Aug 032018
 

RCDTIPOSITION DU RESEAU DE LA COORDINATION

DE LA DIASPORA TOGOLAISE INDEPENDANTE (RCDTI)

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Direction du Comité de Rédaction du

Réseau de la Coordination de la Diaspora Togolaise Indépendante (RCDTI)

3 août 2018

Contact : info@cvu-togo-diaspora.org qui transmettra

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Durant tout le mois de juillet, le Togo fut le théâtre d’une campagne médiatique. Celle-ci était destinée à différer les échéances politiques et tenir en haleine le peuple, surtout sa partie la plus consciente. Il s’agit principalement de tous les citoyens démocrates togolais qui constituent l’ossature de la lutte actuelle pour les libertés et la démocratie. En réalité, entre le 19 août 2017 et le 19 août 2018, il faut bien constater que les techniques utilisées par le pouvoir de Faure Gnassingbé ont permis outre la confusion, la neutralisation discrète de la volonté du Peuple togolais de faire appliquer immédiatement la Constitution de 1992 qu’il s’est choisi démocratiquement à plus de 97 %.

La responsabilité des uns et des autres doit être engagée. Celle de la CEDEAO assurément. Comment croire cette CEDEAO qui en 2005, 2010 et 2015 a systématiquement avalisé le statu quo au Togo ? Pourquoi cette même CEDEAO devrait-elle proposer autre chose qu’un statu quo modernisé ?

Lors de la 53e session ordinaire de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le choix du Président du Nigeria, Muhamadu Buhari comme nouveau Président en exercice de la CEDEAO 1 pour un an pourrait modifier la donne et sortir le Togo du statu quo. Ce choix est intervenu à la fin de la Conférence des chefs d’Etat et non au début comme cela se fait à l’Union africaine.

En effet, les décisions concernant le Togo qui ont été prises l’ont été sous le mandat de Faure Gnassingbé, le Président en exercice. Le Statu quo était donc inévitable. Aussi, tous ceux qui veulent la fin du statu quo au Togo doivent se retrouver autour d’un Programme commun et convaincre le nouveau Président de la CEDEAO de revoir les décisions de son prédécesseur à la lumière du non-respect de la Constitution de 1992 et d’une proposition commune pour l’avenir du Togo.

1. CEDEAO : AVALISER LA FEUILLE DE ROUTE PROPOSÉE PAR FAURE GNASSINGBÉ

A l’issue d’un sommet tenu à Lomé les 30 et 31 juillet, la 53e session ordinaire de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a enfin produit sa Feuille de Route sur le Togo 2, qui selon l’institution sous régionale, est sensée contribuer, de manière durable, à la résolution de la crise politique soulevée par « l’Insurrection populaire du 19 août 2017 ».

En effet, cette Feuille de route est étrangement proche de ce que souhaite le pouvoir de Faure Gnassingbé à savoir :

  1. Résoudre la crise togolaise en allant aux élections législatives, en principe le 20 décembre 2018 si certaines conditions sont remplies ;
  2. La révision de la composition de la Cour Constitutionnelle ;
  3. Un mandat présidentiel limité à deux mais à partir de 2020, d’où la confirmation par la CEDEAO du troisième mandat actuel illégitime et usurpé couvrant la période de 2015-2020 de Faure Gnassingbé ;
  4. La reconduction du mode de scrutin à deux tours existant dans la Constitution de 1992 pour l’élection du Président de la République mais à partir de 2020, ce qui permet à la CEDEAO de faire oublier ses incohérences et erreurs passées permettant d’avaliser des élections frauduleuses sans vérité des urnes au Togo ;
  5. La confirmation par la CEDEAO de l’utilité de réaliser des réformes inscrites dans l’accord politique global de 2006 (APG) et reconfirmé régulièrement notamment dans le rapport de la Commission Vérité-Justice-Réconciliation (CVJR) ainsi que toutes les structures non indépendantes créées par Faure Gnassingbé qui a permis de ne pas appliquer l’APG ou de proposer des réformes qui favorisent le statu quo sous d’autres formes ;
  6. L’acceptation du vote de la Diaspora sans pour autant exiger un recensement transparent et un délai pour la reconstitution d’un fichier électoral non falsifiée d’avance avec l’élimination sur les listes d’une grande partie de la Diaspora indépendante ;
  7.  L’adoption des réformes proposées par la CEDEAO devront se faire par un vote au parlement togolais dominé des élus à partir d’élections sans vérité des urnes ; A croire que la CEDEAO a été ensorcelé par le pouvoir en place pour répéter exactement ce que souhaite ce pouvoir ;
  8.  L’exhortation de la CEDEAO à toutes les parties prenantes au dossier (Gouvernement et la Coalition des 14 partis politiques) à un respect strict de la Constitution modifiée par Faure Gnassingbé et non de la Constitution de 1992 réclamée par le Peuple togolais ; et enfin
  9. La possibilité pour Faure Gnassingbé de se présenter aux élections présidentielles de 2020 et donc le rejet du retour à la Constitution de 1992, illégalement modifiée par le pouvoir en place sur la base du non-respect du parallélisme des formes juridiques. En effet, une Constitution choisie par le Peuple par référendum n’a pas été modifiée par référendum mais par une modification unilatérale avalisée par un parlement issu d’élections sans vérité des urnes et dominé par les représentants des partis politiques alignés sur Faure Gnassingbé ;

