Feb 122017
 

FSA-fenetre sur l afrique– Fermeture de TV LCF et City FM
– Torture d’un journaliste de L’Alternative par des forces de l’ordre togolais.

Débat Citoyen: Rubrique Edua Be Gbe, La Voix du Peuple
Thème: Après l’alternance au Burkina Faso et tout récemment en Gambie, Faure Gnassingbé reste le seul dictateur dans la sous région ouest-africaine.
Prépare-t-il son 4ème mandat?
L’opposition togolaise réussira-t-elle à s’organiser pour une unicité d’actions devant aboutir à l’alternance?
Les réformes politiques sont elles la panacée au mal togolais?
Autant d’interrogations auxquelles les togolais doivent trouver une solution y compris ceux de la diaspora

Invités :
1- M. Robert Avotor, Journaliste de la presse “L’Alternative”, depuis Lomé;
2- M. Carlos Ketohou, Directeur du journal “Indépendant Express”, Président du Patronat de la Presse Togolaise, PPT, depuis Lomé;
3- M.François Fabregat, Directeur du site d’information CVU Diaspora, membre du Collectif pour la Vérité des Urnes, depuis la France;
4- M. Nicodème Habia, Président du parti politique Les Démocratiques, depuis les USA;
5- M. Afery Johnson, Blogueur, Activiste Togolais dans la diaspora, depuis les USA;
6- M. Kouassi Klussè, Activiste Togolais dans la diaspora, depuis les USA

Interview François FABREGAT

Directeur de la Communication de CVU TOGO DIASPORA

Sylvain AMOS : M. Pitang Tchalla, président de la Haute Autorité de l’Audiovisuel, HAAC a fermé le 05 février dernier au Togo deux médias notamment LCF et City FM. Selon la HAAC ces médias ne sont pas en règle.

Mais Il y aurait un cas de fait et un de droit: les organes existent depuis 9 ans dit-on, c’est un fait. En droit, il parait que la HAAC n’est pas habileté à décider de la fermeture d’un média. Quelle est votre réaction et votre lecture sur la fermeture de LCF et City FM?

François FABREGAT :Ma première pensée c’est qu’au-delà des « bisbilles » entre gens de la caste, les premières victimes vers lesquelles on doit d’abord se manifester la solidarité, ce sont 80 confrères employés par le groupe Sud-Media dans ses deux organes de presse, qui pointent aujourd’hui au chômage forcé. C’est d’abord le drame social qu’il faut considérer.

Avant d‘être une question de droit c’est une question politique. Qui a pris la décision de manière unilatérale et sans consulter les membres de la HAAC ?

Il s’agit d’un vieux routier de la politique Togolaise  Pitang TCHALLA,  cet homme a toujours gravité dans les cercles du pouvoir au Togo, particulièrement dans l’audiovisuel où il a effectué à des fonctions diverses toute sa carrière. Après avoir dirigé la télévision publique il devint Ministre de la Communication sous la présidence de GNASSINGBE EYADEMA. Puis, après avoir bien servi le Père, sert le fils et devient conseiller à la présidence, jusqu’à sa nomination comme président de la HAAC selon le décret signé par Faure GNASSINGBE le 26 mai 2016. 

A partir du moment où Pitang TCHALLA est arrivé à la tête de la HAAC on l’a vu s’agiter. Particulièrement depuis l’automne 2016, préfigurait la sanction infligée à la chaine de télévision La Chaine du Futur (LCF) et la station Radio City Fm. Ce nouvel « oukase » de la HAAC à l’encontre de deux médias audiovisuels semble indiquer que sa récente nomination de Pitang TCHALLA correspond à une mission de service commandé.

À l’heure ou ces lignes sont écrites aucune explication plausible hormis celle de n’avoir pas soi-disant rempli les « formalités préalables d’autorisation », n’est apportée sur les motifs réels de l’interdiction d’émettre faite aux deux organes, ce qui est la moindre des choses pour une décision aussi grave. Le motif semble pour le moins fallacieux dans la mesure où ces deux médias émettent à Lomé depuis 10 ans, sous le contrôle de la HAAC.

Personnellement la manière dont s’est passé cette annonce de fermeture par Pitang TCHALLA me fait penser à autre chose. C’est pour cela que je dis que les problèmes sont liés et qu’ils sont éminemment politiques. Cela me rappelle, souvenez-vous Sylvain, l’histoire des dernières élections, quand le président de la CENI, sans consulter ses collègues de la CENI, s’enferme dans une salle et proclame de manière unilatérale les résultats des élections alors que ce sont des résultats complètement trafiqués.

