Sep 012013
 

Africa-Globe-gold-Coins-610x2501er septembre 2013

Après avoir fait le deuil des 50 années (1963-2013) de la postcolonie, les dirigeants africains pris collectivement ont fini par constater qu’ils avaient peut-être réussi une décolonisation politique, mais certainement pas une décolonisation économique. Alors, l’économie retrouve une certaine priorité mais pas nécessairement au service des populations africaines. Le problème est que cela s’inscrit dans une pensée unique venue d’en haut. La société civile africaine ne peut encore demeurer absente

  1  lorsqu’il s’agit de tracer les stratégies 2013-2063 comme cela fut le cas lors du cinquantenaire passé, 1963-2013.

1.    Afrique : croissance sans emplois

La Commission de l’Union africaine (CUA) qui fonctionne comme le secrétariat des dirigeants africains avec un budget africain lilliputien en rapport aux apports des pays donateurs, a fini par constater, sans le publier, que le bilan des 50 années de la gestion passée est peu glorieux. Les conclusions d’un tel bilan supposent de désigner des responsables, voire de traduire certains à titre posthume devant le tribunal universel, lequel ne peut manquer de condamner les abus de droits entretenus par une oligarchie clientéliste jouant sur le contrôle du maillage décisionnel africain grâce à un système tribaliste et militaire aux ordres d’étrangers aux intérêts bien compris.

Au-delà des progrès ici et là, le bilan du cinquantenaire africain est mitigé du fait d’une gouvernance non agile et conservatrice des dirigeants africains préoccupés par leur notabilité et moins par le bien-être de leur population respective. Cette Afrique collective des chefs d’Etat est maintenant dopée par la dernière décennie de croissance économique continue et stable de 4,9 % du produit intérieur brut entre 2000 et 2013 en Afrique 2. Cette Afrique-là empêche l’autre Afrique, celle des peuples, de s’organiser collectivement. Qui peut croire qu’un Chef d’Etat africain peut devenir un frein au développement des Africains, voire au développement de l’unité des Africains ? Personne ! Pourtant c’est souvent la dure réalité, la vraie, surtout qu’il n’est pas tout seul mais se retrouve à la tête d’un système que la démocratie importée des Occidentaux ne fait qu’accommoder en entérinant les contre-vérités des urnes.

Malgré cela, les deux dernières décennies de croissance économique n’ont pas résulté en des créations d’emplois décents. Oui, il faut le dire. Alors que la croissance économique de l’Afrique subsaharienne est passée d’une moyenne de 2,8 % entre 1981-1990 à 5,3 % entre 2010-2012, le niveau de croissance de la création d’emplois a même reculé pour les mêmes périodes passant de 2,9 % à 2,8 % 3. Manifestement, l’emploi ne fut pas la priorité dans la Gouvernance collective des dirigeants africains. Ce n’est pas une priorité qui pourrait se déstabiliser à court terme car cela peut être réprimé avec les armées, les services de sécurité et les gardes rapprochées. Avec des statistiques de croissance économique dans le vert, l’Afrique n’a pas créé d’emplois, ni n’a réduit son chômage, au contraire. Le niveau de l’économie informelle demeure très élevé dans l’économie africaine avec 37,6 % en 2012 en Afrique subsaharienne et 27,3 % en Afrique du nord et Moyen-Orient 4. L’économie de l’informel, ce sont des multitudes d’entrepreneurs et de micro-entrepreneurs, féminins et masculins, qui fuient le secteur formel, celui des agents de l’Etat « ponctionneurs » des efforts accomplis sans leur contribution. Pour réussir le passage de l’informel au formel, il faut d’abord stopper l’usurpation des fruits de la croissance produits par le secteur informel en Afrique.