En vérité, dans le Rapport final de la CEDEAO produit à l’issue du sommet notamment dans la partie consacrée au Togo, les recommandations qui en découlent, ne semblent pas de nature à apporter les éclaircissements attendus, en regard des revendications précises portées par l’Insurrection populaire du 19 août 2017, à savoir notamment :

  • Le retour à la constitution de 1992 ;
  • le départ définitif du pouvoir de Faure Gnassingbé ; celui-ci ayant déjà effectué deux mandats et usurpé un troisième, chaque fois en foulant aux pieds la vérité des urnes qui si elle avait droit de cité au Togo, l’aurait depuis 2005 évincé du pouvoir.
  • la transition politique sans un rapport de force en faveur de Faure Gnassingbé et son système militaro-civil.

2. LA CEDEAO OPTE POUR LE STATU QUO : DES RÉFORMES DE FAÇADE AVEC UN SUIVI OFFICIEL

En effet, comment comprendre que le simple refus du pouvoir Gnassingbé de faire des réformes constitutionnelles et institutionnelles acceptées par ce même pouvoir des Gnassingbé en 2006, par l’opposition de l’époque, validés par la Communauté internationale et par la CEDEAO dans le cadre de l’Accord Politique Global de 2006 s’est graduellement transformé en une colère du Peuple togolais exigeant le départ immédiat de Faure Gnassingbé avec deux ans de retard, suite à l’insurrection populaire initiée par Tikpi Atchadam le 19 août 2017.

La majorité du Peuple togolais ne conçoit pas l’avenir du Togo avec ceux-là même qui conçoive l’avenir du9 Togo sur une base de l’exclusion de ceux qui ne sont pas inféodés au pouvoir en place. Aussi, le Peuple, mal informé par son opposition d’alors, a voulu rappeler que la Constitution de 1992 ne permettait pas à Faure Gnassingbé de faire un troisième mandat. Sauf que la Constitution n’est pas une assurance tous risques. Aussi, en acceptant de faire des compromis, voire des compromissions sur un fichier électoral fallacieux excluant la Diaspora togolaise, en ne manifestant pas clairement une désapprobation des modifications unilatérales et prohibées de la Constitution de 1992, en considérant l’insurrection populaire comme un instrument de lutte à n’utiliser qu’en dernier ressort, et acceptant aussi des achats de consciences et le silence imposé par des militaires non républicains à la solde du pouvoir en place, le Peuple togolais s’est retrouvé piégé dans un vrai « faux » Dialogue. Les négociations n’étant plus possibles sauf à la marge, il fallait s’attendre à ce que les positions illégitimes du pouvoir de Faure Gnassingbé soient avalisées en douceur par la CEDEAO, et demain par une certaine Communauté internationale.

La réalité est que ce n’est pas ce que souhaitait, ni ce que souhaite le Peuple togolais et sa Diaspora plurielle et indépendante.

