au XVIIème siècle, mais bel et bien au XVème siècle, en 1441.

En effet, les premiers esclaves africains échangés entre les Maures et le Portugal, pour le compte de l’Infant Dom Henrique, furent débarqués à Lisbonne en 1441. En plus de ces Africains des deux sexes, la cargaison était composée d’or et de diverses autres marchandises.

A l’évidence, comme Gomes Eanes de Zurara, bibliothécaire de l’Infant Dom Henrique, dit Henri le Navigateur l’écrit dans Chroniques de Guinée : « Et il semble bien que ces jeunes gens occupaient un haut rang parmi eux, car plus de cent Maures et Mauresques se rassemblèrent pour traiter de leur rançon et, pour ces deux captifs (Arabes), Antao Gonçalvez reçut dix Maures et Mauresques noirs provenant de diverses contrées » 3.

Qu’en est-il donc réellement de la Tragédie des Razzias Négrières Transatlantiques ? Poser la question revient à s’interroger sur ses divers aspects :

  • Pourquoi a-t-elle eu lieu ?
  • Comment ?
  • Quelles en ont été les conséquences ?

Pourquoi les Razzias Négrières Transatlantiques

D’après Gomes Eanes de Zurara, Dom Henrique déclencha les Razzias Négrières Transatlantiques, pour cinq raisons principales :

1°)- pour des raisons économiques et religieuses, mais également pour le « désir de savoir quelle terre s’étendait au-delà des Iles Canaries et d’un Cap appelé du Bojador » ;

II°)- il était à la recherche de « quelques lieux habités des chrétiens ou quelques ports où l’on pût aborder sans danger… ;

III°)- parce que « l’on disait que la puissance des Maures de ce pays d’Afrique était beaucoup plus grande que l’on ne pensait communément et qu’il n’y avait parmi eux ni chrétiens ni gens d’autres races. Et parce que tout homme sage est, par naturelle prudence, obligé de chercher à connaître la puissance de son ennemi « ;

IV°)- « Pendant trente et un ans qu’il guerroya contre les Maures, il ne trouva jamais un roi chrétien, ni seigneur étranger à notre royaume qui, pour l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, voulût l’aider dans ladite guerre » ;

V°)- « Le grand désir qu’il avait d’étendre la sainte foi de Notre-Seigneur Jésus-Christ et d’amener à elle toutes les âmes qui se vaudraient sauver, car il n’ignorait pas que tout le mystère de l’Incarnation, de la Mort et de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ n’eut pas d’autre fin que le salut des âmes perdues… »

Comment furent menées les Razzias Négrières Transatlantiques ? : PAR LA VIOLENCE

Par le rapt, ou la technique du filhamento

« La capture de ces derniers (les Noirs) était de toute façon considérée comme une action d’éclat méritant l’indulgence de l’Eglise. Ainsi, les premiers Noirs capturés le furent par des hommes convaincus qu’il s’agissait d’un haut fait et d’une bonne action puisqu’ils gagnaient des âmes à Dieu, en baptisant ces malheureux. La technique utilisée au début pour acquérir les premiers esclaves était également héritée du Moyen-Age : le rapt ou filhamento. On attaquait par surprise des campements de nomades isolés, qu’on ramenait au Portugal, avec la « sainte intention du salut des âmes perdues », écrit Françoise Da Veiga Pinto 4.

Par la fourberie grâce au dressage de Noirs christianisés

« Les Noirs qui s’avéraient plus dociles que les Guanches, furent rapidement réexportés au Portugal vers les Iles. La demande s’accrut donc rapidement, ce qui obligea les marchands à mettre au point une technique d’acquisition moins « sauvage » que le rapt. Ils avaient vite compris que le système du filhamento était extrêmement préjudiciable au commerce, car les populations côtières avaient appris à se méfier des navires et évitaient de se rendre sur les plages de peur d’être capturés. Ils cherchèrent donc à établir des relations commerciales normales, sur la base d’un échange de marchandises. Pour cela, ils utilisèrent très tôt les premiers captifs comme interprètes. Ceux-ci jouèrent un rôle important dans l’évolution du système de la traite. Le Vénitien Ca da Mosto, au service de la couronne portugaise, rapporte que certains esclaves, une fois qu’on les avait baptisés et qu’ils parlaient la langue de leur maître, étaient embarqués à bord des caravelles et envoyés auprès de leurs congénères. Ils devenaient des hommes libres après qu’ils avaient ramené quatre esclaves » écrit Françoise Da Veiga Pinto 5.