En réalité, malgré les grandes incantations et les effets de manche dans les forums ici et là, les dirigeants africains sont d’abord préoccupés de conserver le pouvoir par la force et le clientélisme. Cette vision ne semble pas véritablement avoir changé dans l’Agenda 2063 5. Elle est sous-entendue. Ce n’est qu’accessoirement que ces dirigeants africains pris collectivement démontrent leur capacité à gérer efficacement les ressources nouvelles qu’ils tirent de la diversification de leur économie et du commerce grandissant avec les pays émergents. En effet, s’il fallait attendre les partenaires traditionnels de l’Afrique, souvent des ex-colonisateurs, le nouvel cinquantenaire 2013-2063 ressemblerait à celui qui vient de passer, 1963-2063. Chacun est d’accord pour que cela ne se reproduise pas. Alors chacun s’évertue à croire que l’Afrique n’avait pas de plan ou d’agenda. Faut-il rappeler que le plan d’action de Lagos de 1980 approuvé par tous les ministres africains du Plan n’a jamais été financé par les ministres africains de l’économie et des finances ? Que dire des nombreuses autres approches qui lui ont succédé et qui sont passées de la vision globale à une vision sectorielle, voire d’exécution de projets au cas par cas… La réalité est que ces plans et programmes manquent cruellement de financements africains pour devenir opérationnels (voir encadré). Les dirigeants africains ne se bousculent pas pour les mettre en œuvre.

Exemples de plan et programmes africains souffrant de financement

  1. Plan d’action de Lagos : non financé par les Ministres africains des finances et remplacé par le rapport BERG de la Banque mondiale (précurseur des Plans d’ajustement structurel (PAS)
  2. Traité d’Abuja : Communauté économique africaine et Communautés Economiques régionales
  3. NEPAD : Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (avec l’approche par l’évaluation des pairs)
  4. CAADP – Plan d’action pour le développement industriel accéléré de l’Afrique
  5. PMI : Programme minimum d’intégration
  6. PIDA : Programme de Développement des Infrastructures en Afrique
  7. ID3A : Initiative pour le Développement de l’Agrobusiness et des Agro-industries en Afrique
  8. PDDAA : Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine

2.    Afrique : croissance avec inégalités

Mais attention, après l’engouement et l’illusion que la Chine va venir développer l’Afrique à la place des Africains, la défense des intérêts nationaux de chacun des pays émergents commence à se faire sentir. Dans certains secteurs comme le textile, l’habillement et les chaussures, il devient de moins en moins intéressant d’investir, de produire et surtout de rester en Chine car les conditions peu transparentes de l’environnement des affaires et la montée rapide des salaires et du pouvoir d’achat des travailleurs ne rendent plus cette destination nécessairement compétitive. L’Afrique demeure donc la dernière frontière…  pour investir… Mais quel investissement ? Des usines polluantes avec aucune efficience énergétique, sans compter le bruit et la course vers le bas pour les salaires sous prétexte que les dirigeants africains acceptent que l’investisseur étranger paye un travailleur africain entre 40 Euros (26 200 FCFA) et 70 Euros (45 850 FCFA) par mois pour 45 heures de travail… alors que le coût mensuel du prix du loyer pour une famille de deux adultes et deux enfants commence justement à 40 Euros, ce sans aucun confort ? Il suffit pourtant que les dirigeants africains acceptent que les investissements se fassent sous le sceau des conditions secrètes ou dans les zones franches ou industrielles africaines comme en Ethiopie ou au Togo pour que cette Afrique, centre des bas salaires, de la pénibilité et de la précarité se mette en place d’ici 2063.

Dès lors, faut-il croire que l’industrialisation de l’Afrique ne pourra se faire que par défaut ? Assurément pas car la soif de la souveraineté économique est ancrée dans les subconscients et finira bien par rejaillir tôt ou tard au niveau des décideurs africains conscients.

Sur un autre plan et pour fuir une fiscalité et des coûts de salaires en augmentation dans les pays émergents, les investisseurs étrangers ont passé leur temps à bouder l’Afrique, sauf pour venir y ponctionner les matières premières sans les transformer sur place. La valeur ajoutée manufacturière s’élevait en 2011 à 100 milliards de $US en Afrique subsaharienne, soit 11 % du PIB contre 2 183 milliards de $US dans la région Asie est et pacifique, soit 29 % du PIB. Cela signifie que les dirigeants africains ont donné la priorité à la facilité, c’est-à-dire exporter les produis non-transformés vers et avec ceux qui payent mieux que les partenaires traditionnels et ne posent pas de problème sur la qualité, le respect des droits humains, les libertés individuelles et collectives et le droit à l’autodétermination des peuples. Tout ceci nourrit les inégalités que taisent tous les rapports diligentés pour appréhender le bilan des dirigeants africains sur ce sujet. Le bilan est plus que lourd. Il pèse !