Alors, il ne faudra pas s’étonner que les colères étouffées du Peuple togolais et l’hypocrisie généralisée de ceux qui se sont accordés dès le début d’aller à des élections sans vérité des urnes, ne finissent par ouvrir les boites de pandore de la violence non maîtrisée et déstabilisatrice. Il faut s’attendre à des convulsions et des turbulences en perspective au Togo si la feuille de route de la CEDEAO sous présidence de Faure Gnassingbé est appliquée au Togo. Là encore, le Peuple togolais ne pourra pas être tenu pour responsable sauf peut-être d’avoir invariablement accepté que son avenir soit déterminé par ceux qui, en fait, organisent et cela systématiquement, l’avenir de Faure Gnassingbé. Que personne ne se trompe ! La CEDEAO a en fait opté pour le statu quo et ne proposent en fait que des reformes de façade. Le comité de suivi permet d’autocensurer le Peuple togolais pour qu’il « oublie » l’insurrection populaire de 19 août 2017. LA RCDTI sera aux côtés du Peuple togolais lorsqu’il aura compris la supercherie qui consiste à proposer l’avenir du Togo avec Faure Gnassingbé.

3. UN VERBIAGE DESTINE À DÉMOBILISER ET DÉSARMER LES OPPOSITIONS ?

Nul doute que le « fameux » dialogue va désormais se poursuivre, mais il convient de mettre en garde solennellement les acteurs de l’Insurrection populaire du 19 août 2017, qu’avec cette Feuille de Route, le dialogue peut durer ad vitam aeternam, à l’instar des 27 dialogues qui ont précédé celui-ci sous l’ère de la dynastie des monarques républicains Gnassingbé.

La particularité de cette Feuille de Route, c’est d’essayer sans le dire de « faire plaisir » tout le monde, car hormis deux ou trois recommandations précises, elle se contente d’égrener des généralités, ne précise rien dans le détail, ne définit aucun cadre ni contour et ne fixe aucune limite, sauf celle de l’organisation des élections législatives le 20 décembre 2018 – soit cinq jours à peine avant les fêtes de Noël.

En fait la Feuille de route de la CEDEAO ressemble davantage à l’histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein, selon l’appréciation que chacun peut porter. En clair ce texte est destiné à satisfaire toutes les parties.

Mais les chefs d’Etats de la CEDEAO signataires de ce texte, semblent avoir oublié qu’en aucun cas la résolution de la crise politique déclenchée au Togo par l’« Insurrection populaire du 19 août 2017 », ne peut se solder par un jeu à somme nulle. Ou encore, pour reprendre un terme à la mode dans les cercles économiques libéraux par un accord gagnant-gagnant qui n’est la plupart du temps qu’un leurre.

La réalité des faits, vérifiable par tous, est qu’il existe aujourd’hui un fossé incommensurable entre les ouvriers, employés et paysans du Togo et l’infime minorité qui à la tête de l’état et dans les cercles concentriques proches du pouvoir se gave chaque jour davantage en pillant la richesse de la ressource nationale.

Dans ces conditions les tenants du pouvoir verront ce verre plutôt vide car rien ne les assure qu’ils pourront demain continuer à piller et se gaver et les millions de togolais qui aspirent à améliorer leur vie, ceux de l’Insurrection populaire du 19 août 2017, le verront peu plein, car ils ne sont pas assurés avec cette Feuille de Route que les conditions seront réunies demain pour que leur vie s’améliore.

4. DES AVANCÉES EN TROMPE L’OEIL

Reste la question des acquis listés par les facilitateurs que semble contenir ce texte : la limitation à deux des mandats présidentiels et le scrutin à deux tours. Tout ceci ne dépend finalement que d’une chose essentielle c’est la question de l’honnêteté des résultats des votes donc la question centrale incontournable de la Vérité des Urnes. Sur ce point essentiel la Feuille de Route contient peu ou pas de précisions susceptibles de mettre en branle un réel processus de réformes.

Il est possible apprécier les objectifs non-dits de la Feuille de Route à l’aune de ce paragraphe : « Elle appelle, [la Commission de la CEDEAO. NDLR] par la même occasion, les acteurs politiques et la société civile de s’abstenir, en toute circonstance, des actes et propos susceptibles d’alimenter de nouvelles tensions et de compromettre les efforts en cours.»  Une manière ‘’élégante’’ de demander aux acteurs de l’« Insurrection populaire du 19 août 2017 » de rentrer à la maison pour ne pas entraver les palabres sans fin qui ne manqueront pas de s’engager.