Par l’implantation sur le sol africain : les métis de l’Ile Sao Tomé, et les lançados en Angola

« Lorsqu’il fut question de peupler des îles, les gens se répandaient en de si grands murmures qu’il semblait qu’on dépensât quelque part de leurs propres biens ; et, fondant sur cela leurs doutes, ils allaient, dans leurs conversations, jusqu’à déclarer l’affaire tellement impossible qu’ils estimaient qu’elle ne parviendrait jamais à sa fin… » note Gomes Eanes de Zurara 6.

Les métis de l’Ile de Sao Tomé

« A partir de 1483, les voyages de Diego Cao ouvrirent aux Portugais les portes de l’Afrique Centrale, par l’intermédiaire du royaume du Kongo. Ainsi naquit un autre foyer de traite, parallèlement à la colonisation de Sao Tomé où, très vite, se développa la culture de la canne à sucre. Les premiers colons de l’Ile furent des déportés et des enfants juifs convertis, des « nouveaux chrétiens », que l’on maria à des esclaves importés de la côte de Guinée d’abord, puis du Kongo. Cette société de métis allait se convertir rapidement en trafiquants d’esclaves, lorsque les habitants de Sao Tomé eurent obtenu du roi le privilège du « rachat », resgate, sur les côtes africaines en face de l’archipel » 7 écrit Françoise Latour De Veiga Pinto.

Les princes marchands portugais ou la terreur des lançados sur l’Angola

La seconde articulation de la politique négrière portugaise à l’intérieur de l’Afrique Noire, se mit en place en 1571, avec la concession à Dias de Novais par le roi du Portugal de la région angolaise qui s’étend du Dande au Cuanza. Le roi du Portugal qui, en se réservant le monopole du commerce des esclaves déporta en Angola, les lançados : sinistres individus surnommés la « semence de l’enfer » par les Portugais eux-mêmes : « Tout ce qu’il y a de mal, assassins, débauchés, voleurs. Avec le temps, ce groupe d’intermédiaires va s’étoffer au point de constituer en plusieurs points de la côte, cette classe de « princes marchands » sur laquelle va reposer la traite » 8, écrit Elikia M’Bokolo.

L’EMERGENCE DES ROYAUMES NEGRIERS VECTEUR DE L’INSECURITE EN AFRIQUE NOIRE

La stratégie européenne d’amplification du système négrier transatlantique, consista principalement en la prise du pouvoir, soit par les Européens eux-mêmes, d’une part, après destitution par assassinat ou par déportation des vrais souverains africains, soit par la mise en tutelle de ceux-ci, avec menace permanente de mise à mort en cas de conspiration ou de refus de se soumettre.

Le roi du Kongo, Nzinga Mbemba, alias Affonso 1er, fut le témoin malgré lui, et la victime de cette tragédie : « La haine vouée par Affonso 1er à la traite des esclaves outre-mer et la vigilance qu’il maintenait pour ne pas voir son autorité s’éroder lui valurent l’animosité de certains des marchands portugais vivant dans la capitale. Le dimanche de Pâques 1540, huit d’entre eux essayèrent d’attenter à sa vie pendant qu’il assistait à la messe. Il en réchappa, une balle ayant simplement traversé la frange de sa tunique royale, mais un des nobles de sa cour fut tué et deux autres blessés » 9.

La fraude électorale

D’autre part, face vraisemblablement à l’agitation endémique des Africains s’opposant à la prise de pouvoir par des Européens, ceux-ci élaborèrent un système de fraude électorale dont l’historienne allemande Béatrix Heintze décrit les mécanismes : « Alors que nous ne savons rien sur l’organisation de l’esclavage à l’époque où le Ndongo était encore puissant et s’étendait quasiment jusqu’à la côte Atlantique, nous voyons apparaître dans le bout d’Etat considérablement réduit qu’était le Ndongo au début du XVIIème siècle, une nette centralisation de l’esclavage. Cette centralisation du pouvoir de disposer d’autrui, ainsi que la part (devenue entretemps ?) importante des esclaves dans la population du Ndongo furent déterminantes pour les Portugais des années vingt, qui n’anéantirent pas complétement cet Etat, mais y établirent un roitelet entièrement à leur solde » 10.