3.    Fatalité : entre religion et démocratie de la honte

Quant à la croissance des inégalités, il semble que les dirigeants l’ont rangé depuis des générations au placard de la fatalité. Il suffit pour cela de financer et laisser pulluler les sectes et autres nettoyeurs de prise de conscience en Afrique. Les religions séculaires sont même appelées au secours de ces dirigeants africains grâce à des décisions de Cours constitutionnelles sur proposition des présidents des commissions électorales nationales indépendantes qui valident des contre-vérités des urnes quelles que soient les élections. D’autres ont choisi de s’appuyer sur certains dirigeants de mosquées dont les financements généreux par des Wahhabites et des réseaux proches d’Al Qaïda pourraient faire croire à une volonté de couper l’Afrique entre musulmans et non musulmans. En effet, les prêches tolérés dans certaines mosquées relèvent du lavage des cerveaux et de l’abrutissement au point que certains Africains finissent par lire le Coran sans en comprendre l’essence quand il ne s’agit pas des déclinaisons non pacifiques héritées de l’ignorance ou de la manipulation par des forces antimusulmanes.

Qui est-ce qui a dit que la religion est devenue l’opium du peuple en Afrique ? Les mêmes qui contribuent à déformer la réalité de ce texte de l’allemand Karl Marx. En réalité, voici ce qu’il a exactement dit en 1853 6 et qui s’applique à l’Afrique des cinquante ans d’avant 2013 : « La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple » 7.

Face à la misère abjecte qui ne semble pas effleurer de nombreux dirigeants africains, publics comme privés, pour l’essentiel membres des cercles clientélistes du pouvoir, la réponse du peuple africain est restée introvertie et mais demeure sans appel. Il n’y a pas de misère religieuse en Afrique car ce peuple, premier devant Dieu, a horreur de la guerre et de l’agression gratuite. Avec le besoin de préservation des pouvoirs et biens mal acquis, la religion est devenue un palliatif, tant les dirigeants l’ont instrumentalisé pour mieux faire accepter les injustices, les atteintes aux droits humains, les inégalités, bref, des conditions insupportables ailleurs. Mais alors qu’a proposé Karl Marx en 1853 face aux dirigeants allemands de l’époque qu’il a dû fuir pour se réfugier en Angleterre, rien moins que la publicité et la danse. Marx rappelait ceci « Il faut rendre l’oppression réelle plus dure encore en y ajoutant la conscience de l’oppression, et rendre la honte plus honteuse encore, en la livrant à la publicité… il faut les forcer à danser, en leur faisant entendre leur propre mélodie !… » 8. Chacun comprend pourquoi en Afrique les médias et de nombreux journalistes font l’objet de contrôle ou de censures violentes et brutales. Pourtant, c’est la montée en puissance de la démocratie de la honte qui fondera le succès de l’Afrique de 2063.

La religion, en Afrique comme ailleurs, apparaît comme une échappatoire qu’il ne faut pas confondre avec le culte à Dieu, culte qui ne peut passer par la lignée d’Aaron car il n’est pas un ancêtre des Africains. Les dirigeants formant l’Union africaine devraient plutôt se pencher sur les causes de la misère réelle de plus de 70 % des Africains et identifier, s’ils en ont le courage, les vraies responsabilités des chefs d’Etat successifs au cours du cinquantenaire passé et accepter de dé-centraliser les pouvoirs. C’est au niveau local ou de la Diaspora que les innovations culturelles et économiques émergent. Personne ne peut attendre de les voir avaliser par des pouvoirs centraux conservateurs, et souvent hostiles à l’innovation.