La manière de faire et la manière d’agir sont exactement les mêmes !

Sous le règne des GNASSINGBE de père en fils, les atteintes à la liberté de la presse ont toujours été fomentées pour des raisons politiques. Donc Rien ne change sous le soleil du Togo.

Il y a peut-être un autre motif collatéral. Pitang TCHALLA  c’est aussi un homme de l’ombre, qui a très activement participé, en son temps, à la création de la chaine de télévision privée TV2, ne l’oublions pas, chaine dans laquelle il ne serait pas surprenant de le voir figurer encore dans l’actionnariat. Aurait-il ainsi fait d’une pierre deux coups : rendre service à son maitre Faure GNASSINGBE et éliminer un concurrent commercial ?

On peut se poser la question

SA : Exactement. On vous comprend on comprend votre intervention…

SA : Un membre de la HAAC notamment le journaliste Zeus Aziadouvo du journal “La Liberté” s’est publiquement désolidarisé de la décision de l’institution. Celui-ci a envoyé un courrier à la Cour Suprême du Togo. Du coup les membres de la HAAC même ne sont pas unanimes sur la décision de Pitang Tchalla.
Quelle conséquence?

FF :Cette réaction mérite d’être signalée et analysée à la hauteur qui convient.

Les ficelles utilisées par Pitang TCHALLA, dans la décision qu’il a prise unilatéralement sont tellement grosses qu’elles ont immédiatement provoqué une vive réaction de M. Komi AZIADOUVO, [NDLR - Membre de la HAAC, Président du Comité Presse Ecrite] qui mérite d’être saluée.  

[NDLR – Dans une lettre adressée le 04 février 2017 au  président de la HAAC,  M. Komi AZIADOUVO, après avoir rappelé le respect des règles éthiques que lui impose, en tant que membre de la HAAC, la prestation de serment prononcée le 09 juin 2016, devant la Cour Suprême, revendique au nom de la déontologie et malgré l’obligation de réserve le droit de rompre « la loi du silence » afin de ne pas « laisser prospérer l’abus et le non-droit dans notre pays ».  En ce sens il est dans le plus parfait respect de la Constitution du Togo et il est important de le rappeler tellement cette attitude est rare.]

A ce titre M. Komi AZIADOUVO peut être considéré comme un lanceur d’alerte et il convient de saluer comme il se doit son courage. Car au Togo il faut du courage pour oser dire la vérité à ses concitoyens !

Quand Komi AZIADOUVO rappelle à Pitang TCHALLA de manière ferme que « La Haute Autorité de l’Audiovisuel est une institution indépendante vis-à-vis des autorités administratives, de tout pouvoir politique, de toute association et de tout groupe de pression » ça veut tout dire et ça pose bien la question du problème politique qu’il y a dessous.

Et il rappelle d’ailleurs [NDLR – à Pitang TCHALLA]  « Des devoirs que vous nous avez rappelés lors de la prestation de serment. Ceci étant, nous ne devons ni utiliser cette institution ni manipuler la loi pour régler des problèmes personnels.»

Ce sont les termes mêmes qu’emploie Zeus AZIADOUVO.

On ne saurait être plus éloquent ! Mais surtout il informe les togolais des manœuvres dilatoires employées par Pitang TCHALLA, pour régler des comptes car rappelle qu’à aucun moment une décision de fermeture n’a été prise.

[NDLR – Citation exacte formulée par Zeus AZIADOUVO : « Nous n’avons, jusqu’à ce jour, pris aucune décision en plénière concernant la fermeture de LCF et de City FM. Et à la conférence de presse tenue le jeudi 02 février 2017 au siège de la HAAC, il n’a jamais été question d’annoncer une quelconque décision de fermeture de ces deux organes de presse qui allait intervenir après le 5 février 2017. D’ailleurs, c’est à cette conférence de presse que certains membres et moi avons pris connaissance du délai du 5 février 2017.»]

Et c’est ça qui est important. Cela veut dire que vous avez des institutions qui dans ce pays, au Togo, ne fonctionnent pas. Elles ne fonctionnent pas pourquoi ?  Parce qu’elles sont dirigées par des gens qui sont carrément inféodés au pouvoir, au gouvernement et à Faure GNASSINGBE lui-même. Voilà pourquoi !

Et donc à partir de ce moment-là le mérite de m AZIADOUVO ça été de mettre au grand jour la faille du système.

