Jul 222016
 

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Questions du Modérateur aux Leader à l’écoute

REPONSES DU DR Yves Ekoué AMAÏZO, Coordonnateur du CVU-TOGO-DIASPORA

20 juillet 2016

CVU-TOGO-DIASPORA

www.cvu-togo-diaspora.org

Question 0 : Modérateur d’ICI-Lomé : Quels commentaires sur les propos de Me Zeus Ajavon sur les travaux de l’atelier de réflexion et d’échanges sur les réformes politiques et institutionnelles ?

 Dr Amaïzo : Tout d’abord, je remercie Ici-Lomé pour l’invitation. Je rappelle que le sujet porte sur le Togo, l’atelier national de réflexion et d’échanges sur les réformes politiques et institutionnelles et notamment la synthèse des travaux de la journée du 11 juillet 2016. Les principales conclusions ont été reprises sur le site de Togo Tribune, voir http://togotribune.com/togo-atelier-national-de-reflexion-et-dechanges-sur-les-reformes-politiques-et-institutionnelles-synthese-des-travaux-de-la-journee-du-11-juillet-2016/.

 Le CVU-TOGO-DIASPORA que je coordonne n’a pas pour habitude de commenter des points de vue qui n’engagent que ceux qui les expriment. Mais il y a malgré tout un problème dans les propos de Me Zeus Ajavon que je cite « je suis convaincu, peut être que l’histoire me démentira, qu’à la fin de cet atelier le miracle se fera pour le Togo ». Mr Zeus Ajavon espère donc un miracle pour le Togo à la suite des réformes.

Avec le  système du réseau et du clan de Faure Gnassingbé qui n’a apporté que des mirages à l’ensemble de la classe politique togolaise dès lors que celle-ci offrait une alternative différente du RPT/UNIR, à défaut d’être pessimiste, il convient d’être extrêmement vigilant pour ne pas servir de caution à une énième manœuvre pour s’éterniser au pouvoir sans la vérité des urnes.

Par ailleurs, la séparation de l’Église et de l’État doit être claire. Avec la convocation unilatérale de Faure Gnassingbé sur des réformes constitutionnelles et institutionnelles au Togo, on est bien dans le champ politique et non religieux. A ce titre, il aurait été plus convaincant de préciser les points effectifs de progrès qui permettent d’être optimiste sur la finalité de ces réformes à sens unique. Aussi, les propos de Zeus Ajavon n’engagent pas le collectif pour la vérité des urnes de la Diaspora.

Question 1 : Modérateur d’ICI-Lomé : Quelle appréciation donnez-vous à l’atelier du HCRRUN sur les réformes avant les travaux et quel jugement portez-vous là-dessus après les travaux ?

Le HCRRUN est une émanation de Faure Gnassingbé qui n’a pas respecté ni l’esprit, ni les textes de l’Accord Politique Global de 2006. Il s’agit en fait d’un passage en force pour refuser la parité et le parallélisme des formes juridiques. En effet, lors de l’Accord Politique Global, il y avait clairement deux grands groupes d’acteurs : ceux qui émanaient de la mouvance présidentielle de Faure Gnassingbé et ceux qui proposaient une autre alternative de gouvernement. Lorsqu’on signe un contrat à deux, c’est à deux qu’on le défait et que l’on s’entend sur une nouvelle approche. Hors, Faure Gnassingbé, dans son habitude du « fait du Prince », a choisi le passage en force en toute non démocratie en décidant unilatéralement, souvent pour plaire aux bailleurs de fonds occidentaux, de monter une opération séduction qu’il contrôlera du début à la fin, en s’assurant d’exclure tous ceux qui pourraient faire des propositions relatives à sa démission du pouvoir pour mauvaise gestion stratégique et contrevérité des urnes. Pour réussir un tel forfait, il fallait le faire seul sans les groupes alternatifs présents lors de l’Accord Politique global de 2006. Faure Gnassingbé a donc soigneusement choisi ceux qui ne vont pas le contester en refusant de respecter le parallélisme des formes que constitue la parité : un groupe représentant la mouvance présidentielle (RPT/UNIR et ses partis satellites) et un groupe représentant les partis ou mouvements offrant des alternatives différentes du futur du Togo. Il s’agit donc d’une décision unilatérale de Faure Gnassingbé.