4.    2063 : l’Afrique sans des africains propriétaires

Les dirigeants africains pris collectivement devraient revoir leur vision stratégique car les solutions de facilité fondées sur la sous-traitance et l’exportation sans transformation locale des richesses locales apportent du cash mais ne créent pas de valeurs ajoutées, encore moins de dignité humaine. Les dirigeants africains humilient l’honneur des populations africains dès lors qu’ils ne réinvestissent pas les richesses pour améliorer le bien-être des Africains et de ceux qui vivent en Afrique, ou pour l’Afrique. En réalité, un tel système remet les dirigeants africains au centre du transfert d’argent, et renforce du coup, le clientélisme, la corruption et le manque de transparence. Les partenaires traditionnels des chefs d’Etat africains l’ont compris et au lieu de le dénoncer énergiquement, se contente d’en parler et d’avaliser les coups de coupe-coupe contre la démocratie pour mieux retrouver les contrats perdus au profit des pays émergents. Cette hypocrisie, si elle devait perdurer jusqu’en 2063, risque de faire déchanter de nombreux Africains qui dans 50 ans se retrouveraient privés de ce qu’ils ou elles ont de plus précieux : la propriété de l’Afrique.

Mais avec une Afrique où la corruption demeure un sport national et l’impunité une seconde nature, il n’est pas sûr qu’investir en Afrique en quittant les pays émergents soit nécessairement rentable à long terme surtout s’il faut transformer en Afrique les matières premières africaines dont les termes de l’échange se sont améliorés substantiellement. Le problème est que de nombreux dirigeants africains ont une compréhension erronée de l’économie au service des citoyens du fait d’une perception biaisée à force d’apprendre par cœur sans en comprendre les agendas cachés, le Consensus de Washington.

5.    Le secteur privé : éviter la rétrogression

La société civile africaine perçoit l’Etat comme celui qui continue de tout régenter et de tout ponctionner sauf exception. Le secteur privé ne peut fonctionner que s’il fait allégeance et rétribue, si possible substantiellement, les acteurs de l’Etat qui ont contribué à sa prospérité. Dans ces conditions, comment est-ce que le secteur privé, qui est sur toutes les langues et promu dans toutes les conférences africaines, peut réussir sur le moyen et long-terme. L’environnement des affaires, l’environnement juridique et des contrats sont aux mains de ceux qui sont juge et parti. Quelle prévisibilité pour ceux qui osent être indépendants de l’Etat africain ?

Aussi, si le schéma actuel du « pôle de croissance mondial » est suivi, le secteur privé africain risque de n’être qu’un sous-traitant d’entreprises transnationales privées qui trouvent là l’occasion rêvée d’être invisible tout en ponctionnant, avec et grâce aux Africains eux-mêmes, les ressources importantes du continent. Il n’y a pas un village africain où l’on ne connaisse pas la boisson « coca-cola »… pourtant la kola est un fruit africain et le coca une herbe d’Amérique latine. Pour mieux empêcher les boissons locales naturelles et sans danger pour la santé d’être produites et distribuées, il suffit que le marketing rentre en action en faisant précéder un soda rempli de gaz carbonique des mots magiques qui parlent aux Africains (Afri-cola) ou au monde islamique (Mecca-cola)… bref, avec le marketing ethnique, il faut croire que le préfixe à la « kola » devient la potion magique qui permet de retrouver l’authenticité pour un Africain ou la boisson qu’il faut boire pour « rencontrer » le prophète en personne… Pourtant le jus naturel d’ananas ou de grenadine n’a jamais fait de mal à personne et permettrait dans le cadre d’agglomérations de compétences de créer de nombreux emplois dans les nombreuses zones rurales africaines.

