Jun 212016
 

AFRICA N°1EMISSION AFRICA NUMERO 1 www.africa1.com Mardi 21 juin 2016

Journaliste Radio Africa Numéro 1 : Francis Laloupo, Journaliste

Emission : Le Grand débat, 18h00 – 19h20.

Voir le Postcast sur www.africa1.com

Contact : info@africa1.com

Internet Radio Africa numéro 1 : http://www.africa1.com/ Voir aussi www.afrocentricity.info

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Thème : Bilan des processus de démocratisation en Afrique – L’illusion démocratique ?

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INVITÉS :   Pour en parler, la Radio Africa numéro 1 a reçu :

  • En studio :

  Ndongo Samba SYLLA, économiste du développement, auteur de La Démocratie contre la République – L’autre histoire du gouvernement du peuple. Editions L’Harmattan, Paris, 2015 ;

√ Yves-Stéphane MBELE, analyste financier, responsable gestion assurances-risques ;

  • Par téléphone, depuis Vienne en Autriche,

  Docteur Yves Ekoué AMAÏZO, économiste, Directeur général du groupe de réflexion et d’action Afrocentricity Think Tank, auteur et directeur du livre collectif : De La neutralité coupable. L’autocensure des Africains, un frein aux alternatives.  Editions Menaibuc : Paris, 2008.

Ecouter l’émission en Postcast : http://www.africa1.com/spip.php?rubrique113   Voir ci-dessous la contribution du Dr Yves Ekoué AMAÏZO
CONTRIBUTION AFROCENTRICITY THINK TANK

DEMOCRATISATION EN AFRIQUE

La contrevérité des urnes au service de la République, une arnaque anti-démocratie ? 

Dr Yves Ekoué AMAÏZO Directeur Afrocentricity Think Tank

21 juin 2016 

Faire le bilan des processus de démocratisation en Afrique ne peut se faire sur la base des concepts et des interprétations qui sont à géométrie variable dans l’histoire, selon le pays, selon les acteurs. Cette variabilité de la définition selon les intérêts en présence et surtout l’absence de capacité de nuisance des populations face à leurs dirigeants, explique les incompréhensions. De là à parler d’illusion démocratique comme si le marathon démocratique dans lequel est lancée l’Afrique s’est arrêté.

1.    AFRIQUE : DÉMOCRATIE DU RAPPORT DE FORCES

En effet, depuis les indépendances des années 1960, l’évolution des formes et des institutions censées favoriser l’avènement de la démocratie en Afrique s’est faite au gré des rapports de force entre ceux qui sont au pouvoir, ceux qui manipulent, ceux qui sont au pouvoir tant les forces militaires, les forces économiques extérieures ou nationales, les Etats africains comme au demeurant les Etats non-Africains. Donc, quid des populations ? Absolument elles n’ont qu’exceptionnnellement droit au chapitre ! Les mouvements citoyens tentent tant bien que mal à s’organiser et à conscientiser les populations. Celles-ci comprennent de plus en plus que la faim, la pauvreté, les inégalités, la force violente du pouvoir, la trahison des élites africaines locales ou certaines de la Diaspora, la puissance des entreprises transnationales ayant souvent des intérêts contradictoires ne peuvent contribuer à la vérité des urnes sans une prise de conscience et une organisation collective où les représentants politiques ne sont pas des opportunistes qui les utilisent pour obtenir des postes au sommet de l’Etat.

2.    BILAN DÉMOCRATIQUE DE MI-PARCOURS : LA FAUTE DE CERTAINES ELITES AFRICAINES

Alors, le bilan des processus de démocratisation en Afrique ne peut se faire en s’appuyant principalement sur la définition ou l’histoire controversée de la démocratie ailleurs. On ne peut encore parler d’illusion démocratique car le concept démocratie est un fourre-tout où des pays africains adeptes de la contrevérité des urnes sont membres des commissions économiques régionales, de l’Union africaine, des Nations Unies et bien sûr sont parfois même adoubés par les pays occidentaux ou asiatiques dès lors que les intérêts de ces derniers sont préservés. La responsabilité du bilan du processus de démocratisation en Afrique est d’abord une responsabilité avec fautes de certaines élites qui ont abandonné le respect des peuples africains. Alors, il convient au mieux de parler d’un bilan à mi-parcours en attendant de voir les évolutions en cours.