Aussi, les travaux du HCRRUN ne seront que le reflet d’une structure de conseil non lié à Faure Gnassingbé. Ses décisions ou recommandations n’engagement pas le CVU-TOGO-DIASPORA, et vraisemblablement pas une grande majorité des citoyens togolais comme ceux de la Diaspora.

Je n’ai aucun jugement à porter sur des structures nommées par Faure Gnassingbé, payées par Faure Gnassingbé et travaillant pour lui permettre de rester au pouvoir encore pendant au moins trois mandats additionnels de 5 ans.

En tant que journaliste, je me permets de vous rappeler que votre travail consiste à faire émerger la vérité des faits et non à récolter les appréciations ou jugements d’un tel ou d’un tel, sinon, vous seriez complice d’une grande manœuvre de légitimation du pouvoir de Faure Gnassingbé, un pouvoir fondé sur la République de la contrevérité des urnes que les partis dits d’opposition refusent de contester officiellement et légalement.

 Question 2 : Modérateur d’ICI-Lomé : De nombreux Togolais et Togolaises ont noté l’absence des délégations de la Diaspora togolaise à cet atelier, qu’avez-vous à dire sur cela ?

 Faure Gnassingbé a refusé de recenser la Diaspora togolaise, afin de les priver du droit de vote. Faure Gnassingbé a repris les conclusions et recommandations du Conseil Mondial de la Diaspora Togolaise (CMDT) sur le rôle de la Diaspora togolaise comme 6e région autonome et indépendante du Togo, avec à ce titre un budget propre et un organe de gestion propre.

Il faut néanmoins savoir qu’il existe au moins trois grandes catégories de Togolais et Togolaises dans la Diaspora, ce qui nous amène à parler des Diasporas togolaises. Il convient de citer :

  1. La Diaspora togolaise alignée et adoubée par Faure Gnassingbé, souvent plus pour des raisons de ventrologie que de conviction profonde sur l’efficacité de la gouvernance menée ;
  2. La Diaspora togolaise indifférente qui  se dit « apolitique » alors que souvent elle a choisi d’oublier le Togo mais ne peut oublier de financer les parents restés au pays. Cette Diaspora togolaise privilégie sa nouvelle nationalité compte tenu de tracasseries administratives pour obtenir le passeport togolais et le véritable racket que cela constitue en termes de paiements de droits fiscaux ou de droits liés à la corruption de proximité ;
  3. La Diaspora togolaise indépendante et offrant d’autres alternatives que celles proposées par les affidés du système de Faure Gnassingbé et qui, pour des raisons diverses, n’arrive pas à cotiser et s’organiser collectivement pour peser sur les décisions des pays occidentaux lesquels continuent à faire passer leurs priorités avant celles des citoyens togolais au Togo, ce que Faure Gnassingbé accepte pour mieux perdurer au pouvoir.

Aussi, sans un recensement sérieux et indépendant de plus de 2,3 million de Togolais et Togolaises de l’extérieur, sans la présence d’une représentation d’une Diaspora togolaise indépendante au cours du processus de retour vers la vérité des urnes faussement appelé « réformes constitutionnelles et institutionnelles », il y a de grandes chances que Faure Gnassingbé, par le truchement de la coercition, l’argent et les achats de conscience utilise ses réseaux ésotériques, politiques et autres pour faire représenter la Diaspora togolaise alignée sur le RPT/UNIR. Par extension, Faure Gnassingbé pourra aussi utiliser la Diaspora inconsciente des enjeux et qui se dit « apolitique » et prête à recevoir des médailles de ceux-là même qui sont à la source de leur émigration vers des cieux plus démocratiques et offrant des opportunités d’emplois. Ces derniers oublient d’ailleurs que leur réussite individuelle est justement et souvent systématiquement liée au fait qu’il n’y a pas eu d’intervention de Faure Gnassingbé et ses affidés dans leur parcours professionnel.

