Jul 182017
 

Flyer FM liberte Macron AMAIZO G20 17 juillet 2017FM LIBERTÉ – Radio de la Diaspora Togolaise

Chicago, Etats-Unis

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Émission « Visages d’Afrique »

Journaliste : Bill Emile Davolk sur FM Liberté, la Radio de la Diaspora

http://www.fmliberte.com/

Interview du Dimanche 16 Juillet 2017 – 14h à 15h.

Entretien avec le Dr. Yves Ekoué Amaïzo, Directeur Afrocentricity Think Tank, un groupe de réflexion et d’actions sur les problèmes africains

Sujet : Quel bilan pour les Chefs d’Etat africains suite au sommet du G20 de Hambourg en Allemagne (7-8 juillet 2017) ?

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Introduction de Bill Emile Davolk :

Une initiative spéciale sous l’égide de la chancelière Angela Merkel portant sur ‘Le G20 et l’Afrique » a été entérinée à Berlin en Juin 2017. La démarche s’inscrit dans le cadre de « l’année de l’Afrique » marquée par une série de projets et d’annonces. Nous pouvons citer brièvement le Plan Marshall pour l’Afrique, un programme porté par le secteur privé et le « Compact with Africa ». Cette dernière initiative devrait être intégrée dans l’agenda du G20. Pas moins de 9 chefs d’Etat du continent ont pris part à la cérémonie de lancement de ce « Compact with Africa » aux côtés d’Angela Merkel. La Côte d’Ivoire, le Maroc, le Rwanda, le Sénégal et la Tunisie ont été désignés “Pays Compacts”. De quoi s’agit-il au fait ?

QUESTIONS DE FM LIBERTÉ

  1. Bill Emile Davolk : Le Sommet du G20 à Hambourg : quel est le poids de l’Afrique sur l’échiquier mondial ? Est-ce que les pays africains se font entendre dans ce genre de sommet ?

Dr Amaïzo :

1.1 Le principe même du G20 est de réunir les pays du monde les plus puissants et de ce fait, constitue une sorte de prolongation du G7 qui réunit les pays les plus puissants occidentaux. De ce fait, la présence de l’Afrique est toujours paradoxale. Mais comme on dit que les « absents » ont torts et pour ne pas avoir une mauvaise conscience suite aux critiques des chefs d’Etat africains, les pays les plus industrialisés et riches ont choisi la stratégie d’intégration par cercles concentriques des pays et économies émergentes. Mais c’est aussi en réponse au poids grandissants des pays dits du BRICS, à savoir le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Donc voir un bloc de pays émergent prendre son envol et constitue une menace à terme, il était préférable d’opter pour des espaces informels de discussions pour éviter des réactions épidermiques dans la compétition mondiale militaire, économique, culturelle, etc. Actuellement, les critères utilisés, seul un pays comme l’Afrique du sud est membre de « droit » dans le 20. Pourtant avec un autre critère comme la puissance économique (produit intérieur brut), des pays comme le Nigéria, l’Egypte et la Côte d’Ivoire devraient pouvoir faire partie du G20. D’ailleurs, il faut s’interroger de savoir pourquoi, un pays comme le Nigeria, a systématiquement refusé de participer au groupe des pays émergents dits BRICS. La réponse est liée à une forme de dépendance mais aussi d’alignement sur les principes libéraux des pays membres du G7.

1.2 A partir de cette introduction, il est clair que le poids de l’Afrique sur l’échiquier mondial est le même que sa participation économique dans l’économie mondiale, soit moins de 3 %, voire moins de 1 % pour ce qui est de sa capacité productive et industrielle. Au plan militaire, ce poids est proche de zéro au plan mondial. Il est donc évident que les Chefs d’Etat africains invités par le pays organisateurs, ont peu de marge de manœuvre pour se faire entendre dans le sommet G20.