5. LES ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE ET DE LA DIASPORA SOUS-ESTIMEES PAR LA CEDEAO

Il est également important de relever que la Feuille de Route de la CEDEAO, en ne faisant référence qu’à la C14 ignore superbement le rôle politique des organisations de la société civile et de la Diaspora dont beaucoup d’entre elles se sont impliquées dans les actions de diverse nature, menées en soutien, dans l’esprit et le cadre de l’Insurrection populaire du 19 août 2017.

La Diaspora plurielle et indépendante et les organisations de la société civile ont pourtant toute leur place et un rôle politique, économique, social et culturel à jouer dans l’élaboration des solutions à la crise et dans leur mise en œuvre le moment venu. Elles doivent donc continuer à mener le combat pour être non seulement reconnues par la CEDEAO mais également associées par la C14 à toutes les négociations à venir.

La question de leur association à toutes les initiatives qui découleront de la nouvelle situation à compter du 1er août est l’un des enjeux majeurs de la réussite du processus qui s’ouvre désormais.

6. LES PRISONNIERS POLITIQUES ABANDONNES A LEUR SORT ET LIVRES A UNE JUSTICE AUX ORDRES

Quand la Feuille de Route poursuit : « Elle exhorte les forces de sécurité à faire preuve de professionnalisme dans leur mission de maintien d’ordre, de préservation de la sécurité des biens et des personnes », les pairs de Faure Gnassingbé savent pertinemment que c’est le Ministre de la Défense en exercice Faure Gnassingbé lui-même qui donne les ordres aux forces de sécurité, qui molestent les citoyens, bastonnent, embastillent au mépris de toute procédure judiciaire.

Et quand la Feuille de Route « encourage le Gouvernement togolais à poursuivre les mesures de confiance et d’apaisement en accélérant les procédures judiciaires relatives aux personnes arrêtées lors des manifestations politiques et d’étudier la possibilité de mesures additionnelles en faveur de ces personnes. », que peut-il sortir de positif de procédures initiées par une justice aux ordres du pouvoir, en faveur de prisonniers dont le seul tort est de réclamer leur droit au respect de la Constitution de 1992 et de ce fait, rappeler pacifiquement au pouvoir autoritaire de Faure Gnassingbé, que face à un troisième mandat non conforme à ce que le peuple s’est donné comme Loi fondamentale, sa démission s’impose et cela ne peut que le faire entrer dans l’histoire de la Démocratie.

Nous sommes ici bien loin de l’apaisement recommandé par la Feuille de Route capable de dire une chose dont les faits attestent du contraire.

Faire croire que le régime politique dirigé par Faure Gnassingbé est un régime démocratique, alors que le pouvoir politique du Togo est carrément hors-normes du point de vue de la démocratie relève du leurre.

7. QUELQUES RECOMMANDATIONS INEVITABLES, MAIS L’ESSENTIEL RANGÉ AU RANG DES ACCESSOIRES !

Dans le rapport final, la position des pairs de Faure Gnassingbé s’apparente à de la provocation lorsqu’ils se « réjouissent »… « des dispositions envisagées par le Gouvernement Togolais dans la préparation, l’organisation et le déroulement d’élections transparentes, crédibles et inclusives ».

8. UNE ORGANISATION ELECTORALE EVANESCENTE

A quelle date le pouvoir des Gnassingbé a-t-il organisé au Togo des élections libres et transparentes exprimant la Vérité des Urnes ? Le Peuple togolais déplore depuis trop longtemps les listes électorales non fiables, le refus obstiné de recenser les membres de la Diaspora pour leur permettre de voter dans les meilleures conditions, pour avaliser cette assertion des chefs d’Etat de la CEDEAO et leur accorder un blanc-seing.

Quant au déploiement des observateurs électoraux l’histoire politique du Togo témoigne à profusion :

  • soit de la collusion de ceux-ci avec le pouvoir, notamment lorsque les observateurs de la CEDEAO ont avalisé en 2005 et depuis, tous les scrutins frauduleux organisés sous l’ère Faure Gnassingbé ;
  • soit que les recommandations produites dans les rapports des nombreuses  missions d’observation électorale, notamment ceux de l’Union Européenne, sont toujours restées lettre morte et n’ont jamais été prises en considération par le pouvoir.