Le dilemme pour l’industrialisation africaine de 2063, c’est-à-dire la transformation en Afrique des richesses du sol, du sous-sol, de la mer et de l’air, est de savoir si les emplois créés se feront en Afrique et pour les Africains. Et ça, la plupart des multinationales qui ont plumé l’Afrique par le passé ne sont prêtes à l’accepter que si les dirigeants africains signent, sans se soucier de 2063, les double-contrats léonins et secrets permettant d’inscrire en gros et en gras : les rétrocommissions versées et de redéfinir la compétition en Afrique comme la course vers le bas des salaires. Autrement dit, tant que les dirigeants africains et leur clientèle se sucrent (canne à sucre ou pas), le peuple peut continuer à être payer au lance-pierre, c’est cela la flexibilité. Mais est-ce cela la compétitivité ? Est-ce cela l’Afrique qui veut devenir le pôle de croissance mondiale en 2063 9. Quels sont-ils ces dirigeants africains qui souscrivent à un tel projet machiavélique pour l’humanité ? S’il faut attendre 2063, alors il est possible que l’essentiel de la propriété actuelle des Africains passent aux mains de ceux qui auront signé ou fait signer ces transferts de propriété à l’insu des populations, lesquelles croient que la propriété est encore collective en Afrique alors que l’Etat se l’ait appropriée et la vend, quand elle n’est pas transmise gratuitement à ses affidés pour bons et loyaux services rendus. Il faut imaginer l’Afrique de 2063 avec tous les agriculteurs africains devenus des serfs face à des seigneurs du pouvoir central… Progrès ou rétrogression ?

6.    Les Dirigeants africains : entre alignement et autodétermination

Alors la question est de savoir : Les dirigeants africains sont-ils des rêveurs ? Car pour devenir le pôle de croissance mondial en 2063, il faut non seulement assurer la continuité d’une croissance soutenue, mais il faut surtout créer des emplois décents en Afrique à partir des ressources du continent. Mais cela ne peut se faire si l’innovation, la technologie, la productivité et la savoir pratique et l’apport des Diasporas africaines sont considérés comme quantités négligeables. En réalité, les dirigeants africains ne comprennent pas que ce sont ces salaires décents distribués qui permettent de soutenir le pouvoir d’achat, et donc l’épargne, l’investissement et  la consommation qui à son tour permet à l’industrialisation de contribuer à cette croissance inclusive qui est devenue le mot magique dans la bouche de tous les dirigeants africains. Pourtant l’émergence africaine pour 2020 comme l’assure le Président ivoirien actuel 10 n’est pas possible avec des économies complètement sous-traitées au niveau décisionnel à des acteurs non-Africains. En effet, de nombreuses présidences africaines sont bourrées de conseillers occidentaux dont certains des repris de justice et des trafiquants de tous genres quand il ne s’agit pas de porteurs de valises de la Françafrique.

Mais dès lors que des conseillers chinois investissent les centres décisionnels comme dans certains pays où les présidents sont poursuivis par la Cour pénale internationale qui ne condamnent principalement que des Africains, alors en catimini, l’on crie au scandale dans les chancelleries occidentales. La réalité est qu’à force de refuser la vérité des urnes et donc l’alternance politique sur des bases de transparence électorale en Afrique, les pays occidentaux dont les entreprises multinationales contrôlent encore l’essentiel de l’économie africaine, se rendent compte qu’ils ne pourront pas tenir ce rythme jusqu’en 2063. Alors, il faut conserver ceux qui travaillent pour les intérêts de ces entreprises occidentales, par ailleurs grand fournisseur d’argent pour les partis politiques en Occident. Cela vaut le coup alors de fermer l’œil, que dis-je, les deux yeux, sur la contrevérité des urnes en République démocratique du Congo, au Togo, au Zimbabwe, et dans tous les pays où au cours du cinquantenaire passé, certains militaires et certains dirigeants africains se sont comportés pour l’essentiel comme des forces structurées et des agents déconcentrés des accords de maintien des intérêts des pays vivant sur les richesses africaines. Mais, peuvent-ils réussir encore cet exploit entre 2013 et 2063 ? That is the question !

Les dirigeants les plus pressés de conserver leur pouvoir ad aeternam sont aussi souvent ceux-là qui n’ont pas trouvé la moindre solution convaincante pour soutenir les entrepreneurs afin de résorber le chômage durablement et réduire les inégalités par la création de richesses dans leur pays respectif. L’amoralité consiste à laisser les populations sombrer dans la gestion du fatalisme et moins des erreurs de gouvernance stratégique qui pointent les responsabilités.