  1. Bill Emile Davolk : en référence à la question posée par le journaliste Philippe Kouhon 1, Les Etats Africains semblent-ils aller au G20 en espérant « systématiquement » recevoir de l’aide au développement ? Est-ce votre sentiment ?

2.1 Dr Amaïzo : Avec des chefs d’Etat qui ont pour la très grande majorité des déficits structurels de leur budget et proposent à leur assemblée des budgets dont une grande partie du financement doit provenir des pays et institutions de financement dits « partenaires au développement », oui, les chefs d’Etat africains vont au G20 pour obtenir une part importante de l’aide au développement devenue au fil des temps, si ce n’est depuis l’origine, une « aide » pour assurer un retour sur investissement juteux et parfois exclusif des pays dits donateurs. L’incapacité des chefs d’Etat africains à comprendre cette équation tient au fait que régulièrement dans leur discours, on retrouve l’argument de l’esclavage et de la colonisation pour justifier leur demande collective ou individuelle pour faire augmenter la part de ladite « aide au développement ». Le résultat du G20 de Hambourg est clair. La part de l’aide au développement va baisser drastiquement entre 30 % et 70 % selon les pays riches. De plus, l’accès à cet argent sera conditionné à une sorte de « droit d’entrée » reposant sur la démocratie, l’Etat de droit, le combat contre la corruption, la lutte pour finir avec l’impunité, l’option d’une économie inclusive et surtout le retour sur investissement pour les pays donateurs qui signifient souvent dans la pratique, une aide accrue et directe aux entreprises des pays non africains en Afrique.

2.2               Autrement dit, l’influence exercée sur les chefs d’Etat. Mon sentiment est que certains chefs d’Etat, compte tenu de leur fragilité, dépendance, complexe et faiblesse vis-à-vis des pays influents finissent, -parfois avec zèle- à devenir des agents promouvant les intérêts des pays riches et de leurs entreprises multinationales en autres en Afrique. Bref, les intérêts des peuples africains passent souvent au second plan. Alors la représentativité des chefs d’Etat africains doit être mise en cause, à avec celle-ci, les conditions effectives du fonctionnement de la démocratie en Afrique.

  1. Bill Emile Davolk : Cette manière d’aborder les partenariats économiques ne dresse-t-elle pas le lit au ton paternaliste des Occidentaux ? ». S’agit-il vraiment d’un plan Marshall comme ce fut le cas à après les guerres mondiales ?

3.1 Le titre exact du document proposé par Mme la Chancelière Angela Merkel s’intitule : « Afrique – Europe. Un nouveau partenariat pour le développement, la paix et un avenir meilleur. Pierres angulaires pour un plan Marshall avec l’Afrique 2 ». La réalité est que ce document a été conçu unilatéralement par l’Allemagne et sans la Diaspora africaine. Les Chefs d’Etat africains ne se sont pas trompés et l’ont intitulé : Le « Plan Merkel » et non le Plan Marshall de 1948 qui aurait coûté environ 150 milliards de dollars des Etats-Unis (au cours actuel). Par ailleurs, il ne s’agit pas de reconstruction de l’Afrique en référence ce qui s’est passé après la 2e guerre mondiale entre pays riches mais des accompagnements pour le développement et l’amélioration de l’environnement des affaires et un frein à la corruption. Aussi, cette façon de procéder unilatéralement en niant les apports de la Diaspora africaine et aussi des dirigeants africains les plus éclairés a conduit à une critique voilée d’un paternalisme désuet des Occidentaux. Ce qui n’enlève en rien la responsabilité des chefs d’Etat africains.

3.2 Sur un autre plan, le partenariat « Afrique-Europe » cache en fait une véritable stratégie allemande de reprendre pied en Afrique. Il ne fallait donc pas s’étonner que le Président français, Emmanuel Macron s’y est opposé avec véhémence et a rejeté ce plan dit Marshall. Au demeurant, l’Allemagne en voulant faire avaliser cette proposition à l’Union européenne cherche à convaincre les 28 États membres (le Royaume Uni y compris malgré le Brexit) de redéfinir la base de la coopération entre l’UE et l’Afrique en remplaçant les Accords de Cotonou et les différents partenariats économiques avec l’Afrique qui ne fonctionnent pas au profit de l’Afrique. En effet, le commerce des marchandises en l’Europe et les pays signataires des Accords de Cotonou se sont régulièrement dégradés au point que le continent africain est devenu un importateur net, ce manière structurelle, des produits européens.