Le Président en exercice de la Commission de la CEDEAO, l’ivoirien Jean-Claude Brou, a eu beau déclarer lors de  l’ouverture de la 53e session des Chefs d’Etat et de gouvernement que « la CEDEAO entend renforcer la culture démocratique dans l’espace communautaire conformément au Protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance, la prévention et le règlement des conflits », le résultat final des travaux transcrit dans la Feuille de Route, semble sonner aussi creux qu’une calebasse vide et classe son discours au chapitre des incantations.

Le Peuple togolais n’a pas oublié les conditions dans lesquelles Faure Gnassingbé a accédé au pouvoir en 2005. Le président du Mali Oumar Alpha Konaré qui était président de la Commission de l’Union Africaine, avait alerté ses pairs sur le manque de fiabilité de Faure Gnassingbé, autrement dit que l’on ne pouvait pas lui faire confiance dans la mesure où c’est un coup d’Etat institutionnel organisé par les officiers supérieurs des Forces armées togolaises, qui l’a porté au pouvoir. A l’époque, malgré l’avertissement de M. Oumar Alpha Konaré, malgré les 500 morts et les dizaines de milliers d’exilés, recensés dans un rapport de l’ONU et plus de 1200 morts selon d’autres sources au Togo, la CEDEAO a avalisé les résultats des élections qui ont été proclamés par la CENI. Elle a demandé à l’opposition de respecter la voie légale et présenter ses revendications par la voie de négociations. Et ce sont ces négociations qui ont conduit en août 2006 à la signature de l’Accord Politique Global (APG). Nous savons ce qu’il est advenu de l’APG foulé au pied et jamais mis en œuvre par Faure Gnassingbé malgré 27 dialogues tous neutralisés, donc infructueux et inefficaces.

Dans ces conditions, sur la base des expériences du passé, il faudra autre chose qu’une Feuille de Route aux contours très flous et imprécis, pour que la CEDEAO retrouve de la crédibilité auprès du Peuple togolais. Il faudra un véritable Programme sur l’Avenir du Togo.

9. UN COMITE DE SUIVI EN LIEU ET PLACE D’UN REGIME POLITIQUE DE TRANSITION

Quand il s’est agi de donner un contenu concret palpable qui aurait constitué une réelle avancée et permis de prendre cette Feuille de Route au sérieux, la CEDEAO n’a pas brillé par son courage, ni par sa capacité à écouter le Peuple togolais et à innover.

La Coalition des 14 partis de l’opposition, a demandé aux facilitateurs une période de transition politique chargée de mettre en œuvre les réformes idoines pour enfin organiser des élections acceptées par tous et commencer à engager le Togo sur la voie de la construction démocratique 3.

Mais dans sa feuille de route, la CEDEAO a plutôt préféré un ‘’Comité de Suivi’’ veillant à l’exécution des mesures préconisées. Le Peuple togolais connaissant bien les pratiques politiques de Faure Gnassingbé et de ses soutiens, le pouvoir RPT/UNIR et la partie non-républicaine des Forces Armées togolaises, ne se fait donc aucune illusion sur la portée d’un tel instrument.

Selon un adage bien connu « si vous voulez enterrer un problème nommez une commission… ». En remplaçant le mot Commission par celui de Comité, nous arrivons au même résultat.

Et pour paraphraser le Général de Gaulle nous pourrons dire ici « que ce n’est pas ce que pensent le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité Hippolyte », qui est important mais ce qui est « utile au Peuple togolais ».

Dans le contexte togolais, il n’est pas assuré que ce nouvel instrument à minima, soit utile aux intérêts du Peuple togolais et le syndrome du Comité Théodule guette le Comité de Suivi.

Le gouvernement de Transition serait donc remplacé en quelque sorte par ce Comité de Suivi. Mais si cet organe se veut un organe de transition, il est par nature mort-né car en aucun cas une autorité d’essence supra nationale ne peut diriger les affaires du Togo au mépris de la souveraineté nationale.