Et quand il dit que ces deux médias ont fonctionné pendant dix ans sous le contrôle de la HAAC elle- même  et que jamais personne n’a trouvé à redire c’est parce que la situation était carrément en règle. Sauf qu’à l’époque le propriétaire de ces radios faisait partie – du pouvoir –  du cercle du pouvoir.

SA : Du coup Pascal Bodjona avait bénéficié de la largesse quand même de ce pouvoir-là

FF :Mais bien entendu, bien entendu ! C’est pour cela que je ramène cette question à une décision politique. Et sachez bien que la question de la vérité est une question essentielle. Parce que dans un pays comme le Togo, avec un régime très fort, vous l’avez qualifié vous-même Sylvain de dictature, eh bien la vérité ces gens-là ne peuvent pas l’admettre.

Pourquoi ? Parce que la vérité lle fait chaque fois éclater au grand jour les turpitudes dont ils sont capables

SA : Abordons maintenant les questions des réformes politiques qui continuent d’alimenter toujours les débats dans la classe politique au Togo.

L’ANC et ses amis du CAP 2015 avaient boycotté les assises organisées par le HCRUN au sujet des réformes. Le pouvoir a récemment mis en place une énième commission sur le sujet. L’ANC vient de demander au HCRUN de revenir sur l’APG. Ce faisant, l’ANC reste-elle constante  dans son rejet des travaux et des fruits des assises du HCRUN?

Je pense que l’ANC a raison ! Le HCRRUN était superflu et il n’a satisfait que les laudateurs patentés du régime et les caméléons politiques qui excellent dans l’art de naviguer entre deux eaux. Il y en a quelques-uns au Togo !

Il accouche de quoi ? D’une Commission !

Et là pour ce qui concerne les desseins de Faure Gnassingbé et du gouvernement, la réponse s’étale sous directement vos yeux. Si vous lisez l’intitulé de cette commission que dit-il ?   « Commission nationale de réflexion sur les réformes institutionnelles et constitutionnelles ». Vous avez bien lu ou entendu le mot réflexion. Ce mot réflexion dit tout !

Ça veut dire qu’ils veulent nous embarquer dans un nouveau cycle de discussions à l’infini qui n’auront aucun sens à l’arrivée.

Le Togo n’a pas besoin aujourd’hui d’une commission de réflexion. Il a besoin  d’une commission d’application et de mise en œuvre de l’Accord Politique Global de 2006. C’est ça le fondement ! Ce qui n’est pas tout à fait la même chose. L’APG existe, il trace les contours détaillés du contenu des réformes et il est déjà lui-même le fruit d’une longue réflexion. Tout au plus onze ans après, la réflexion ne peut porter que sur les modalités de mise en œuvre.

Après la signature de l’APG en août 2006, [NDLR – à Lomé], après des mois d’entretiens à Ouagadougou Faure Gnassingbé   aura mis neuf  ans pour décider du principe de la mise en place d’une commission et puis encore deux ans pour nommer le 03 janvier 2017, cette nouvelle commission.

Donc ce qu’il faut aujourd’hui c’est mettre en œuvre les réformes.

S.A : Du coup François Fabregat, selon vous l’ANC peut-elle obtenir gain de cause dans sa requête si on connait toutes les manœuvres et toutes les ressources déboursées par le pouvoir pour réaliser ces assises et la mise en place des différentes commissions?

Eh bien écoutez de toutes façons, dans ces conditions il ne reste qu’une seule chose à faire c’est de continuer sur la même ligne. Parce que sinon si on remet  en cause l’APG ou va-t-on ? Il faut continuer sur cette même ligne et exiger  l’application d’un accord qui est valable.

Si vous relisez l’ensemble de ce que contient l’APG, il y a largement de quoi réformer le Togo pour aller dans le bon sens et engager le pays sur la voie d’une démocratie véritable.

Donc à partir de ce moment-là UNIR aujourd’hui n’a pas davantage de crédit que le RPT hier. Ce n’est pas parce qu’on a passé un coup de peinture bleue pour remplacer l’ancien maïs vert  que la maison a changé de fondations. Donc ce que décide RPT/UNIR, parce que c’est le RPT/UNIR qui est à la manœuvre derrière tout ça doit être combattu. 

Les bonnes réformes c’est l’Accord politique global qui les contient et c’est ce qui doit être appliqué. C’est bien parce que l’Accord Politique Global de 2006 est un bon accord pour les populations qui composent la société togolaise aujourd’hui qu’il est un mauvais accord pour le RPT/UNIR,  puisqu’il met de facto en cause toutes les mauvaises pratiques de concussion, de prévarication et de corruption et que sais-je encore qui sont les fondements et les piliers du gouvernement du Togo depuis 44 ans.