3.3 L’Allemagne a malgré tout mis la main à la pâte en offrant un budget de 300 millions d’euros d’aides supplémentaires avec l’initiative Merkel adoptée le 12 et 13 juin 2017 à Berlin avant le G20 sous le couvert du titre « Compact with Africa ». Il s’agit d’une sorte de « club » de chefs d’Etat responsables, champions de l’amélioration de l’environnement des affaires et qui défendent une option libérale de l’économie et s’engagent à améliorer l’environnement des affaires pour attirer les investisseurs étrangers, mais aussi à injecter une partie de leur propre argent dans le projet avant de pouvoir bénéficier de l’apport de l’Allemagne. Parmi les neuf (9) pays africains présents à la cérémonie de lancement, seuls certains ont été choisis par l’Allemagne comme pays dignes de faire partie du groupe des pays dits « Compacts ». Il s’agit principalement de la Côte d’Ivoire, du Maroc, du Rwanda, du Sénégal et de la Tunisie. Il fait s’interroger de savoir pourquoi la Guinée du Président Alpha Condé, l’actuel Président en exercice pour un an de l’Union africaine, n’a pas été choisi, ni le Mali d’ailleurs.

3.4 Pour le Togo – non invité et pour cause- qui n’a pas été choisi, il faut croire que ce pays n’a plus les résultats qu’il affichait en tant que colonie allemande modèle dans les années 1900. En réalité, la démocratie falsifiée au Togo, le modification intempestive et unilatérale de la Constitution de 1992 acceptée par les populations togolaises, les fausses réformes pour ne pas quitter le pouvoir, les fausses purifications du pays pour valider l’impunité, les entorses aux droits humains, aux droits des médias, les bastonnades contre les étudiants avec le non-respect de la « franchise universitaire », le non-respect dans la pratique des engagements pris sur l’amélioration de l’environnement des affaires faisant fuir les investisseurs et les bateaux qui accostaient dans le port (en eau profonde) autonome de Lomé, et le financement d’une opposition et d’une Diaspora togolaise alignée sur le système au pouvoir  ne permettent pas d’intégrer le Togo comme pays modèles inscrits dans le groupe « Compact avec l’Afrique » qui devraient bénéficier de financements institutionnalisés plus accrus notamment pour les projets d’infrastructures (énergie, route, communication, etc.).

3.5 Tenter de faire inscrire de « Compact avec l’Afrique » dans le cadre plus large du Plan Marshall et bénéficier ainsi de l’apport des autres pays européens, voire par une forme de coopération trilatérale, faire payer à la Chine des équipements allemands à installer en Afrique, ne semblent pas avoir suscité beaucoup d’adhésion. Alors, il ne restait plus qu’à faire porter ce programme par le secteur privé en évoquant la responsabilité sociale des entreprises multinationales entre autres, tout en s’assurant que le volet financé par le secteur public semble être concentrés, là encore unilatéralement, à stopper les flux des jeunes migrants africains arrivant en Europe. Aussi, il est proposé de revoir le concept non fonctionnel proposé derrière le Plan Marshall – Merkel fondé sur l’unilatéralisme du concept de la migration-retour pour une concept novateur de la migration circulaire 3.

3.6 en réalité, il faut savoir que ce qui est proposé dans le « Plan Marshall pour l’Afrique » doit être principalement financé par le secteur privé et les Chefs d’Etat africains doivent s’organiser pour améliorer l’environnement des affaires et si possible rapatrier en urgence les migrants économiques africains en trop en Europe. Pour ce dernier point, quelques subsides européens pourraient être débloquées.

