Jun 152013
 

CVU-Togo-Diaspora-logo42.jpgCOMMUNIQUE DU 15 JUIN 2013

Face à la détermination du Gouvernement Togolais de ne mener aucun dialogue avant la date fixée au 21 juillet 2013 pour la tenue des élections législatives – les élections communales étant passées aux oubliettes -, une partie de la Diaspora togolaise, souhaitant que puisse s’exprimer la vérité des urnes et la pacification du pays dans une ère post-électorale apaisée, interpelle l’Union européenne et les Gouvernements amis et partenaires du Togo.

En effet, le CVU-TOGO-DIASPORA constate que le « Projet d’appui à la Société Civile et à la Réconciliation Nationale au Togo » (PASCRENA)  de l’Union Européenne pour le Togo (6 millions d’Euros) 1 ne consacre pas un sou pour intégrer et associer la Diaspora togolaise au processus de résolution de la crise socio-politique au Togo. Associer la Diaspora togolaise à ce processus aurait pour mérite d’offrir de vraies alternatives dans les choix des solutions à offrir aux populations togolaises.

1.    L’ILLEGALITE DE LA LEGALITE ELECTORALE AU TOGO

Le CVU-Togo-Diaspora est conscient du fait qu’il n’y a pas de consensus au sein des 27 pays de l’UE sur les solutions de sortie de crise au Togo. S’il est vrai que le budget de l’Union européenne réservé à la société civile a essentiellement servi à produire des rapports portant sur les modalités à mettre en œuvre pour offrir une « certaine » vérité, une « certaine » justice et une « certaine » réconciliation au Togo, il faut croire que la mise à l’écart délibérée de la Diaspora togolaise peut avoir contribué aux résultats peu probants obtenus par les stratégies européennes.

Outre le nombre important d’options prônant une forme altérée du statu quo, de nombreuses propositions de réparations des dommages, d’abus de droit et de pouvoir causés par le pouvoir en place se résolvent par le paiement d’une somme d’argent, souvent ridicule. Il n’est pas étonnant que le rapport CVJR ne rencontre que peu d’enthousiasme, autant chez les citoyens togolais que du côté des partis de l’opposition, surtout lorsqu’une partie de la vérité – souvent la plus significative – est passée par pertes et profits. Rappelons que Mgr Nicodème Barrigah-Benissan s’est vu allouer près de 1,6 million d’Euros  (soit 1048 millions de FCFA) sur un total de 6 million d’Euros (3930 millions de FCFA) alloué par l’Union européenne au Togo pour soutenir les actions de la société civile sans la Diaspora indépendante.

En effet les travaux de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation du Togo sont viciés à la base car les initiateurs du processus ont oublié de prendre en compte la nécessaire séparation de l’Eglise et de l’Etat dans une démocratie pluraliste. Le modèle sud-africain de Desmond Tutu n’est pas exportable dans des pays sous contrôle budgétaire externe partiel et avec une armée non-neutre profitant du système comme au Togo. Les divisions internes qui semblent se faire jour au sein de l’Union européenne sur le cas du Togo, conduisent paradoxalement à entériner des formes de facilitation des principes de non-droit par le pouvoir en place.

A la veille des élections législatives, il faut croire que le « dialogue minimal » réclamé par Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan 2, après avoir pourtant soutenu du bout des lèvres un dialogue tout court, témoigne de la naïveté des uns et des autres sur la capacité du pouvoir RPT/UNIR/UFC à utiliser à son avantage, une foi déplacée en un système militaro-civil avec à sa tête Faure Gnassingbé.

Le pouvoir RPT/UNIR/UFC a jusqu’à maintenant refusé de mettre en œuvre sérieusement les 68 recommandations du rapport final de la CVJR. Faure Gnassingbé joue la montre, le désenchantement, la désillusion et la lassitude diplomatiques. Et cela marche. Sauf que la population togolaise paye sous couvert de « dégâts collatéraux » les pots cassés  au prix fort, sous forme de morts, de blessés et de nombreux abus à l’encontre des droits humains.

2.  MONOLOGUE AVEC MARKETING DE DIALOGUE

Aussi, pendant que les uns (CVJR) écrivaient le rapport sur les modalités de vérité, justice et réconciliation avec l’argent des contribuables européens, les tenants du pouvoir, refusaient le dialogue et continuaient leur stratégie de clivage du pays en profondeur. En guise de dialogue, ce fut un véritable monologue avec un marketing de dialogue. C’est donc cela la « vraie » Vérité !

Pour toute justice, Faure Gnassingbé – qui n’a vraisemblablement pas retenu de ses voyages incessants chez le Pape Benoît, la compassion comme mode de gouvernance – démontre ainsi au Peuple togolais sa « vraie » conception de la réconciliation nationale, une intransigeance nationale. C’est ainsi, la population du Togo s’est vue durement sanctionnée par les incendies criminels des marchés de Kara et de Lomé, de nombreux responsables politiques, journalistes et de représentants de la société civile se sont vus sanctionnés par un emprisonnement arbitraire, pouvant aboutir pour certains d’entre eux à la mort, sans parler des enfants et des professeurs brutalisés jusqu’à ce que mort s’en suive au nord du Togo par les « forces dites de sécurité ».