 3.    UNE DÉMOCRATIE DE LA VENTROLOGIE EN AFRIQUE

Donc, il n’y a pas encore d’illusions démocratiques en Afrique mais une illusion sur la capacité des élites africaines y compris celles de la Diaspora à s’organiser ensemble et à dépasser leurs contradictions et la religion de la ventrologie 1. La faute des élites est manifeste car le concept sous-jacent était de se faire un poste au soleil en tentant un changement de l’intérieur des partis uniques ou des partis politiques de ceux qui sont au pouvoir. Le résultat est que de nombreux dirigeants d’aujourd’hui, à part ceux qui sont issus des forces militaires, sont aussi ceux qui ont souvent été les premiers à vouloir changer l’Afrique, à combattre l’impérialisme, à s’attaquer sous forme de populisme désarticulé, aux dictatures et à l’autoritarisme. Mais dès qu’ils sont au pouvoir, c’est justement, des nouvelles formes plus subtiles d’autoritarisme, voire de falsification des résultats des élections et le non-respect des constitutions et des lois fondamentales qui sont devenus le droit commun. Si la démocratie est au rendez-vous, cette phase de transition se traduit par une sanction nette du peuple africain. Les dirigeants n’arrivent pas à se faire élire pour un deuxième mandat sans tricher.

 4.    DÉSILLUSION SUR UNE PARTIE DU PERSONEL AFRICAIN AU POUVOIR

Il n’y a pas en réalité d’illusion démocratique mais il y a une véritable désillusion sur le personnel politique africain. Ceux qui arrivent à se faire adouber par les pays étrangers, des cercles ésotériques puissants ou par des entreprises multinationales prêts à dépecer l’Afrique pour investir dans leur propre pays, sont aussi ceux que l’on retrouve souvent à la tête des principaux centres de décision en Afrique. Mais les choses changent surtout quand les militaires africains, très très gourmands, ont pris goût à un pouvoir où l’impunité permet de perdurer. Il existe toutefois une image plus réaliste d’une usurpation de la démocratie par des Africains non-républicains qui prétendent défendre une certaine idée « africaine » de la République. Une république bananière pour prendre contrôle des « bananes »… et gare à ceux et celles qui n’ont pas compris que l’on ne touche pas à ces bananes non-républicaines… Heureusement et parfois les médias et l’information en temps réel empêchent les dirigeants africains de la non-transparence de continuer leur forfait démocratique. Mais en fait, c’est au contraire le réveil des sociétés civiles et des mouvements citoyens qui vont se poursuivre malgré les répressions, les chantages, les peurs et les reculs ici et là. Le dividende démocratique africain, si l’on y prend garde, risque d’être une bombe à retardement si l’éducation, la formation, l’entrepreneuriat et la création de valeurs ajoutées, d’opportunités et d’emplois ne viennent pas « calmer » le jeu des usurpateurs de la démocratie en Afrique.

 5.    DEMOCRATIE AFRICAINE OU DEMOCRATIE A L’AFRICAINE

Alors, à la question qu’est-ce que la démocratie, il faut d’abord prendre position et préciser si celle-ci doit être représentative ou participative. Comme la frontière entre les deux est variable, la définition héritée des « Grecs » qui ne la pratiquaient que de manière discriminatoire envers les femmes, les jeunes, les pauvres, les noirs et les esclaves, etc. ne peut servir de modèle pour l’Afrique. S’il est vrai que « la démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple », alors la plupart des pays africains ne sont pas des démocraties surtout si l’on doit y adjoindre le principe d’égalité et de non-discrimination entre les populations pour exercer librement son choix.  Aussi, il convient de réajuster la définition de la démocratie pour certains pays africains à savoir : « la démocratie à l’africaine est le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par ceux qui contrôlent le peuple, et plus singulièrement la partie militarisée de la population ». Le principe de souveraineté est régulièrement violé par les dirigeants africains vis-à-vis de leurs peuples alors que ce principe est régulièrement mis en exergue pour mieux empêcher les ingérences extérieures. Mais le modèle occidental d’une démocratie ne fait plus rêver. Il n’offre plus de véritables alternatives du « mieux vivre ensemble ». En effet, il y a ceux qui ont l’argent et le travail et les autres… Et lorsque les politiques font miroiter des lendemains meilleurs en période préélectorale, c’est généralement sous les fourches caudines du dictat de l’argent et des groupes de pressions (Lobbies). Cette approche n’est pas adaptée aux Africains. Et pourtant, c’est ce modèle qui est « singé » en Afrique, avec d’ailleurs beaucoup de zèle !