  1. Bill Emile Davolk : Selon le Président français, Emmanuel Macron, le plan Marshall a été adopté en Europe dans des pays qui avaient leur équilibre, leurs frontières, leur stabilité. Est-ce vraiment le cas ?

Dr Amaïzo. Je ne pense pas que les pays européens étaient dans une situation d’équilibre en 1948 à la sortie de la guerre alors que leur infrastructure était totalement détruite. Pour ce qui est des frontières, il y a malgré tout eu quelques discussions ici et là et sur le plan politique, la stabilité de la 4e République française n’est pas un exemple qui a été renouvelé puisque le Général De Gaulle y a mis fin avec la Constitution de la 5e République. Comparer l’Europe et l’Afrique relève encore d’une forme d’européocentrisme que les conseillers de Mr Macron devrait éviter pour ne pas verser dans des généralités bien loin des réalités actuelles. Mais que ces arguments soient utilisés pour justifier le refus du Président français d’augmenter l’aide au développement et surtout de soutenir le plan Europe-Afrique de Mme Merkel est plus compréhensif.

  1. Bill Emile Davolk : Macron affirme par la suite que le défi de l’Afrique est civilisationnel. Est-ce que civilisation africaine explique le retard de l’Afrique sur le plan économique ?

5.1 Dr Amaïzo : Il faut remettre dans le contexte ce qu’a dit le Président français Emmanuel Macron qui n’a pas caché qu’il ne financerait pas ce Plan Marshall pour l’Afrique mais a accepté le principe que cela a permis la reconstruction de l’Europe. Il est dans une logique de « rassembler l’ensemble des financements, de pouvoir associer à ces financements des pays partenaires, des organisations internationales et de travailler sur des projets concrets pour éviter la perte de temps, les intermédiaires inutiles et le gaspillage institutionnel ». Il souhaite en matière de développement travailler avec « les acteurs de terrain et les projets », ce qui semble exclure la Diaspora africaine comme acteur de liaison. Aussi pour le développement de l’Afrique et le Plan Marshall de la chancelière allemande, Angela Merkel, il a rappelé ceci « Il y a eu plusieurs enveloppes qui ont été données. Soit, nous changeons d’objectif avec l’addition des milliards. Cela fait des décennies qu’on a décidé d’aider l’Afrique et on l’a fait. Si c’était aussi simple que ça, vous l’auriez constaté. Le Plan Marshall, c’est un plan de reconstruction matériel, dans des pays qui avaient leurs équilibres et leurs stabilités. Le défi de l’Afrique, il est totalement différent, beaucoup plus profond et civilisationnel aujourd’hui ».

5.2 Son argumentaire reposait sur celui de ses conseillers, vraisemblablement les plus médiocres sur l’Afrique, et probablement ignorant du rôle civilisationnel de la France lors des razzias esclavagistes, de la colonie et de la post-colonie, de la France-Afrique et de la post-France-Afrique dont il n’a jamais été question, malgré le discours du Président Alpha Condé sur la question comme une des sources des difficultés actuelles de l’Afrique.

5.3 Le lien entre civilisation africaine et retard économique relève d’un raccourci qui pourrait se résumer en une phrase similaire plus proche de la réalité : le fait de continuer à vouloir promouvoir, parfois imposer, une civilisation française en Afrique est devenue la cause première du retard économique africain notamment en zone francophone. Ce genre d’affirmation ne sont que des généralités qu’un Président non autocrate aurait pu s’éviter de prononcer. Car c’est justement le fait de ne pas considérer la Diaspora africaine, de refuser de mettre en œuvre des concepts avant-gardistes de migration circulaire que promeut justement la Diaspora qui conduit à des incompréhensions et à des impasses. En réalité, le problème est de justifier les coupes budgétaires importantes et d’éviter de parler de l’inefficacité de l’aide au développement et le retour de plus de 90 % de cette aide sous forme de retour sur investissement pour la France avec un proportion non négligeable pour la corruption locale… Ces sujets mériteraient d’être débattus avec la Diaspora africaine indépendante afin que les solutions proposées et venant d’en haut ne se heurtent aux réalités du terrain et à la censure des Chefs d’Etat africains.