En l’état, Faure Gnassingbé  pousse son sens de « l’intransigeance nationale » jusqu’au déni de justice. Il refuse de publier et de mettre à disposition des défenseurs des personnes inculpées dans la procédure des incendies criminels des marchés, le rapport des experts français de la police scientifique que les autorités togolaises ont eux-mêmes commanditer. A fortiori, il refuse d’en informer le public togolais, à moins que le temps ne facilite les « rajouts à postériori » dont le système est coutumier dans les affaires des droits humains.

L’Union Européenne semble avoir manqué de clairvoyance en oubliant l’apport des Togolais de la Diaspora, tant dans son analyse de la situation togolaise que dans ses prises de décision en matière de partenariat au développement. En effet, La Diaspora togolaise représente actuellement  plus de 2 millions de personnes et constitue la sixième région du Togo, en rappel à la décision de l’Union africaine de considérer la Diaspora comme la sixième région d’Afrique. A ce titre, la Diaspora togolaise constitue bel et bien aujourd’hui la 6e région du Togo. Mais les décisions de l’Union Africaine comme au demeurant de la CEDEAO (Communauté Economique et de Développement des Etats d’Afrique de l’Ouest) ne sont prises en compte par Faure Gnassingbé que lorsque celles-ci l’arrangent.

Aussi, Faure Gnassingbé et avec son équipe élargi se complaisent dans la pratique du déni, refuse systématiquement de recenser la Diaspora et supprime arbitrairement le droit de vote à des citoyens togolais, pourtant pleinement reconnu par la Constitution togolaise. Cette pratique constante de la part du pouvoir militaro-familial du père et du fils Gnassingbé, du refus de reconnaitre le rôle citoyen de la Diaspora togolaise, dure depuis quatre décennies.

En revanche, ce pouvoir oligarchique n’oublie pas de profiter de l’impact économique positif de l’action de la Diaspora auprès de la population togolaise, par le biais des transferts financiers importants (au moins 330 millions de $US en 2012) opérés vers les familles restées au Togo. L’oligarchie s’accommode sans honte de cette manne financière de la Diaspora, qui essaie de soulager les souffrances en tentant de pallier pour partie le résultat désastreux de sa politique qui entraine une augmentation exponentielle de la pauvreté, du chômage et de la perte de pouvoir d’achat, résultat d’une gouvernance économique peu glorieuse.

Mais certains Togolais et Togolaises, habituées peut-être à l’impunité et la facilité de recevoir de l’argent sans travailler, s’en accommodent pour un temps. Dès que ces avantages prennent fin, ils et elles se ruent dans l’opposition. Gilchrist Olympio n’a fait que suivre la trajectoire inverse, et peut, peut-être une fois détenteur de pouvoir, reprendre le contrôle de lui-même.

3.    RECOMMANDATIONS DU CVU-TOGO-DIASPORA

Le CVU-TOGO-DIASPORA suggère ainsi, que l’Union Européenne prenne mieux en compte la Diaspora togolaise dans son évaluation des rapports avec le Togo. La même recommandation est faite à l’ensemble des bailleurs de fonds partenaires au développement du Togo.

Sans gêner le principe de « non-intervention dans les affaires intérieures » d’un pays, le CVU-TOGO-DIASPORA propose à l’Union européenne et autres bailleurs bilatéraux et internationaux voir ceux des Nations Unies, l’approche suivante à savoir qu’ils :

3.1    soutiennent l’organisation de la Diaspora togolaise et permettent la mise en place d’un système de migration circulaire qui pourrait réduire les tensions sur  les dossiers d’immigration. La Diaspora Togolaise à ce titre a beaucoup à apporter notamment en expertise et stratégie…

3.2    changent leurs règles budgétaires en considérant la Diaspora comme la 6e région d’Afrique et que l’UE et les pays membres consacrent au moins 1/6e des budgets d’appui au développement, à la Diaspora, en soutenant les activités directes ou indirectes de celle-ci à travers ses représentations et démembrements (structures organisationnelles et personnalités représentatives et/ou reconnues) ;

3.3    revoient les affectations budgétaires sur le « Projet d’appui à la Société Civile et à la Réconciliation Nationale au Togo » (PASCRENA)  que l’Union Européenne affecte au Togo afin que la Diaspora togolaise soit officiellement prise en compte dans le processus de résolution de la crise togolaise. La préférence pour l’Eglise comme médiateur au mépris de la Diaspora ne donne que des résultats bien décevants. A ce titre, il conviendrait qu’au moins 1/6e de la somme consacrée au processus de réconciliation sur ce projet mais sur l’ensemble des contributions de l’UE soit affectée à la Diaspora togolaise en Europe pour lui permettre de jouer son rôle dans le processus de vérité, justice et réconciliation en panne au Togo.

3.4    prennent conscience de leur erreur stratégique dans l’appréciation du dossier togolais, mais en réalité sur l’ensemble des dossiers des pays africains où la Diaspora est systématiquement exclue, tant des décisions et des solutions dans les pays d’origine que dans les propositions portant sur l’immigration et la citoyenneté. A ce titre, il est suggéré d’établir des comités conjoints pour traiter des propositions concernant la Diaspora en général, togolaise en particulier.

15 juin 2013.

Dr Yves Ekoué AMAÏZO
Coordonnateur général

François FABREGAT
Directeur de la Communication
Secrétaire Général

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