 6.    LA FATALITÉ DE LA DÉMOCRATURE ET DE LA VENTROLOGIE

Alors faut-il évoluer vers une forme de démocratie à l’africaine ? Certainement, mais pas le modèle offert par ceux qui ont usurpé le pouvoir et s’acharnent à empêcher toute alternative crédible de voir le jour. C’est pourquoi à la lumière d’une démocratie usurpée, un certain pouvoir africain autocrate perdure grâce au contrôle des richesses et des formes de développement économique qui perpétuent les inégalités et l’ignorance et chassent la Diaspora africaine dès lors qu’elle n’est pas alignée ou se considère naïvement apolitique. C’est ce magma nauséabond où démocrature et ventrologie font bon ménage qui permet de justifier la fausse « fatalité » que certains ecclésiastiques africains de tous bords tendent de découvrir ici et là dans les voies impénétrables de Dieu. Bref, de nombreux dirigeants se contentent de faire perdurer une image spoliée de la démocratie afin de satisfaire les critères dolosifs imposés pour accéder à l’aide au développement. Cette aide a d’abord appris aux pouvoirs africains à « mendier » et n’a pas foncièrement développé l’Afrique. Cette aide fondée sur le retour sur investissement a pourtant permis d’accaparer d’abord les capacités productives des pays africains, souvent sous la forme de privatisations à huis clos. Ceci a été encore plus facilité dès lors que les dirigeants africains et leurs réseaux d’affidés sont les premiers récipiendaires des dividendes de la démocrature. Alors, oui, cette forme de démocratie dévoyée s’auto-génère en faisant – en boucle- les mauvais choix de développement économique. Faut-il un aéroport flambant neuf alors que le vieux est fonctionnel ? Le même investissement total aurait permis d’avoir au moins un maillage hospitalier d’environ 12 hôpitaux et centres de santé mobiles au Togo, pour ne prendre que cet exemple récent. Mais pire, personne ne se bouscule pour atterrir au Togo, d’où les doutes récents et persistants sur la rentabilité de ce nouvel aéroport surtout quand certaines compagnies préfèrent maintenant se ravitailler en kérosène et en plats cuisinés ailleurs pour ne pas subir des augmentations impromptues. De plus, le financement de cet aéroport étant principalement non plus occidental et fatalement chinois, les conditions de transparence des recettes et des remboursements se font dans une opacité totale…

 7.    LES CONCEPTS SONT INNOCENTS, LES ACTEURS SONT COUPABLES

En réalité, ce sont les acteurs au pouvoir en Afrique qui s’opposent à l’avènement d’une démocratie fondée sur la vérité des urnes. Ce sont ces mêmes acteurs qui font des choix de développement économique erronés, choix qui ne vont pas dans l’intérêt des peuples africains. Mais qui consulte le peuple africain avant un grand projet dit de « développement » ? Souvent ceux qui viennent annoncer les expropriations à coups de chicotte !!! Alors de grâce, arrêtons d’opposer ou d’accuser les concepts. Démocratie ou développement économique ne sont pas responsables, comme au demeurant le couteau n’est pas responsable d’un meurtre commis par un humain. Concentrons la recherche des explications sur les acteurs et leurs modes de fonctionnement par cooptation. L’Afrique des élites au pouvoir rencontre quelques difficultés à maintenir sa capacité à dévoyer la volonté des peuples africains. Avec le soutien encore véhément mais subtil d’intérêts étrangers de plus en plus cachés derrière des intérêts bien compris des dirigeants africains, c’est la République, ou plutôt sa forme déviante en Afrique, qui s’organise contre la démocratie.  Cette démocrature, une forme de démocratie dévoyée, devient complice de l’Etat et se retrouve au service de la République. Mais est-ce une fatalité ? Certainement pas ! Les turbulences actuelles sont des signes annonciateurs de lendemains difficiles pour les autocrates africains, même s’ils disposent encore de levier de massue sur les populations africaines dès lors qu’elles ne sont pas organisées avec la Diaspora africaine non alignée sur le pouvoir africain, encore trop familial et tribaliste. YEA. Dr Yves Ekoué AMAÏZO 21 juin 2016 © Afrocentricity.info

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