7.    Agenda 2063 sans la société civile africaine ?

Alors pour éviter de toucher le fond du problème africain qui passe par le bilan de la mauvaise gouvernance collective des 50 années passées, les chefs d’Etat se rangent derrière l’Agenda de l’Afrique 2063 qui a pour objet d’offrir une vision positive d’une Afrique du futur. Mais c’est que la gouvernance des dirigeants africains est souvent basée sur la gouvernance du futur. On promet, on ne fait jamais le bilan et on avance… Est-ce que c’est comme cela que les dirigeants africains pourront collectivement contribuer à relever les nouveaux défis en matière de croissance économique, de création d’emplois, d’amélioration du pouvoir d’achat des citoyens-contribuables africains en acceptant de mettre en place une véritable politique d’incitation des réinvestissements des profits générés par la hausse des matières premières ponctionnés sur le continent. Il n’est pas éthique de considérer que les fruits de la croissance ne profitent pas aux populations africaines sous la forme de l’industrialisation, de l’emploi décent et d’un pouvoir d’achat acceptable pour améliorer le bien-être.

Alors faire croire qu’une vision unitaire africaine dénommée « Agenda 2063 » va conduire à un développement durable alors que la plupart des dirigeants africains n’affectent presque rien pour défendre l’écologie et l’environnement, lutter contre la course vers les salaires bas et le chômage et les inégalités est un leurre. L’Agenda 2063 n’est pas l’Agenda des populations africaines. C’est l’Agenda des dirigeants africains qui tentent de le faire avaliser par les grandes institutions africaines comme la Banque africaine de développement (BAD), la Commission de l’Union africaine (CUA) et Commission économique pour l’Afrique (CEA), ainsi que les commissions économiques régionales (CER) où la loi du silence sur les inégalités criardes fait office d’obligation de réserve ou de diplomatie des « en-haut d’en haut ». Mais plus grave, c’est la pensée unique qui se profile derrière cette approche commune des grandes institutions africaines qui pose problème. Il faut non seulement obtenir une forme d’appropriation des populations, si les propositions ne peuvent provenir de la société civile africaine.

Positivons alors… Si l’Agenda 2063 a pour objet d’utiliser les ressources tirées de la croissance économique africaine future pour :

  • financer l’infrastructure ;
  • améliorer le niveau de l’alimentation et du logement ;
  • limiter les injustices ;
  • soutenir l’entrepreneuriat en mettant des facilités d’accès au crédit ;
  • ouvrir les frontières pour permettre à l’intégration régionale de devenir une réalité sur le terrain ; et
  • anticiper les effets des changements climatiques sur l’augmentation de la pénibilité des populations vivant dans les zones rurales ;

alors oui, il faut défendre cet Agenda Afrique 2063. Mais voilà, il n’y a pas de consensus sur les transferts des budgets dans le cadre d’une subsidiarité concertée entre dirigeants africains 11. Autrement dit, les dirigeants africains font emble de mettre la charrue avant les bœufs. D’abord la palabre, le show, puis le rayonnement médiatique, mais pour mettre l’argent à poche, ils et elles brillent par leur absence.

8.    Décentraliser les décisions au niveau local

Alors, on nous parle des financements innovants qui se résument souvent à des taxes ou une main mise sur le transfert d’argent de la Diaspora. Mais, il faut être clair. Si les Africains ne financent pas eux-mêmes leur propre Agenda 2063, qui va le faire à leur place sans chercher à les rendre dépendants économiquement ? C’est cette drôle de conception du développement qui demeure la pensée unique en Afrique ! N’est-ce pas ce que l’illustre historien africain Joseph Ki-Zerbo expliquait en rappelant que trop d’Africains aiment dormir sur la « natte des autres 12 » ? Alors, au lieu de continuer à dépenser des sommes importantes sans d’ailleurs payer les experts, l’Union africaine gagnerait à prendre son courage à deux mains et demander à tous les chefs d’Etat africains qui soutiennent et croient en cet Agenda 2063 :

  • d’annoncer publiquement leur contribution financière ; et
  • d’afficher les montants effectivement déboursés ainsi que les engagements annoncés.