 10. QUE FAIRE ? NE PAS DESARMER ET SE RETROUVER AUTOUR D’UN PROGRAMME COMMUN SUR L’AVENIR DU TOGO !

Cette situation ne constitue pas une surprise pour le RCDTI qui a dans sa Lettre ouverte du 6 juin 2018 4 adressée à L’exécutif togolais, aux partis politiques togolais, à la société civile togolaise, à la Diaspora togolaise, à la CEDEAO, à l’Union africaine, à l’Organisation Internationale de la Francophonie, à la Communauté internationale, aux Nations Unies, à quelques dirigeants d’Etat occidentaux, amis du Togo, etc., avait anticipé la situation actuelle lorsqu’il écrivait : « Il est donc demandé à l’ensemble des récipiendaires de cette Lettre ouverte et plus particulièrement à la CEDEAO sous la présidence tournante du Président nigérian, Muhammadu Buhari et de l’Union africaine sous la présidence tournante de Paul Kagamé, d’opter pour une véritable conférence inter-togolaise qui n’exclut ni la Diaspora, ni la société civile, ni les dirigeants de certains partis politiques indépendants. Tous doivent pouvoir bénéficier d’une sécurité rapprochée et le droit d’expression et de réunion pour réussir une Conférence fondant le retour de la confiance au Togo. »

Ainsi le Peuple togolais qui majoritairement aspire à la transformation en profondeur et durable de la société togolaise est véritablement à la croisée des chemins.

La Feuille de Route de la CEDEAO ne manifeste pas un élan notoire allant dans le sens de la satisfaction des revendications posées par le Peuple togolais depuis un an. La coalition C14 qui a négocié seule cette Feuille de Route n’a pas davantage de raisons d’être réellement satisfaite par le résultat obtenu.

Ainsi, par souci de clarté il ne faut pas craindre de désigner les choses par leur nom : la Feuille de Route de la CEDEAO est :

  • un aveu d’échec de la CEDEAO, à moins de considérer que la CEDEAO ne pouvait frontalement s’opposer à Faure Gnassingbé, le président en exercice en partance ;
  • un véritable échec pour le Peuple togolais qui n’entrevoit pas dans les propositions la satisfaction de ses revendications ;
  • un aveu d’échec pour la Coalition C14 qui s’est posée de manière unilatérale comme seule interlocutrice de la CEDEAO et des facilitateurs en écartant les organisations de la société civile et de la diaspora.

RCDTI recommande donc au Peuple togolais de ne pas se démobiliser et au, contraire de redoubler d’ardeur pour convaincre encore plus de citoyens de reprendre le combat pour la liberté et la démocratie. La mobilisation doit se faire dans toutes les villes et dans le moindre village du Togo, partout au plus près des populations.

Dans cette mobilisation le rôle de la jeunesse du Togo est crucial. Les organisations de la société civile, ont à ce titre un rôle éminent à jouer pour mobiliser le plus grand nombre de jeunes togolais et togolaises.

11. RECOMMANDATIONS EN VUE DU RETOUR À LA MOBILISATION PACIFIQUE

Le Peuple togolais ne peut se laisser endormir par ceux qui parlent en son nom. Aussi, ce peuple doit prendre conscience que sa seule arme est bien l’insurrection populaire.  En aucun cas, il ne faut stopper les marches pacifiques. Il s’agit d’un marathon démocratique.

Les responsables de la Coalition des 14 partis politiques, la Diaspora plurielle et indépendante, la société civile togolaise, les partis politiques non membres de la Coalition des 14 partis politiques doivent s’engager sur ce point. Ceux qui ont stoppé les marches, même temporairement, seront complices de futures élections frauduleuses et auront à nouveau légitimé le pouvoir de Faure Gnassingbé.

Aussi, chacun doit se déterminer et organiser les prochaines marches sur le thème d’une remobilisation du Peuple togolais autour d’un programme commun pour l’avenir du Togo. Cela ouvrira la porte à un vaste Mouvement pour l’Avenir du Togo.

 Aussi, pour y parvenir, il faudra améliorer le rapport de force en faveur du Peuple togolais.