  1. Bill Emile Davolk : Mr Macron cite nommément la fécondité africaine avec 7 ou 8 enfants par femme. Le poids de la démographie empêche-t-il le progrès ?

Mais lorsqu’il annonce des chiffres erronés sur le taux de procréation de la femme en Afrique, -à l’image de ce que fait régulièrement les représentants des partis d’extrême droite en Europe-, il y a une forme d’exagération qui ne peut être imputée aux mauvais conseils, ni à l’ignorance de ces conseillers mais pourrait s’apparenter à un pur mépris, doublé d’une méconnaissance de l’histoire « civilisationnelle » de la France en Afrique. Emmanuel Macron a affirmé ceci : « Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. » La réalité est que le taux est estimé autour de 4,7 enfants par femme en Afrique en moyenne 4 et que ce chiffre évolue à la baisse, ce dans un contexte de la pauvreté, de l’ignorance, de l’absence de liberté et d’organisation d’un planning familial digne de ce nom en Afrique.

Entre 2010 et 2015 et selon les Nations Unies, le taux de fécondité moyen dans le monde est de 2,5 enfants par femme. Pour le continent africain, ce taux est de 4,7 enfants par femme. L’Asie et l’Amérique du Sud-Caraïbes ont un taux de fécondité de 2,2 enfants par femme. L’Europe est le continent où le taux de fécondité est le plus bas, avec 1,6 enfant par femme en moyenne. Le taux de fécondité moyen dans le monde devrait tomber à 2,4 enfants par femme en 2030 et à 2,2 enfants par femme en 2050. Ce taux reculera devrait s’établir pour l’Afrique autour de 3,9 enfants par femme en 2030 et à 3,1 enfants par femme en 2050 5.

  1. Bill Emile Davolk : certains internautes ont répliqué qu’il n’y a de « richesse que d’hommes ». Quel regard porte l’expert en économie que vous êtes sur cette assertion, surtout dans le contexte africain ?

7.1 Dr Amaïzo. Précisons qu’il n’y a de richesses que de femmes et d’hommes, et donc des humains. C’est ce capital humain dont il est question. Mais dans le contexte africain, que vaut un capital humain sans formation, sans technologie, sans esprit d’entreprise, sans incitations et environnement des affaires favorables pour leur épanouissement, et avec une intervention intempestive de l’Etat et des forces de sécurité incontrôlées devenues parfois des vecteurs de la corruption de proximité ?

7.2 Bien sûr que ce sont les ressources humaines qui sont la richesse d’une Nation. Mais entre des taux de réussite à des formations professionnelles ou générales oscillant entre 80-85 % en Occident et entre 20-45 % en Afrique, il faut croire que les écarts de développement pourraient encore se creuser. Donc l’accent et la priorité doivent être mis sur l’acquisition d’un savoir, d’une connaissance, de la technologie et du savoir-faire au service du développement de la communauté humaine que constitue les Africains. Ce n’est pas toujours la priorité de certains chefs d’Etat, encore englués dans la satisfaction des conditions des entreprises multinationales étrangères, voire des Etats étrangers à l’Afrique, quand il ne s’agit pas de satisfaire leur propre besoin en abusant de leur position de dirigeants, ce en toute non transparence.

  1. Bill Emile Davolk : Selon vous qu’est-ce qui explique véritablement le retard économique de l’Afrique et de quoi avons-nous besoin une réelle émergence ?