Bref, si la règle de la parité de représentation avait été respectée lors de la convocation du HCRRUN par Faure Gnassingbé, c’est-à-dire que si les deux groupes de l’APG à savoir la mouvance présidentielle d’une part, et d’autre part, les groupes de l’alternance au pouvoir avaient été reconstitués, les Diasporas togolaises indépendantes auraient certainement eu la possibilité de se faire représenter d’une manière ou d’une autre. Mais Faure Gnassingbé dans sa logique de mépris de l’autodétermination des Togolais et Togolaises de la Diaspora et mué par la seule volonté de récupérer l’envoi de 340 million de dollars des États-Unis ($EU) par an du fait de la faillite de la gouvernance de Faure Gnassingbé qui a contribué à porter la pauvreté au niveau de 70 % de la population togolaise en moins de 10 ans, ne pouvait qu’exclure la Diaspora togolaise indépendante de ses réformes. En effet, il ne s’agit pas de réformes pour les Togolais ou Togolaises, qu’ils ou elles soient ou pas de la Diaspora. Il s’agit de réformes pour que le système de Faure Gnassingbé perdure avec l’assentiment de tous ceux qui auront graduellement été convaincus de le soutenir, par la carotte ou par la chicotte.

Question 3 : Modérateur d’ICI-Lomé : Y-a-t-il des réformes qui concernent spécifiquement la Diaspora ? Avez-vous noté leurs prises en compte ou mention dans les communications des participants de l’atelier HCRRUN?

 Ce n’est pas à Faure Gnassingbé de déterminer les réformes qui concernent spécifiquement la Diaspora togolaise. C’est à la Diaspora responsable, autonome et indépendante de lui faire des propositions pour lesquelles il doit mettre un budget à disposition pour les mettre en œuvre. Il suffit d’ailleurs de relire les recommandations du Conseil Mondial de la Diaspora Togolaise adoptées à Bonn en Allemagne pour mieux comprendre que Faure Gnassingbé ne peut s’autoproclamer le « coordonnateur » de la Diaspora togolaise et organiser des réunions au Togo. Il choisit ainsi de priver la Diaspora de son indépendance. Mais de nombreux Togolais et Togolaises de la Diaspora n’y ont rien compris et préfèrent prendre les billets d’avion et aller faire de la représentation qui, avec le temps, devient de la compromission et de l’alignement. Ils sont aussi nombreux à passer de la catégorie de la Diaspora indépendante et autonome à la catégorie de la Diaspora alignée et adoubée par Faure Gnassingbé. Ils et elles sont connus dans la Diaspora.

Question 4 : Modérateur d’ICI-Lomé : Selon plusieurs participants de l’atelier HCRRUN, il y a une lueur d’espoir pour aller finalement vers la mise en œuvre de l’APG. Certains ont parlé de préalables, certains ont parlé de consensus, d’autres se sont réjoui de l’élargissement des acteurs à la société civile, l’armée et les chefs religieux.

 Mais quelle est votre question ? Si la convocation du HCRRUN est faite par Faure Gnassingbé et qu’il paye les principaux participants qui doivent prendre des décisions, comment voulez-vous que ces gens ne disent pas ce que Faure Gnassingbé souhaite entendre. L’élargissement à d’autres acteurs relève de la mystification. Faure Gnassingbé a systématiquement exclu l’ensemble de la Diaspora en refusant de les recenser et donc de leur donner le droit de vote et d’autodétermination. Quant à certains acteurs de la société civile, à certains ecclésiastiques et chefs religieux de tous bords, voire même à des responsables de l’armée et des corps habillés, ils doivent répondre « AMEN » à tout ce que dit la voix de leur maître.