Il serait d’ailleurs bon que les dirigeants africains puissent faire leur « autocritique » en offrant un mini-audit officiel sur la gouvernance économique et politique menée au cours de 1963-2013 afin de s’assurer que cette gouvernance du passée ne se répètera pas entre 2013-2063.

Il n’y a aucune chance de profiter des opportunités nouvelles qui s’offrent à l’Afrique de manière pérenne sans changement de paradigme. Pour ce faire, l’UA devrait s’intéresser si cette institution sera toujours non-démocratique en 2063. Il urge aussi que les montants des fonds envoyés par les Etats africains servent moins au fonctionnement de l’institution et plus à la réalisation de ses programmes au service des populations. Aussi, l’Union africaine doit nécessairement aller vers la décentralisation au niveau sous-régional des décisions si la démocratisation est choisie comme agenda pour 2063. En effet, les communautés économiques régionales ne sont pas des exemples de démocraties. Mais pour certaines, l’affectation directe d’un budget national vers la CER permet de mieux organiser les activités de l’institution sous-régionale, ce qui est le cas pour la communauté économique et développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Par ailleurs, continuer à taxer les billets d’avion ou autres activités impliquant les échanges et la logistique, c’est en filigrane augmenter le prix final des importations africaines.

Bref, sans argent, la transformation programmée de l’Afrique d’ici 2063 ne pourra pas se faire sans un nouveau rôle confié au secteur privé africain et international, dès lors que ce secteur privé s’engage dans la voie d’une responsabilité sociale de l’entrepreneur et de penser capacités productives, création d’emplois, pouvoir d’achat et diminution des inégalités en Afrique. Ce n’est qu’à cette condition que la Vision de l’Afrique en 2063 peut tirer parti de l’effet de levier de la croissance économique retrouvée et « opérationnaliser » la vision :

  • d’un continent intégré ;
  • d’une prospérité inclusive ;
  • d’une Afrique, pôle du pacifisme.

9. Afrique, Pôle de création d’emplois et de réduction des inégalités

La palabre africaine intelligente doit retrouver ses lettres de noblesse et conduire à limiter l’autocensure des Africains qui bloque la mise en œuvre des alternatives 13. Le changement de paradigme doit d’abord être culturel car les faux modèles de « rattrapage » encore ancrés dans la tête des dirigeants africains donnent la priorité aux intérêts étrangers sur les intérêts des populations africaines, surtout les moins influentes.

Aussi, les dirigeants africains doivent cesser de rêver à une Afrique du futur comme pôle de croissance mondiale mais de s’organiser collectivement avec un budget africain pris sur des ponctions des matières premières exportées, pour soutenir la Commission de l’Union africaine sous la Présidence de Mme Dr Nkosazana Dlamini-Zuma, qui ne demande qu’à opérationnaliser l’Agenda Afrique 2063. Elle doit néanmoins accepter, à la différence de ces prédécesseurs, d’être interpellée par la Diaspora africaine, qui ne renonce jamais à poser la question qui remet tout en cause alors que les Chefs d’Etat africains croient leur affaire entendue, dès lors qu’ils ne financent la Commission de l’Union africaine que pour les encenser.

La fierté et la noblesse de l’Afrique en 2063 est d’afficher les progrès réalisés en matière de création d’emplois et de réduction des inégalités. C’est en cela que l’Afrique deviendra un pôle de création de bien-être, ce que les Etats-Unis ont du mal à réaliser malgré les richesses et la puissance militaire. YEA.

© www.afrocentricity.info

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  Un commentaire à “AGENDA 2063 ET EMERGENGE AFRICAINE : Créer des emplois et réduire les inégalités”

  1. […] International Ancien Ministre de l’Economie et des Finances du Bénin Lire aussi : http://afrocentricity.info/editorial/agenda-2063-emergenge-africaine-creer-emplois-reduire-les-inega… et […]

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