Par ailleurs je rappelle quand-même que c’est aujourd’hui Faure GNASSINGBE qui est à la faute et pas l’opposition parce que l’on peut dire avec des mots simples et compréhensibles par tous : Il faut que Faure Gnassingbé  honore  la signature qu’il a apposée au bas de l’accord en 2006.

Mais pour honorer sa signature il faut avoir soi-même de l’Honneur. Et depuis onze ans qu’il gouverne de l’honneur, Faure Gnassingbé ne nous en a pas beaucoup montré. Il ne respecte jamais une parole donnée que ce soit dans l’exercice de son mandat public ou de ses relations privées. Je peux faire état de dizaines de témoignages sur ses onze ans de présidence. Dont acte !

Sincèrement, pour en terminer, tant que Faure Gnassingbé sera président, peut-on imaginer le  Togo revenir sur la voie de la démocratisation et de l’Etat de Droit ? A partir de ce constat  la solution est aussi limpide que de l’eau de source ! Il faut continuer à lutter pour l’APG de 2006.

SA : D’accord. Après l’alternance en Gambie, Faure Gnassingbé reste le seul dictateur dans la sous-région ouest-africaine. Prépare-t-il son 4ème mandat? L’opposition togolaise réussira-t-elle à s’organiser pour du moins une unicité d’action? Les réformes politiques sont-elles la panacée au mal togolais? Autant d’interrogations auxquelles les togolais doivent trouver une solution y compris ceux de la diaspora.

Avez-vous des propositions d’approches de solutions?

Pourquoi voulez-vous que Faure Gnassingbé s’en aille tant que le système qui fonctionne depuis maintenant plus de 40 ans le lui permet ?

Vous La question de la résilience, c’est-à-dire la force morale, qui est qualité essentielle d’un peuple qui ne se décourage pas, ne se laisse pas abattre, est  essentielle. C’est le point focal qui conditionne le possible retour progressif vers une démocratie digne de ce nom.

Donc, assurément oui, tant que les populations du Togo accepteront l’état de fait actuel, Faure pourra préparer tranquillement le 4ème mandat et moi je vais même plus loin il prépare déjà le cinquième si le peuple togolais le laisse faire.

Quant à l’opposition il y a déjà un moment qu’elle est placée devant ses responsabilités. La question est de savoir si elle les assume ? De savoir surtout si elle est capable d’imaginer et de concevoir une offre politique cohérente, responsable et surtout compréhensible par le plus grand nombre pour créer les conditions d’une action unitaire.

Pour construire cet avenir il faut projeter l’imaginaire collectif très au-delà  de quelques accords politiques entre états-majors de partis. La mobilisation populaire de masse est donc une question cruciale.

Surtout, il ne faudrait surtout pas commettre l’erreur de croire que les réformes sont la panacée qui résoudrait d’un coup les maux dont souffre le Togo.

Tout au plus elles constitueront un point d’appui et un levier qui pourra stimuler positivement la transformation en profondeur de tous les rouages d’une société, aujourd’hui complètement grippés.

La question essentielle réside donc dans la qualité et la puissance du soutien populaire dont pourra bénéficier le processus de transformation politique et sociale qui sera mis en œuvre.

L’histoire du monde moderne nous enseigne que le « grand soir », celui d’une élection victorieuse par exemple, n’est finalement qu’une chimère. Une fois la victoire acquise c’est là que véritablement tout commence et au Togo, la tâche à accomplir elle est immense.

Imaginez donc la force et la puissance du mouvement populaire qui doit être mobilisé, sur une longue période pour soutenir la transformation en profondeur d’une société bloquée depuis quarante ans du fait de la corruption, du clientélisme, voire de l’ethnicisme.

C’est d’une mobilisation puissante et de longue durée que les forces de progrès et d’alternance auront besoin pour mener à bien la transformation nécessaire.

C’est donc en dernier ressort  le Peuple, le Peuple je dis bien, dans son sens le plus large, c’est à lui qu’il appartient de mener cette tâche, de contrôler en permanence et dans les formes appropriées, ça on le verra en marchant, l’action publique de ses représentants. C’est à ce prix seul que les choses pourront évoluer positivement dans le sens de l’intérêt général.

Merci à vous Sylvain, bonsoir. Bonsoir à tous les amis à Lomé, à tous les amis de la diaspora, et à nos confrères que nous soutenons de toutes nos forces.

François FABREGAT

Directeur de la Communication de CVU TOGO DIASPORA

11  février 2017.

© CVU TOGO DIASPORA.

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