  • La C14 par la voix de sa coordinatrice, Mme Brigitte Kafui ADJAMAGBO-JOHNSON, a déclaré avoir fait aux facilitateurs désignés par la CEDEAO, des propositions très détaillées au sujet de la transition politique. Puisque la CEDEAO n’a pas jugé utile de s’engager dans la voie d’une transition politique, qui est pourtant l’option possible et viable, il est nécessaire par souci de clarté de rendre publiques ces propositions détaillées, pour le renforcement de la lutte qui doit désormais s’engager et pour renforcer et amplifier l’Insurrection populaire du 19 août 2017. En effet, il s’agit de pouvoir améliorer le rapport de force en faveur du Peuple togolais.
  • En faisant une distinction entre gouvernement transition et un gouvernement d’union nationale l’avenir du Togo ne peut s’écrire avec Faure Gnassingbé. Aussi, toute transition sérieuse devrait permettre à un chef de gouvernement, ce pour une durée limitée en référence à la Constitution de 1992, de mettre en œuvre des réformes constitutionnelles, institutionnelles, électorales et de vérité des urnes et de comptes publics afin d’assurer non seulement une alternance, mais une démocratie, la vraie au Togo.
  • La nomination d’un gouvernement de transition, implique de facto la nomination d’un Ministre de la Défense à part entière autre que le Président de la République qui exerce actuellement cette fonction.
  • Dans ce cadre il est impératif de s’atteler à offrir un programme commun pour l’avenir du Togo dont un volet sera consacré à la période transitoire. C’est en partie la tâche à laquelle s’emploie actuellement le RCDTI, comme suite à la lettre ouverte de RCDTI du 6 juin 2018.
  • RCDTI réitère la proposition contenue dans sa Lettre ouverte et appelle toutes les bonnes volontés qui s’affichent indépendantes du pouvoir de Faure Gnassingbé, à venir contribuer à son élaboration.
  • RCDTI rappelle que même la CEDEAO a été touchée par un esprit d’amnésie en oubliant les élections locales systématiquement « oubliées » par le pouvoir cinquantenaire des Gnassingbé fondé sur le soutien de la partie non républicaine de l’armée togolaise.
  • Refuser de s’engager dans la préparation des élections législatives et locales tant que les réformes susceptibles d’en assurer la transparence et la régularité n’auront pas été abouties et les moyens d’assurer la transparence des scrutins intégralement mis en place ; le comité de suivi de la CEDEAO pourra alors constater si les avancées qui n’ont pas eu lieu depuis l’Accord politique global de 2006 le seront dans les mois qui suivent ;
  • RCDTI exige un recensement complet de la population car, ce n’est pas seulement la Diaspora, mais aussi de nombreuses personnes en zones rurales et péri-urbaines qui n’ont pas été enregistrées lors du précédent recensement. Il ne s’agit donc pas d’un toilettage du « fichier électoral » déjà concocté par une société belge sensée « préparer » une partie des résultats des élections à venir ; Aussi, le fichier électoral devra être publié au moins 3 mois avant toutes élections afin de permettre au pouvoir en place de ne pas éliminer d’honorables citoyens et empêcher les recours juridiques de s’opérer.
  • Enfin, Il est demandé à Faure Gnassingbé de publiquement s’engager à publier les résultats du recensement, du fichier électoral comprenant la Diaspora et permettre à une justice indépendante de réintégrer les Togolais et Togolaises entièrement à part du fait du pouvoir en place.

Au final, la Feuille de Route de la CEDEAO pose en fait plus de problèmes qu’elle était pourtant sensée résoudre. Ce que la CEDEAO a refusé d’acter dans la clarté, il nous appartient, la partie indépendante du Peuple togolais et ce collectivement, de le réaliser par nous-mêmes et de permettre des adhésions sur le futur que chacun souhaite avoir au Togo. Pour ce faire, il faudra corriger les erreurs stratégiques passées et revoir la composition du C14 vers un élargissement et un mode décisionnel élargi et démocratique.

Il est impératif que la résistance patriotique et populaire s’organise désormais de manière encore plus large et dynamique pour organiser l’avenir du Togo sans ceux qui ont organisé un Togo sans avenir, notamment pour les jeunes ! RCDTI.

3 août 2018

Dr Yves Ekoué AMAÏZO

François FABREGAT

Direction du Comité de rédaction

Réseau de Coordination de la Diaspora Togolaise Indépendante (RCDTI)

Contact : info@cvu-togo-diaspora.org

© RCDTI & CVU-TOGO-DIASPORA

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