« Au plus tard au début du 17ème siècle les esclaves étaient devenus une institution centrale du Ndongo et étaient un facteur de pouvoir de premier plan. L’importance qu’avaient les quizicos 11 le fait que leurs supérieurs, réunis avec les électeurs proprement dits et les chefs, nommèrent le nouveau roi du Ndongo en 1626. A la vérité, les résultats de ce vote, mis en scène par les Portugais, étaient déjà connus d’avance, mais comme on tenait à tout prix à respecter les règles du jeu – du moins en apparence – afin de légitimer le nouveau roi aux yeux des Mbundus, cette participation – sauf erreur du chroniqueur – ne fut certainement pas initiée par les Portugais » 12.

L’implantation d’une insécurité endémique par le système négrier

Comme assommoir afin de se ravitailler plus facilement en esclaves, les négriers européens, plongèrent l’Afrique Noire dans une insécurité dont le contraste avec le climat général ambiant dans l’Afrique précoloniale, est décrit notamment par le voyageur arabe Ibn Battuta qui, lors d’un périple au Soudan entre 1352 et 1353, note que : « Les actes d’injustice sont rares chez eux ; de tous les peuples, c’est celui qui est le moins porté à en commettre, et le Sultan (roi nègre), ne pardonne jamais à quiconque s’en rend coupable. De toute l’étendue du pays, il règne une sécurité parfaite ; on peut y demeurer et voyager sans craindre le vol ou la rapine. Ils ne confisquent pas les biens des hommes blancs qui meurent dans leur pays, quand même la valeur en serait immense, ils n’y touchent pas ; au contraire, ils préposent à l’héritage des curateurs choisis parmi les hommes blancs et il reste entre leurs mains jusqu’à ce que les ayants-droit viennent le réclamer » 13.

La restructuration de l’économie africaine pour les besoins du système négrier

Après avoir méthodiquement imposé la famine afin d’asphyxier le continent Noir pour la rentabilité maximum de la « traite », les négriers réorganisèrent toute l’économie africaine en faisant appel à la technique de leurs ancêtres de la Rome Antique, le Taux du Fenus Unciarum

Qui s’articulait comme suit :

  • Celui qui a une dette et qui ne peut se racheter devient esclave ;
  • Il peut cependant se racheter en vendant son fils au créancier ;
  • Le créancier peut vendre son débiteur au-delà du Tibre ;
  • Le créancier peut bénéficier du sectio ; c’est-à-dire, du partage du corps ou des biens de son débiteur.

C’est ainsi que les Africains qui s’endettaient pour survivre, sans aucune possibilité de pouvoir rembourser leur dette, tombaient sous le coup de la « loi » scélérate du taux du Fenus Unciarum, qui en faisait automatiquement des captifs aussitôt déportés.

Une autre tactique de la restructuration de l’économie de l’Afrique Noire, pour les besoins du système négrier, fut de faire de la femme, de l’homme et de l’enfant africain, la marchandise unique et l’unité de change exclusive ; tactique que les Européens appliqueront plus tard aux Indiens, ainsi que le rapporte l’historien Davilla Pavilla : « on a vu un jeune homme vendu pour un fromage, une fille pour une mesure de vin, et un cheval pour cent Indiens » 14.

Le triomphe du phénomène dynamique

Le phénomène dynamique, en tant que mouvement étalé dans le temps dont les origines se perdent dans la nuit de l’Histoire jusqu’à s’évanouir de la mémoire, érigea l’esclave en unité de change et les guerres endémiques et l’insécurité en quotidien du continent Noir. Cette nouvelle culture contraindra un pan important de la population à ne survivre que par l’économie de Traite dont la conséquence immédiate sera l’érection, à partir du XVIIIème siècle 15 notamment, d’une nouvelle société produisant et reproduisant des générations d’Africains nés dans l’économie de l’esclavage et ne vivant que par elle, donc ne connaissant aucun autre modèle de société que celle dans laquelle elles évoluent. C’est-à-dire, une société où continuera de triompher la loi des forbans : le brigandage, la dictature et l’iniquité dont les Africains vivent encore aujourd’hui la réalité à travers les dictatures imposées et protégées par l’Occident qui a ainsi substitué aux razzias d’hommes hier, le pillage aujourd’hui, tout aussi violent et sanguinaire, des matières premières agricoles, minières et énergétiques de l’Afrique Noire.

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