Oct 212014
 
Celeste Ugochukwu s’inquiète des discriminations nées dans le sillage d’Ebola. «Ce n’est pas parce que trois pays africains sont concernés qu’il faut soupçonner tous les Noirs d’avoir le virus!»

Celeste Ugochukwu s’inquiète des discriminations nées dans le sillage d’Ebola.
«Ce n’est pas parce que trois pays africains sont concernés qu’il faut soupçonner tous les Noirs d’avoir le virus!»

PRÉJUGÉS : Les Africains de Suisse craignent que la terrible épidémie ne les stigmatise dans l’opinion publique. Réactions.

«Je ne veux pas attraper Ebola!» Cette phrase, lancée début octobre à une personne noire qui montait dans un bus de la Société de navigation du lac de Lugano, a suscité la polémique au Tessin. La presse locale s’est fait l’écho d’un acte xénophobe inquiétant.

«Ces faits sont extrêmement graves», s’emporte Celeste Ugochukwu, président du Conseil de la diaspora africaine de Suisse. «Ce n’est pas parce que trois pays africains sont concernés (ndlr: Guinée, Liberia, Sierra Leone) qu’il faut soupçonner tous les Noirs d’avoir le virus!

C’est une pure expression du racisme et ce n’est pas tolérable.» Plus généralement, Celeste Ugochukwu craint que les discriminations

grandissent si «un ou deux Africains reviennent avec Ebola». «Si cela éclate ici, alors les gens ne s’assiéront même plus à côté d’un Noir.»

Vision condescendante

Certains observateurs, comme Gorgui Wade Ndoye, fondateur du site Continent Premier, considèrent qu’en réalité beaucoup profitent de la situation actuelle pour exprimer le racisme qu’ils ont toujours eu en eux. «La stigmatisation est réelle et a déjà commencé», analyse la géographe Sylvie Brunel, auteure de «L’Afrique est-elle bien partie?» Elle rappelle la psychose qui s’est développée récemment dans une école de Boulogne- Billancourt, près de Paris, où des parents ont refusé d’envoyer leurs enfants. En cause: un de leurs camarades qui rentrait de Guinée. Aux yeux de Sylvie Brunel, «nous ne sommes pas encore au stade où toute peau noire suscite l’inquiétude». Mais si plusieurs cas apparaissent en Europe, la géographe est elle aussi persuadée que l’on arrivera à une très grande méfiance et à un rejet important des Africains. «Dès qu’il se passe quelque chose dans un coin du continent, on généralise à l’ensemble de l’Afrique. Cela nous conforte dans notre vision condescendante selon laquelle on ne peut en attendre que des catastrophes », explique-t-elle.

Une communication pertinente

C’est pour éviter cette généralisation que l’OFSP (Office fédéral de la santé publique) a envoyé un courrier aux ressortissants des trois pays vivant en Suisse. La missive énumère notamment les précautions à prendre en cas de voyage dans ces régions et les conseils à suivre en cas de visite d’un proche en Suisse. A Berne, on affirme avoir reçu un «accueil largement positif auprès des personnes concernées». «Les organisations représentant les Africains en Suisse ont par ailleurs également salué cette initiative», précise sa porte-parole, Catherine Cossy. C’est notamment le cas deCelesteUgochukwu qui estime que l’éducation de la population est extrêmement importante. «Il faut aussi communiquer sur la manière dont le virus se propage et le fait que l’épidémie n’est pas réservée aux Africains, elle peut attaquer n’importe qui», préconise Celeste Ugochukwu. ● CLÉA FAVRE clea.favre@lematin.ch

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