8.1 Dr Amaïzo. Je réfute l’association entre le mot retard économique de l’Afrique compte tenu de son histoire coloniale et esclavagiste que la France-Afrique a contribué à perpétuer… Il s’agit plus de rythme de développement vers une forme de bonheur individuel et collectif. Ces notions doivent d’abord être appropriées par les Africains et Africaines afin de déconstruire le complexe du rattrapage au plan culturel et les objectifs de mal-développement qui y sont associés. C’est donc un changement culturel d’un retour vers l’Afrocentricité à savoir résoudre les problèmes en fonction des intérêts des populations africaines qui pourra créer les conditions d’une émergence culturelle d’abord, économique et sociale ensuite.

8.2 Tant que le peuple africain continuera à ne pas valoriser sa propre culture fondée sur la valorisation de l’Humain selon le plan de Dieu (quel que soit son nom), la prise de conscience et l’émergence africaine ne pourront cheminer. Le retard est un concept de celui qui est « devant » vous sur la base de ses règles et ses concepts. On ne peut conclure que parce la mauvaise bouffe que constitue le Hamburger de Mac Donald qu’adore les Américains est bon pour eux, que le Hamburger est bon pour les autres parties du monde. Le problème est que, si culturellement les Africains pouvaient être fiers de leur musique et de leur danse comme de leur culture culinaire et demain de leur culture tout court, l’émergence adviendra plus vite que prévue. Mais en réalité, c’est ce complexe d’infériorité qui conduit à se fixer des objectifs erronés du bonheur. En se reposant sur la Diaspora africaine indépendante et les esprits libres en Afrique, ces changements de logiciel mental et de comportements pourraient permettre une accélération vers un développement alternatif, remettant les humains et la nature au centre… bref, un économie circulaire…

  1. Bill Emile Davolk : Pour conclure, est-ce que la lune de miel entre Macron et les Africains est déjà terminée ?

9.1 Dr Amaïzo. Je ne pense pas qu’il y a eu une « lune de miel entre le Candidat Emmanuel Macron » et les « Africains de France ou d’ailleurs… Il y a eu un phénomène du « dégagisme » des femmes et hommes politiques englués dans des mensonges et dans des affaires. Ils ont largement été rejeté par le peuple français qui a opté pour une recomposition originale et inédite de l’espace politique. D’ailleurs, Mr Emmanuel Macron n’est pas à l’abri de ce phénomène de dégagisme dès lors que prendra fin le temps de la communication de type « jupitérien » même s’il donne l’impression de vouloir ressembler à Louis XIV ou Napoléon.

9.2 Mais c’est sa réussite qui déterminera si les Africains d’Afrique attendront de lui quelque chose comme ils et elles ont attendu beaucoup du Président Barack Obama… en vain. Donc, il s’agit d’organiser des négociations sur des bases mieux structurées avec le pouvoir Macron afin d’avant sur des bases de « gagnant-gagnant » et non unilatéralement opter pour le choix des « lobbies » et « groupes de pression » qui ont financé le candidat Macron et attendent, d’ailleurs de manière impatiente- le retour sur investissement. Il est difficile de croire que l’Afrique des Chefs d’Etat qui continuent à ne pas prendre leur responsabilité, pourront faire le poids.

9.3 Pour revenir à l’initiative de l’Allemagne souhaitant une nouvelle forme de coopération bilatérale et régionale entre l’Europe et l’Afrique, il faut malgré tout conclure que sans un rôle officiel, institutionnalisé et budgétisé de la Diaspora africaine indépendante soutenue par des expertises africaines du terrain, elles-aussi indépendantes, le fameux « Plan Marshall » rejeté par Emmanuel Macron risque de devenir un « plan Merkel » pour le patronat européen investissant en Afrique. Le bilan pour les Chefs d’Etat va dépendre de leur engagement à améliorer réellement l’environnement des affaires et à travailler en confiance avec la Diaspora africaine pour des projets créateurs de pouvoir d’achat, de transfert de savoir et d’opportunité d’emplois, notamment pour les jeunes africains.

Je vous remercie pour l’invitation. YEA.

 

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  • © Afrocentricity Think Tank et FM Liberté
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