CVU-TOGO-DIASPORA n’est pas engagé par la fausse lueur d’espoir qui ne repose sur rien de tangible, encore moins sur des discussions approfondies sur la condition d’organisation de la prochaine contre-vérité des urnes au Togo, tant au niveau des élections locales, législatives et présidentielles alors que chacun sait qu’il n’existe pas de séparation entre la justice et l’Etat.

Alors de grâce, laissez ceux qui possédés par cette forme perverse du rêve qu’est l’illusion de continuer à croire à la lueur d’espoir. Cela fait près de 50 ans que le Togo vit sous la contrevérité des urnes, le refus de l’autodétermination du peuple togolais et l’autocratie. Alors, ceux qui voient une lueur d’espoir alors que Faure Gnassingbé met en prison et fait kidnapper des membres de la Diaspora et des journalistes dans le Togo de 2016…sans compter  ceux qui perdent leur emploi ou leur terrain ou propriété parce qu’ils ou elles ne sont pas membres du  RPT/UNIR, etc. Si une partie des Togolais et Togolaises adepte de la ventrologie veut continuer à rêver, que personne ne l’en n’empêche !

L’autre Togo, celle des alternatives et du bien-être pour la majorité et non pour la minorité s’organisera sans les premiers.

Question 5 : Modérateur d’ICI-Lomé : Qu’est-ce qui doit être fait de différent aujourd’hui pour réussir cette mise en œuvre par rapport à 2006 ?

 Il faut d’abord rétablir la parité en acceptant qu’au Togo, chacun soit clairement classé :

  1. Soit dans le camp de la mouvance présidentielle ;
  2. Soit dans le camp des alternatives pour la vérité des urnes ;
  3. Soit dans le camp des indifférents et autres opportunistes.

Chaque groupe pourra alors s’organiser pour envoyer ses représentants pour qu’un débat effectif s’instaure, sans être sous les ordres et les menaces de Faure Gnassingbé.

Mais le HCRRUN n’est qu’une mystification supplémentaire pour gagner du temps et tenter de faire disparaître l’Accord Politique Global de 2006. Maintenant, face à l’échec du HCRRUN en termes de propositions intégrant l’ensemble des Togolais et Togolais y compris ceux de la Diaspora, il faut bien constater que l’approche adoptée par Faure Gnassingbé d’aller chercher quelques « intellectuels » qui confondent les enceintes universitaires avec les conditions d’autodétermination du peuple togolais, la méthodologie doit être revue avec des experts indépendants de Faure Gnassingbé.

Par ailleurs, si le HCRRUN décide de relancer l’APG en en faisant un bilan et un audit objectif et indépendant par des experts indépendants, peut-être alors que les bases de discussions paritaires pourraient être trouvées. Mais mener des discussions sous les menaces multiples de Faure Gnassingbé et ses affidés ne peut augurer aucune conclusion positive pour le peuple togolais. Mais là encore, si le peuple togolais a choisi de ne pas combattre l’arbitraire, le faux-semblant et se laisser bercer et berner par de vraies « fausses réformes » organisées par Faure Gnassingbé et ses sbires, alors tant pis pour ce peuple.

Je vous remercie pour l’invitation et souhaite que mon texte ne soit ni coupé, ni changé, ni soumis sans le nom de l’auteur, ni sans faire référence à CVU-TOGO-DIASPORA. Malheureusement, cette pratique a eu lieu sur certains médias togolais par le passé.

CVU-TOGO-DIASPORA reste disponible pour de plus amples éclaircissements si les demandes sont sérieuses et allant dans l’intérêt de l’autodétermination du peuple togolais y compris ceux de la Diaspora.

Personne ne croira à une République  togolaise fondée sur la contre-vérité des urnes.

20 juillet 2016

Dr Yves Ekoué AMAÍZO.

Coordonnateur CVU-TOGO-DIASPORA.

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